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L’enfer, c’est l’autre

L’épreuve de la Passion M.Lahbabi




L’enfer, c’est l’autre
’’La mélancolie chez elle, ce  n’était pas un état d’âme provisoire charrié par des tourments indétectables, mais une nature  permanente  rivée  à ses jours et jusque dans ses rêves’’.  C’est en ces termes que M. Lahbabi dépeint Lamia, le personnage principal de son roman. Une femme aux sérieux atouts physiques, deux enfants et  un mari riche autour duquel papillonne une petite cour de couples assurément badins à souhait … Oui, Lamia a tout, sauf l’amour. Elle n’a pas choisi son époux, qui plus est  son aîné de plusieurs années, pas d’activité gratifiante, pas de confident. Un profil qui est légion dans le plus beau pays du monde. 
Plus profondément, le roman renoue avec un vieil ogre pour la Femme : le Quotidien, plus précisément, le poids du Quotidien. Les références littéraires de l’auteur balisent le chemin : Bovary, Anna Karénine, les Brontë résonnent mélancoliquement chez les initiés. Comme antidote aux serres du Quotidien, la passion fait irruption et colorie l’horizon. On retrouve goût à la vie mais non sans tribut à payer, souvent plus tard. Le titre du roman est évocateur, le tableau de Munch ornant le livre lui fait écho. Le peintre, ne fait-il pas le constat de l’inévitable affrontement entre les sexes, n’est-il pas l’adepte d’une solitude existentielle.
L’auteur s’emploie à étayer cette prédestination aux travers d’une galerie de portraits matés par l’ennui, vaincus par l’effort et surtout allergiques à toute originalité. Le monde de Lamia est une basse-cour de couples préfabriqués où les hommes comptent et les femmes caquettent, avec pour musique de fond le doux tintement des privilèges. Ils  font tout à plusieurs, même s’ennuyer. Ils sont succulents de fausseté et fidèle à leur platitude. Alors qu’un des leurs a une fulgurance d’humilité, les autres s’empressent d’en faire un renégat. C’est le cas de Zineb, personnage préfigurant le devenir de Lamia si elle ne réagissait pas. Ce qu’elle fera plus tard en rejoignant Doryan, un autre sinistré de l’amour. Forcer son destin, c’est la recette de M. Lahbabi  pour toute femme avide d’émancipation. Idée que recelait déjà le précédent roman et qui nous rappelle que se révoltait c’est agir.     
On retrouve dans l’Epreuve de la Passion le les thèmes du romancier M. Lahbabi, traités il est vrai avec une rare sensibilité. L’insoutenable avidité de l’homme, la dictature des apparences, les petits calculs mesquins menant tour droit au mur. Des univers devenus presque des normes principalement dans la société casablancaise. Heureusement chez certains êtres, la rébellion est une aptitude. Principalement chez la Femme à laquelle le romancier voue une exquise tendresse. D’amours inachevées jusqu’au présent roman, l’auteur poursuit l’infini effeuillage de cet artichaut qu’est la vie, en quête d’un cœur, d’une sève, tout simplement d’un Autre si proche et pourtant inaccessible.       

Habib Mazini
Samedi 25 Mai 2013

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