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L'avènement des voitures autonomes risque d'être retardé par des dilemmes éthiques




Décider si une voiture autonome, sans chauffeur, doit sacrifier ses occupants ou sauver la vie de piétons: c'est le dilemme cornélien posé aux chercheurs et qui pourrait retarder l'avènement de ces véhicules, selon une étude.
Des prototypes sont testés sur les routes depuis plusieurs années, dont notamment un modèle de Google, et l'adoption généralisée de telles voitures pourrait éliminer jusqu'à 90% des accidents de la circulation, selon les auteurs de ces travaux parus dans la revue américaine Science.
Les chercheurs ont déterminé que le public est généralement en faveur de voitures autonomes permettant de minimiser le nombre de blessés et de morts dans des situations de danger extrême, en s'appuyant sur les résultats de six enquêtes menées auprès de 1.928 personnes aux Etats-Unis.
Cela signifie par exemple que le logiciel pilotant la voiture foncerait sur un mur ou un arbre, choisissant de sacrifier le ou les passagers pour éviter un groupe de piétons. Ainsi 76% des personnes interrogées pensent que ce scénario est le plus souhaitable moralement pour ce type de véhicules.
Mais en même temps, ces enquêtes révèlent un manque d'enthousiasme parmi les mêmes sondés face à l'idée d'acheter des voitures autonomes programmées pour éviter les piétons au détriment des passagers.
Ainsi, lorsqu'on leur a demandé s'il était moralement acceptable de voyager en famille dans une voiture dont le logiciel prévoirait de sacrifier les occupants pour sauver la vie de piétons, le taux de réponses favorables a chuté d'un tiers.
Une majorité des personnes interrogées se sont aussi déclarées vivement hostiles à l'idée que les pouvoirs publics réglementent en faveur de voitures sans chauffeur programmées pour préserver la sécurité des piétons au détriment de celle des passagers.
Dans ces enquêtes, menées en ligne entre juin et novembre 2015, seul un tiers des personnes ont dit qu'elles achèteraient probablement un tel véhicule comparativement à une forte majorité qui a choisi l'option d'une voiture autonome pouvant être programmée selon leurs souhaits. "La plupart des personnes veulent vivre dans un monde où les voitures minimiseraient au maximum le nombre de morts et blessés", relève Iyad Rahwan, professeur adjoint au Massachusetts Institute of Technology (MIT), un des co-auteurs de l'étude, rapporte l’AFP.
"Mais en même temps, tous veulent que leur propre voiture les protège à tout prix", ajoute-t-il, soulignant que le résultat constitue "un dilemme social" dans lequel on finit par créer un environnement moins sûr pour tous en agissant surtout pour son intérêt propre.
"C'est le défi auquel devraient réfléchir les constructeurs automobiles ainsi que les autorités de réglementation", écrivent les chercheurs, dont Jean-Francois Bonnefon de la "Toulouse School of Economics" (TSE).
En outre, si les voitures autonomes deviennent en fait vraiment plus sûres que les véhicules actuels, ces dilemmes éthiques "pourraient paradoxalement accroître le nombre de victimes d'accidents en retardant l'adoption de technologies encore plus sûres", estiment les auteurs.  Mais "avant que nous puissions programmer nos valeurs morales dans des machines, nous devons nous efforcer de les clarifier et de les rendre cohérentes, ce qui pourrait être l'heure de vérité pour la philosophie morale du 21e siècle", écrit Joshua Greene, psychologue à l'université de Harvard, dans un éditorial publié dans Science qui accompagne l'étude à laquelle il n'a pas participé.
Azim Shariff, professeur de psychologie à l'université d'Oregon, un des coauteurs, insiste quant à lui sur les bienfaits potentiels importants que représentent les voitures autonomes.
"Les automobiles actuelles non seulement ne sont pas pratiques et sont coûteuses, mais elles sont aussi hors de portée pour les personnes âgées et les handicapés et nous forcent aussi à consacrer de vastes espaces urbains à des parkings", a-t-il dit durant une conférence de presse téléphonique.
"Rien qu'aux Etats-Unis, les accidents de la route ont fait près de 40.000 morts et 4,5 millions de blessés sérieux en 2015... coûtant près de mille milliards de dollars", a pointé le chercheur.

Samedi 2 Juillet 2016

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