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La Maison d’enfants de Larache en flagrant délit de maltraitance

Jusqu’à quel point pensionnaires et associatifs auraient-ils raison ?




La Maison d’enfants  de Larache en flagrant délit de maltraitance
Ils sont traumatisés et ne peuvent porter plainte. « Ils », ce sont les résidents de la Maison d’enfants de Larache qui est accusée par des associatifs locaux de maltraitance à répétition et de dilapidation de fonds. Une affaire qui fait actuellement grand bruit. 
Libé a contacté quelques-uns des résidents de cet établissement de bienfaisance qui ont accepté de témoigner.  Des témoignages qui sont on ne peut accablants. Ils pointent des « pratiques d’un autre âge, de maltraitances, de renvoi de résidents, de manque d’hygiène, de dilapidation de fonds, d’agissements inhumains, de nourriture insuffisante et de pédagogie à la régression ». Ce sont là des maux qui minent la Maison d’enfants de Larache, ont déclaré les pensionnaires que nous avons rencontrés, ce jeudi 9 avril à Larache. Cette situation insupportable existait depuis plusieurs années, affirment nos jeunes interlocuteurs, qui confirment  tous, avoir fait objet de violence physique et morale. 
Ils ont, par ailleurs, souligné que l’idée de porter plainte auprès des autorités locales a, plusieurs fois, effleuré leur esprit. Mais, nous diront-ils, « chaque fois que l’un des résidents décidait d’aller porter plainte contre les dysfonctionnements au centre, il changeait rapidement d’avis. Car il savait très bien que s’il portait plainte, il risquerait d’être renvoyé de l’établissement. De plus, le directeur est très violent et peut se venger de nous ».  
Les mêmes sources noteront qu’une simple opposition aux décisions de la direction pouvait être une raison de renvoi. Comme cela s’est d’ailleurs passé pour le jeune Yassine R (19 ans). Et on ne peut même pas contester cette décision, a-t-il lancé.
Il y a encore deux mois, ce dernier était un résident de la Maison d’enfants de Larache. Le jeune Yassine, qui ne supportait pas les traitements « inhumains » de la direction, s’y opposait fermement sans se soucier des conséquences. Mais, cette  opposition sera considérée comme une « désobéissance » et ses résultats ne tarderont pas à voir le jour. En février dernier, le directeur de l’établissement le renvoie pour  cause de 200 dirhams d’impayés. « J’ai essayé de faire comprendre à la direction que la situation de ma famille est difficile et que je ne pouvais pas payer ce montant. Mais elle n’a rien voulu savoir. Il est entendu que la plupart des résidents ne peuvent régler ce montant, puisque tous sont pauvres», tient à préciser Yassine qui a qualifié la décision de l’expulser de l’établissement d’ « injuste » et de « non justifiée ».
Le jeune Yassine se souvient, non sans émotion : « En arrivant dans cet établissement, il y a cinq ans, je ne pensais pas que j’allais vivre un cauchemar comme celui que j’ai dû supporter. La direction m’a fait subir des maltraitances comme elle en a fait avec d’autres résidents. Malgré cela, j’ai supporté ses agissements inhumains ».  Avant de lancer un cri de détresse : «Je n’avais pas le choix. Malgré toutes les maltraitances, je devais rester dans cet établissement jusqu’à ce que je puisse décrocher mon baccalauréat. Hélas, aujourd’hui, j’ai été mis à la porte et on n’en tient même pas compte. J’ignore ce qui m’attend et je ne sais pas ce que je vais faire, ni ce que je vais devenir. Au lieu de me consacrer aux préparations des examens du baccalauréat, je suis troublé et choqué par l’expulsion dont j’ai fait objet ».
Même son de cloche chez un autre résident qui a requis l’anonymat. Ce résident, qui affirme, lui aussi, avoir été maltraité, dénonce « la situation très difficile et les agissements inhumains dans cet établissement de bienfaisance ». Il racontera, non sans regret : « Il m’arrive de ne pas pouvoir dormir le soir. Car je suis taraudé par l’idée que je serais, à mon tour, renvoyé par la direction. 
C’est pour cela que j’essaie toujours d’être obéissant et de faire toutes les corvées ménagères que la direction exige de moi. Ainsi au lieu de faire mes révisions, le directeur me fait nettoyer les toilettes, laver sa voiture, balayer le centre ainsi que d’autres tâches ». Pourtant, lance-t-il, « lorsque je suis arrivé dans cet établissement, ma famille a été soulagée de me voir enfin admis dans cette maison. Car cela allait me permettre de poursuivre mes études dans cette ville. Ce qui n’était pas possible dans la région dont je suis originaire ». 
Ces déclarations, qui reflètent le désarroi des résidents de la Maison d’enfants de Larache, seront confirmées par d’autres pensionnaires. Non sans émotion, un autre résident nous affirme que dans ce centre, « on n’a même pas le droit de prendre sa douche. Les résidents commencent sérieusement à avoir des problèmes de santé, à cause de cela».  
