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L’enseignement privé remis en question à Rabat




L’enseignement privé  remis en question à Rabat
​Khadija El Yamlahi:  L’éducation n’est pas une marchandise. 
Mohamed Moro : Les responsables veulent transposer le modèle chilien au Maroc. 

L’enseignement privé au Maroc a été minutieusement décortiqué lors d’une journée d’étude organisée conjointement, vendredi dernier, entre la Faculté des sciences de l’éducation (Groupe de recherche sur l’éducation, les valeurs et le développement humain) et l’Association «Forum de la famille marocaine» et avec la participation de la Revue de l’administration de l’éducation, l’Association «Odyssée du Sud», et le Centre marocain d’évaluation et de soutien à l’administration de l’éducation.
Khadija El Yamlahi, députée USFP à la Chambre des représentants et présidente de l’Association «Forum de la famille marocaine», a critiqué la diversité des systèmes d’enseignement privé au Maroc. «Nous n’avons pas une seule école privée au Maroc. 
Il y en a plusieurs, les unes travaillant selon les programmes nationaux et les autres, portant des noms étrangers et installées surtout à Casablanca et Rabat, selon des programmes étrangers. S’ajoutent à cela les écoles des missions», a-t-elle souligné. 
Ce qui constitue, selon la députée, une menace à «l’identité culturelle marocaine et accentue les disparités sociales» et  «affaiblit la cohésion sociale». 
 «Que faire devant cette réalité hybride qui ne correspond pas aux attentes des différentes couches de   la société marocaine?», s’est-elle interrogée en mettant en relief le nombre croissant d’écoles de ce type d’enseignement notamment à Casablanca et Rabat. 
Les chiffres tirés d’une étude initiée par l’Association The Global initiative et présentée récemment à Rabat, sont là pour confirmer cette réalité. La Charte nationale de l’éducation et de  la formation prévoyait d’atteindre 20 % d’effectifs dans le privé. 
En 1999, les effectifs dans l’enseignement primaire privé étaient de 4 %, puis ils ont  atteint actuellement 18 % et dans quelques villes notamment Rabat et Casablanca, ce chiffre a grimpé pour dépasser les 50 %. « Cette croissance est anormale », a-t-elle martelé.
Khadija El Yamlahi a également rappelé dans ce sens les mises en garde du Comité onusien des droits de l’enfant qui a exprimé dernièrement son inquiétude quant au développement inapproprié de l’enseignement privé au Maroc, particulièrement au niveau du primaire «sans la nécessaire supervision  concernant les conditions d’inscription et la qualité de l’enseignement dispensé, ce qui a conduit au renforcement des inégalités dans la jouissance du droit à l’éducation, et que les enseignants donnent de plus en plus des cours privés dans les écoles publiques et accordent la priorité au travail qu’ils font dans les écoles privées», selon le paragraphe 60 des recommandations du Comité des droits de l’enfant sur le Maroc liées à la privatisation de l’éducation et que la députée ittihadie a tenu à distribuer au public avant le début de cette journée d’étude. 
Le Comité avait ainsi recommandé que «l’Etat (marocain) évalue et traite les conséquences du développement rapide de l’enseignement privé et s’assure que les enseignants du secteur public contribuent à l’amélioration de l’éducation au Maroc plutôt que d’être utilisés par le secteur privé, en mettant en œuvre de manière effective la circulaire ministérielle n° 109 du 3 septembre 2008».
La députée a conclu son intervention en disant que «l’éducation et l’enseignement ne sont pas une marchandise».
Pour sa part, Mohamed Moro, professeur chercheur à la Faculté des sciences de l’éducation, a passé en revue l’expérience du Chili dans le domaine de l’enseignement privé. « J’ai privilégié de parler de cette expérience, parce que les responsables marocains sont intéressés par sa transposition au Maroc », a-t-il souligné. Ce modèle ultralibéral est, selon lui, le plus inégalitaire et le plus cher au  monde après celui des Etats-Unis. 
D’après l’intervenant, ce modèle a été instauré au Chili après le coup d’Etat contre le socialiste Salvador Allende fomenté par le Général Pinochet en 1973. Ce dernier avait confié à un groupe surnommé «Chicago Boys» composé d’économistes chiliens formés à l’Université américaine de Chicago, la tâche d’imposer un modèle économique et social ultralibéral.
Mohamed Moro a également affirmé que ce modèle est déjà contesté et remis en cause au Chili comme le montrent les protestations des étudiants, des lycéens et des professeurs réclamant un enseignement public gratuit et de qualité. 
Abdellah El Khayari, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation a, quant à lui, évoqué deux problématiques. La première a trait au fait que l’enseignement privé se développe au Maroc sans s’appuyer sur ses propres moyens, c’est-à-dire qu’il se développe au détriment de l’enseignement public, de son image et de ses ressources.
La seconde concerne l’investissement dans l’enseignement privé qui vise essentiellement le profit. Mais comment peut-on concilier à la fois le profit et le volet pédagogique et éducatif ? Telle est la grande question.
 

Mourad Tabet
Lundi 15 Décembre 2014

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