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La grosse cagnotte des permis de conduire biométriques

Plus de 8 milliards de DH engrangés et toujours pas l’ombre de lecteurs de cartes électroniques




La grosse cagnotte des permis de conduire biométriques
8 milliards dirhams et des poussières. C’est à peu près la coquette somme que les caisses de l’Etat ont d’ores et déjà engrangée suite à l’Opération permis biométriques et rentrant dans le cadre de la loi n°52-05 portant Code de la route. Seul bémol, d’aucuns se demandent légitimement où va cet argent du contribuable. Certainement à renflouer les caisses, répondent plusieurs, notant toutefois, de l’absence de terminaux de décryptage alors qu’il était question, lors de la mise en place dudit Code en octobre 2010, de les acquérir le plus tôt possible ou au plus tard en 2012.
Pis encore, aucun des agents de la circulation, police et gendarmerie comprises, ne dispose de lecteurs censés décrypter les puces de la CIN, du permis de conduire et de la carte grise.
Quoi qu’il en soit, 4 ans et un trimestre après l’entrée en vigueur de l’actuel Code de la route, le constat est patent : certaines de ses dispositions n’ont pas été appliquées sur le champ et d’autres ont été même mises sous le boisseau, en l’occurrence l’alcootest et l’acquisition des nécessaires terminaux de décryptage.
Des tarifs des contraventions dites Amendes transactionnelles et forfaitaires (ATF) revus à la hausse, à la mise à niveau du contrôle routier (routes et autoroutes) en passant par des sanctions lourdes et des peines privatives de liberté, les dispositifs de cette loi pencheraient plus vers l’excès de zèle et le rédhibitoire que vers l’amélioration des conditions de sécurité sur les routes du pays.
En réalité, si la biométrie gagne de plus en plus du terrain et si d’aucuns avaient bien accueilli les avancées technologiques en croyant qu’elles allaient sonner le glas des différents cartons ternes gris et roses, la majorité des Marocains est tombée des nues en se heurtant à cette triste vérité : au Maroc, c’est toujours au citoyen de raquer. «Les 8 milliards de DH empochés par l’Etat ne sont-ils pas suffisants pour prétendre acquérir les incontournables gadgets auxquels les forces de l’ordre avaient droit ?», c’est autour de cette question cruciale que se mettent martel en tête les plus avertis. Ils sont tentés de dire qu’au Maroc, on fait toujours ou presque les choses à moitié ou à l’envers. A titre d’exemple, tandis que les éléments de la police ont instruction d’être intransigeants avec les conducteurs, l’Etat se défausse, par la même occasion, quant à son obligation de leur fournir les différents moyens de travail dont ils ont besoin. 
Et vogue la galère pour le citoyen qui se doit de payer sans sourciller des amendes plus chères ainsi que la redevance du changement de permis sans rechigner. Les nerfs à vif, il est plus que soucieux à l’idée d’être flashé (alors que la majeure partie du temps ces radars de contrôle de la vitesse ne fonctionnent pas vraiment), d’être emprisonné suite à un acte involontaire et de perdre des points, voire le permis. Il y a de quoi installer la psychose en la demeure avec cette loi qui a pris du plomb dans l’aile en renvoyant aux calendes grecques certains des dispositifs sans lesquels elle deviendrait bancale. Code, qui soit dit en passant, a été calqué sur celui de la France alors qu’on est loin de prétendre avoir la qualité de leurs infrastructures.
En effet, il s’en passe des vertes et des pas mûres au niveau des routes marocaines qui sont parsemées deçà delà de nids de poule gigantesques, de dos d’âne et ce sans parler des charrettes, taxis blancs, bus bondés et extrêmement inclinés, des motocyclistes qui dépassent les 2 places…Pavé dans la mare, ce nouveau Code dont les mérites ont été longuement loués devait soit entrer en vigueur dans les règles de l’art soit être reporté jusqu’à ce que le Maroc prenne le train en marche des avancées technologiques.
En vérité, une bonne partie de Marocains n’ont pas la mémoire courte, heureusement d’ailleurs, et souhaitent tout simplement comprendre pourquoi leurs gouvernants n’arrêtent pas de les tourner en dérision, de les sonner à coups d’augmentation des prix, comme ceux du carburant, des amendes, des tickets de péage, etc. et, qu’au final, aucun effort n’est fourni dans leur intérêt. Ils pointent du doigt le fait qu’un citoyen déjà détenteur d’un permis de conduire à durée de vie indéterminée, est forcé par son gouvernement de gratter son fond de tiroir pour repayer sans coup férir les 400 DH en question pour entrer dans une ère électronique dont il ne veut pas. Autre hic : après dix ans, période de validité de ce nouveau permis biométrique, rebelote avec les 400DH, à moins que ce tarif ne connaisse une augmentation ou plusieurs d’ici là !
Les Marocains sont, effectivement, en total appréhension s’agissant de certaines décisions inopinées de l’Exécutif !
En tout état de cause, un décalage évident subsiste entre la réalité et les dispositions du Code de la route. Tout le monde s’accorde à dire que le progrès est essentiel mais pas aux dépens du consommateur qui a déjà un salaire minimum qui tient de la peau de chagrin.
De toute façon, à défaut d’obtempérer, le conducteur récalcitrant par rapport au renouvellement se verra retirer son permis. Il n’a donc pas d’autre choix que de plier l’échine en attendant des jours meilleurs.


Six millions de vaches à lait

Selon des statistiques estimatives recueillies du côté du ministère de l’Equipement et du Transport, 6 millions de détenteurs de permis support papier ont été recensés en 2007. Après le démarrage de la procédure et à fin 2014, ce sont environ 2 millions et 53.000 soit 34% qui possèdent le permis électronique. S’agissant du parc actuel des titulaires des permis de conduire tous genres confondus (support papier et biométrique), il serait de l’ordre de 8,486 millions au total. Quoique dans le calcul de ce chiffre, notre source relève qu’il faut prendre en considération, ceux détenteurs de permis ancien recensés mais pas intéressés par le renouvellement à cause d’une maladie ou qui ne souhaitent pas souscrire à cette opération du fait que d’emblée leur permis orne depuis toujours l’armoire et qui est bien parti pour rester poussiéreux.

Précision

Le chiffre de 8 milliards de DH n’est donné par nos soins qu’à titre indicatif, étant entendu que le ministère de l’Equipement, du Transport et de la Logistique n’a jamais communiqué sur les recettes des différents services qu’il offre aux citoyens.
Il convient de rappeler que ceux-ci concernent la délivrance et le changement du permis de conduire et de la carte grise ainsi que des visites techniques et timbres parafiscaux que ce département impose aux conducteurs au titre du Comité national de prévention des accidents de la circulation (CNPAC) ; voire même des inscriptions dans le registre des transporteurs, des commissionnaires et des loueurs de camions de transport de marchandises, etc.
Il va sans dire que l’utilisation de ces recettes aurait dû être orientée en faveur des automobilistes et de ceux qui veillent sur leur sécurité, à savoir la police et la gendarmerie dont les véhicules auraient dû être équipés en lecteurs de cartes biométriques, et ce depuis fort longtemps.

Meyssoune Belmaza
Mercredi 14 Janvier 2015

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