Avant d’insister : «Quand les enfants signalent ces problèmes à la direction, ils sont menacés d’expulsion comme cela s’est, d’ailleurs, passé avec Yassine, lequel a été renvoyé de l’établissement alors qu’il ne lui restait que deux mois avant de passer son bac». Pis encore, ces mêmes voix accusent la direction de leur servir de la nourriture de mauvaise qualité.
Mais que se passe-t-il exactement dans la Maison d’enfants de Larache ? Les responsables sont-ils informés de cette affaire ? Quand va-t-on déléguer une commission d’enquête dans cet établissement où les dysfonctionnements ne se compteraient plus? Il faut dire que cette affaire continue de faire du bruit à Larache. Des associatifs locaux qualifient la situation au sein de l’établissement de « scandale ». Ces voix associatives s’appuient en particulier sur les déclarations des résidents, eux-mêmes, sur les témoignages de salariés de l’établissement et sur un récent rapport. Et depuis, ils sont en attente de l’ouverture d’une enquête qui peine à être diligentée.
Dans ce rapport établi dernièrement par l’AMDH-Larache, l’Association soulève  le scandale de la maltraitance des enfants résidents dans la Maison d’enfants de cette ville. « De graves dysfonctionnements ont lieu dans ce centre », lit-on dans ce rapport, dont « Libé » détient copie. Et des fonds seraient mêmes détournés, y a-t-on déploré. D’où l’appel de la présidente de l’AMDH-Larache, Fathiya Yakoubi, à ouvrir une enquête urgente au sujet des « conditions inhumaines dans lesquelles vivent actuellement les 136 résidents que compte le centre ». 
« C’est inadmissible que personne ne  savoir ce qui se passe dans cet établissement. Les résidents font objet de maltraitances et d’insultes de la part du directeur, qui est pourtant censé donner le bon exemple», déplore Fathiya Yakoubi. La présidente, qui ne mâche pas ses mots, poursuit : « Plus grave encore, le rapport parle même de certaines maladies qui touchent bon nombre d’enfants. On parle aussi de détournement d’aides de certaines associations caritatives. Les enfants résidents ont souvent des problèmes avec la direction qui leur interdit de prendre des douches, sous prétexte de faire durer la bonbonne de gaz plus d’une semaine. Pratiquement tous les enfants résidents, et ils sont une centaine, ont des allergies dermiques à cause justement de ce manque d’hygiène ». Et l’associative d’ajouter : « Le renvoi de résidents n’ayant pas payé de droits pose sérieusement le problème de la prise en charge financière des enfants dont la situation est très difficile, comme c’est le cas pour le jeune Yassine R qui vient d’être mis à la porte par la direction». Elle déplore également le fait que l’on puisse agir ainsi vis-à-vis d’un jeune résident qui est appelé à passer, dans moins de deux mois son baccalauréat. Le jeune Yassine risque de ne pas finir ses études puisqu’il est mis à la rue et  n’a pas où aller.
Mohamed Lahjouji, membre de l’AMDH ne mâche pas ses mots, lui aussi. L’associatif, qui estime que l’expulsion d’un résident est une « violation de la dignité humaine », assure que « l’Association de bienfaisance islamique à Larache est aussi accusée d’être complice avec la direction qui a renvoyé le jeune Yassine. Puisque le président de l’Association ne lève pas le petit doigt pour que les choses rentrent dans l’ordre dans ce centre ». Non sans colère, notre interlocuteur poursuit : « Des maladies dermiques sont très répandues parmi les résidents. Et il n’y a même pas de médecin pour examiner les résidents à qui il est interdit de prendre leur douche, sous prétexte d’économiser le gaz butane. Ce qui fait que les 136 résidents ne peuvent  se doucher».
Plus grave encore, les résidents voient aussi disparaitre l’intégralité des aides et des fonds qui parviennent à l’établissement. Sous couvert d’anonymat, un salarié de l’établissement, qui dénonce également ces maltraitances, lance non sans colère : «Une commission doit se rendre sur place pour enquêter sur tous les dysfonctionnements qui ont lieu dans ce centre» 
Le même salarié, que nous avons rencontré ce jeudi 9 avril, affirme : «Toutes les aides apportées aux enfants sont canalisées par la direction. Les pensionnaires n’en bénéficient pas ». Et d’ajouter : «L’année dernière, une association suédoise avait financé les travaux de réfection du terrain de l’établissement. En principe, ce sont les résidents qui devraient y jouer. Mais le fait est que la direction loue ce terrain à des jeunes de la ville en échange de 5 dirhams, chacun ». 
Une chose est certaine : l’affaire révèle un véritable problème. Mais parmi les membres de la direction, c’est tout un autre son de cloche. Une source proche de celle-ci dit regretter ces tentatives de « nuire à la  réputation du directeur de l’établissement ». Catégorique, cette même source conteste formellement toutes les accusations de maltraitance.  

