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L'école suédoise au défi de l'immigration




Crise des vocations, profs déprimés, performances en berne: la Suède avait déjà mal à son école avant l'arrivée massive de migrants, dont d'innombrables enfants qu'il faut instruire au pas de charge pour assurer leur intégration.
Sur les quelque 245.000 migrants arrivés sur le sol du pays scandinave depuis 2014, 70.000 avaient moins de 18 ans.
Syriens, Afghans ou Irakiens, la guerre et l'exil les ont longtemps privés d'école. Ils doivent apprendre un nouvel alphabet, une langue très différente, s'approprier une pensée, un rapport à l'autre.
"C'est un vrai défi", reconnaît le ministre de l'Education, Gustav Fridolin auprès de l'AFP.
D'autant que l'école suédoise est à la peine. Elle a un besoin criant d'enseignants -- il faudrait en trouver 60.000 de plus d'ici 2019 --, les écarts de niveau entre établissements se creusent, les élèves apprennent moins et moins bien.
Un rapport de l'Unicef publié en avril montre que la Suède est, avec la Finlande, le pays de l'OCDE où les résultats scolaires ont le plus dégringolé entre 2006 et 2012.
Pour l'Agence de l'éducation nationale, si le niveau général baisse, c'est avant tout parce que les élèves d'origine étrangère, fortement handicapés par leur méconnaissance de la langue, sont sur la touche. Entre 2006 et 2014, la part des élèves échouant aux tests d'entrée du lycée est passée de 10 à 14%. Or "jusqu'à 85%" de cette détérioration s'explique par "la hausse de la part d'élèves arrivés dans le pays en cours de scolarisation", analyse l'Agence.
L'enjeu est de taille car le traitement social de l'échec scolaire "est beaucoup plus coûteux" que l'instruction, s'alarme le ministre de l'Education.
Plus de 20% des Suédois nés à l'étranger sont sans emploi, contre environ 5% de ceux nés en Suède.
Le parti d'extrême droite SD, qui dénonce l'impréparation des autorités dans l'accueil des migrants, voit dans la dégradation des résultats scolaires le fruit de la "ségrégation" à l'oeuvre sur tout le territoire. A Södertälje, en banlieue sud de Stockholm, 37% des habitants sont nés à l'étranger. La commune a mis en place depuis trois ans deux enseignants par classe au primaire pour assurer un meilleur encadrement.
"Les élèves obtiennent plus d'aide, les cours peuvent être adaptés et les instituteurs se sentent moins stressés", résume la responsable des affaires scolaires de la commune, Monica Sonde.
Et, à l'en croire, ça marche: la part des élèves autorisés à poursuivre des études secondaires augmente depuis son introduction.
A l'école Wasa, 90% des élèves parlent arabe et près de 20% sont arrivés en Suède il y a moins de deux ans. Fils d'un médecin d'Alep, Mark Khoazzoum n'est resté en classe d'adaptation que trois mois après son arrivée il y a près d'un an et demi.
Ce garçon de 11 ans, élève brillant, parle sans accent la langue de Zlatan Ibrahimovic, lui-même enfant d'immigrés bosno-croates. "Le suédois reste un obstacle quand je veux décrire les choses", déplore-t-il pourtant.
En fonction de leur pays de naissance, les difficultés auxquelles sont confrontées les primo-arrivants sont plus ou moins aiguës.
"La Syrie a un système éducatif correct, tandis que des pays comme l'Irak, l'Afghanistan et la Somalie ont des systèmes plutôt faibles, ce qui signifie que des élèves en provenance de ces pays n'ont peut-être pas été en classe avant d'arriver en Suède et malgré leur motivation, ils ont du mal", explique Anders Auer, de l'Agence pour l'éducation nationale.
En général, les enfants sont placés dès leur arrivée dans des classes d'adaptation, souvent dans des écoles où les immigrés sont déjà en surnombre. En deux ans, ils doivent pouvoir intégrer le cursus ordinaire. Un parcours d'obstacles les attend jusqu'au lycée. Mais Anders Auer l'assure, "les élèves étrangers sont en moyenne plus motivés que les élèves nés en Suède".

Mardi 3 Mai 2016

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