Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

L’idéal féministe et les tentations machistes

Les antécédents du PJD et de sa ministre ôtent toute crédibilité à son intention de promouvoir les droits de la femme




Bassima Hakkaoui réaffirme son hostilité au Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) et au Conseil économique, social et environnemental (CESE). Si elle respecte ses deux institutions constitutionnelles, elle estime, néanmoins, qu’elles ne sont pas sacrées. Mieux,  la ministre de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement social, a affirmé à demi-mot  lors d’un entretien avec le journal L’Economiste qu’elle ne comptait pas  prendre compte de  leurs avis concernant le projet de loi relatif à l’Autorité de la parité et de lutte contre toutes les formes de discrimination (APALD) mais plutôt aux exigences constitutionnelles et aux Principes de Paris.     
Des propos que Fouzia Assouli, présidente de la Fédération de la ligue démocratique des droits des femmes (FLDDP) a qualifiés de surprenants. D’autant qu’il s’agit, selon elle, de deux  institutions constitutionnelles qui se basent dans leur travail, rapports et avis sur des études de terrain et du  benchmarking. «Au lieu de faire référence à ces deux institutions, la ministre préfère se baser sur les Principes de Paris alors qu’elle n’a  cessé, elle et son parti, de faire accroire que le mouvement féministe est sous la tutelle des instituions internationales et obéit à des agendas étrangers.  Ceci d’autant plus que les Principes de Paris sont clairs  concernant ce sujet et il n’y a pas qu’un seul principe puisqu’ils varient  selon les mécanismes en question », nous a-t-elle indiqué. Et d’ajouter : «Même la société civile et les mouvements féminins qui font du terrain et ont  l’expertise nécessaire n’ont pas été associés à la préparation du projet de loi concernant l’APALD».
Mais comment peut-on expliquer ces propos? «La ministre fait partie de l’équipe gouvernementale dirigée par Benkirane et, du coup, on se demande si elle a vraiment les mains libres pour prendre des décisions et élaborer une politique claire et bien définie. Ceci d’autant plus que la ministre et son chef de gouvernement appartiennent à un parti politique fortement imprégné d’une idéologie hostile aux droits de l’Homme qu’il  considère comme une culture étrangère qui menace de saper les fondements de la société marocaine.  Et malgré le fait que le PJD se trouve aux commandes de l’Exécutif, cette mentalité est restée dominante. Pis, le chef du gouvernement et son parti se présentent comme les porte-parole de leurs bases électorales et non de l’ensemble du peuple marocain», nous a affirmé Fouzia Assouli. Et de poursuivre : «Benkirane n’a pas caché son hostilité aux droits des femmes et aux mouvements féministes. Plusieurs de ses déclarations aux médias confirment cette tendance. C’est le cas avec le  démenti qu’il a opposé aux statistiques du HCP concernant les violences contre les femmes, son appel au maintien des  femmes dans leurs foyers et de ses blagues humiliantes envers les femmes reprises par les médias sans  avoir été remises en cause ».
Une analyse que partage ce militant des droits de l’Homme qui a requis l’anonymat. D’après lui, le mot « sacré » utilisé par Bassima Hakkaoui mérite un certain éclairage. « Ce n’est pas la première fois que la ministre fait usage de ce terme alors qu’elle semble avoir complètement oublié le fait que nulle institution n’a été sacralisée par la Constitution de 2011. Même l’institution Royale n’est plus sacrée aux termes de  l’article 46 de la Loi suprême », nous a-t-il précisé.
Selon notre source, cette hostilité à l’endroit du CESE et particulièrement du CNDH ne date pas d’aujourd’hui. Elle remonte à la date de création de ce dernier conseil. « Le PJD n’a jamais porté ce dernier dans son cœur et cela dès sa création. Le PJD estime qu’il a en été exclu ainsi que l’ensemble des sensibilités islamistes. Pour lui, le CNDH est une instance qui ne regroupe que le peuple de gauche, moderniste et laïc, et du coup, il ne représenterait qu’une seule vision politique», nous a-t-elle expliqué. Et de poursuivre: «Ce  désaccord va s’exacerber davantage avec les rapports et avis du CNDH concernant des sujets «conflictuels» (droit des femmes, peine de mort, héritage, etc.)».  
D’après notre source, les Pjdistes estiment que le CNDH outrepasse ses prérogatives et met le nez hors de son champ de compétence. « Les militants du parti de lampe oublient souvent que le CNDH a le droit d’émettre des avis et de faire des rapports, et qu’un dahir définit clairement à qui ces documents doivent être adressés. Ceci d’autant plus que les avis du CNDH ne sont pas contraignants et qu’ils  ambitionnent seulement d’ouvrir le débat sur des sujets de société relatifs à la défense des droits de l’Homme », nous-t-elle précisé.
Notre militant va plus loin. Il estime que la sortie médiatique de Bassima Hakkaoui s’inscrit dans la guerre des nerfs menée contre le CNDH notamment dans un contexte particulier, à savoir la préparation d’un projet de loi visant à changer la composition dudit conseil pour être en conformité avec les nouvelles disposition de la Constitution de 2011. « On fait pression sur le CNDH pour qu’il garde sa langue dans la poche», a-t-il conclu.

Hassan Bentaleb
Jeudi 3 Mars 2016

Lu 1484 fois

Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toute circonstance, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.

Actualité | Monde | Société | Régions | Horizons | Economie | Culture | Sport | Ecume du jour | Entretien | Vidéo | Expresso | En toute Libé | L'info | People | Editorial | Post Scriptum | Billet | High-tech | Vu d'ici | Scalpel | TV en direct | Chronique littéraire | Billet | Portrait | Au jour le jour | Edito










www.my-meteo.fr

Votre navigateur ne supporte pas le format iframe
Votre programme TV avec Télé-Loisirs