Un problème de communication ?
 
Interrogé par « Libé » sur cette affaire qui peine encore à dévoiler tous ses secrets, Mohamed Balaj, délégué régional de l’Entraide nationale à Larache nous a déclaré : «La Maison d’enfants de Larache  a une autorisation qui lui a été délivrée par le ministère de tutelle ». Ce qui signifie, selon le même responsable, que cet établissement répond, en principe, aux normes requises et ce, conformément à  la loi 14-05 relative aux conditions d’ouverture et de gestion des établissements de protection sociale. Le délégué régional poursuivra, catégorique : «L’Entraide nationale a mis en place un comité de suivi et de contrôle afin de s’enquérir des conditions de gestion et d’hébergement dans ces établissements de bienfaisance dont celui de Larache qui a  été mis en cause par des associatifs. En ce qui concerne cette affaire d’accusations contre la direction de la Maison d’enfants de Larache, nous considérons qu’il s’agit là d’un simple problème de communication entre la direction et les résidents. Et si problème il y a, nous avons besoin de preuves tangibles avant de faire quoi que ce soit contre les mis en cause », a-t-il lancé. Dans ce même ordre d’idées, Hassan Maanane, du Syndicat national des fonctionnaires de l’Entraide nationale (UMT), a déclaré à Libé  : «Ces accusations sont graves. Et il est inadmissible que l’on permette ce genre d’ «agissements inhumains » dans un établissement de bienfaisance. Ces témoignages méritent sérieusement une enquête. Car si la loi a été violée dans cet établissement, seule une enquête peut en attester». Pour les associatifs, cette loi aurait été violée. Pour preuve, le renvoi du jeune Yassine R à quelques mois des examens du baccalauréat. Selon la loi 14-00, les associations de bienfaisance accueillent des enfants abandonnés et des orphelins, âgés de 6 à 18 ans. Elles prolongent leur protection (hébergement, nourriture, vêtement…) jusqu’à ce que les résidents entament leurs études supérieures. 


Abdelkrim Smim rejette les accusations portées contre lui
 
La direction de la Maison d’enfants de Larache est sur la sellette depuis quelques jours. Un rapport établi par l’AMDH-Larache, qui déplore des « dysfonctionnements » dans ce centre, est à l’origine de très vives réactions de la part de la société civile.  Dans une déclaration exclusive à Libé, ce mercredi 16 avril, le directeur de cet établissement de bienfaisance, Abdelkrim Smim réagit et rejette fermement toutes les allégations portées contre lui. « En ce qui me concerne, je nie en bloc toutes ces accusations», a-t-il déclaré, dénonçant une « campagne mensongère qui vise à nuire à ma personne». Il ajoute : «Quiconque veut savoir la vérité peut venir s’enquérir de la situation dans l’établissement. Je n’ai rien à cacher. D’ailleurs, depuis que je suis venu assumer la direction de l’établissement, les portes de la Maison d’enfants de Larache sont toujours ouvertes à tous ».  Interrogé sur l’augmentation du droit d’inscription dont le montant est passé, cette année, de 100 à 200 dirhams – décision pointée également par ledit rapport- Abdelkrim Smim notera : «C’est l’Association de bienfaisance musulmane, qui a décidé cette augmentation, laquelle décision est légale. Le PV qui atteste de cela a d’ailleurs été envoyé aux autorités et à la délégation régionale de l’Entraide nationale».  Concernant le cas de Yassine R, le jeune résident qui affirme avoir été renvoyé, le directeur de la Maison d’enfants de Larache répond, catégorique : « Je ne l’ai pas renvoyé. La vérité est que Yassine avait d’abord pris l’habitude de s’absenter de l’établissement, avant de le quitter définitivement de son plein gré ». Et d’ajouter : «Si Yassine veut aujourd’hui revenir dans l’établissement, on est prêt à l’accepter sans aucun problème ».
 
 
 

DNES : Larache Naîma Cherii
Vendredi 18 Avril 2014

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1.Posté par jawad le 22/04/2014 21:35
Le prolème de nombreux établissements public est qu'ils sont laissés aux mains de directeurs qui ne font pas leur travail, font de l'abus de bien sociaux et détournent des fonds qu'ils sont censés utiliser pour remplir leur missions . Tout cela se produit à cause de l'absence de contrôle efficace et de sanction aproprié en cas de manquement grâve aux tâches qui leur sont dévolus. Le copinage et le clientèlisme ne sont pas étrangers à ces maux.

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