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La décision du CIO sur la Russie divise le mouvement sportif


Pour sélectionner les sportifs "propres", les fédérations internationales devront également passer au crible le CV antidopage des candidats



A 11 jours du coup d'envoi des JO-2016, le mouvement sportif mondial est divisé, comme rarement dans son histoire, après la décision dimanche du CIO de ne pas exclure la Russie du rendez-vous de Rio (Brésil).
La Russie, pourtant reconnue coupable par le CIO lui-même d'avoir instauré un système de dopage d'Etat dans tous les sports de 2011 à 2015, sera bien à Rio.
"Cela ne plaira sans doute pas à tout le monde", a admis le président du CIO Thomas Bach.
C'est le moins que l'on puisse dire, à lire la réaction de l'Agence mondiale antidopage (AMA), qui a mis en évidence l'existence du système de dopage russe. "L'AMA est déçue", selon son président Craig Reedie: si le CIO avait suivi sa recommandation d'exclure la Russie des JO de Rio, "cela aurait assuré une approche claire, forte et harmonisée".
Au lieu de cela, "l'approche adoptée" - demander aux fédérations internationales de faire le tri parmi les sportifs russes - "et les critères décidés vont inévitablement mener à un manque d'harmonisation, à des recours potentiels et à une protection moindre des athlètes propres", s'est inquiété le directeur général de l'AMA, Olivier Niggli.
A la puissante et influente Usada, l'agence américaine antidopage, le directeur exécutif Travis Tygart, tombeur du cycliste Lance Armstrong, parle de "désordre" créé par le CIO.
"C'est si frustrant que (le CIO) demande de prendre le relais aux fédérations internationales, qui peuvent ne pas avoir l'expertise appropriée ou la volonté collective d'agir", a-t-il relevé.
"C'est un triste jour pour le sport", a souligné l'Inado, l'Institut international des agences antidopage, résumant le sentiment général de ceux qui luttent contre le dopage.
"Journée noire pour les athlètes propres", a renchéri l'agence antidopage de Nouvelle-Zélande, fustigeant le CIO "qui n'a pas su faire preuve des qualités adéquates de bonne gouvernance".
Des sportifs, retraités pour la plupart, ont aussi exprimé leur déception, comme la Britannique Paula Radcliffe, détentrice du record du monde du marathon.
Sans surprise, la Russie s'est montrée "reconnaissante", voulant croire qu'une "majorité" des sportifs russes sélectionnés par leur comité olympique (387) iront bien à Rio. La Russie n'est pas seule : l'ANOC, la puissante association des Comités olympiques nationaux, s'est "félicitée que le CIO ait privilégié la justice individuelle à la responsabilité collective". Le président des Comités olympiques européens Pat Hickey a également signifié au CIO le "soutien total" de son organisation.
Le CIO n'a donc pas eu recours à l'"option nucléaire", pour reprendre les termes de Dick Pound, fondateur de l'AMA.
Bien que le rapport McLaren, publié lundi dernier, ait exposé en détails les rouages du dopage russe, sous la direction du ministère des Sports et avec l'aide des services secrets, la Russie a échappé au sort du Koweït, dont le Comité olympique avait été suspendu en 2015 par le CIO pour "ingérence gouvernementale indue".
Le CIO n'avait pas hésité à exclure l'Afghanistan des talibans des JO de Sydney en 2000, et l'Afrique du Sud de l'apartheid durant sept Jeux successifs (1964 à 1988), mais aucune nation n'a jusqu'ici été sanctionnée pour dopage.
Le CIO a pris des sanctions, mais elles visent notamment Yuliya Stepanova, la lançeuse d'alerte à l'origine des révélations sur le dopage russe, ce qui suscite un tollé parmi les responsables de l'AMA et de l'Usada.
Cette spécialiste du 800 mètres sera privée de JO car elle a été sanctionnée pour dopage dans le passé - un des critères édictés par le CIO pour permettre aux fédérations internationales de faire le tri.
"C'est totalement incohérent. Introduire une telle interdiction pour les Russes à la dernière minute, tout en autorisant des athlètes d'autres pays au même pedigree !", s'est insurgé le Britannique Greg Rutherford, champion olympique de saut en longueur.
Justin Gatlin est dans ce cas : le sprinteur américain est en lice pour le 100 mètres à Rio, après avoir été deux fois suspendu pour dopage, pendant cinq ans au total.
Pour sélectionner les sportifs "propres", les fédérations internationales devront également passer au crible le CV antidopage des candidats en s'assurant qu'ils ont tous subi des "contrôles crédibles", faits hors de Russie.
Combien seront les sportifs russes à Rio? Une certitude : il y aura Darya Klishina, la seule athlète repêchée par la Fédération internationale d'athlétisme, et les huit joueurs et joueuses de tennis sélectionnés qui ont reçu dimanche le feu vert de leur fédération internationale.
La Fédération internationale de judo devrait rapidement suivre: elle avait déjà soutenu la Russie avant la décision du CIO et a détaillé dimanche, sans mentionner spécifiquement les sportifs russes, les contrôles réalisés sur 84% des 389 judokas provenant de 136 pays sélectionnés pour Rio.

Libé
Mardi 26 Juillet 2016

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