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L’athlétisme national se fait de plus en plus modeste

A qui en incombe la faute ?




A Pékin, les projecteurs se sont éteints et les clameurs se sont tues. Ce merveilleux stade qu’est «Le nid d’hirondelle» a retrouvé tout son calme et cet épais silence qui le couvre en dehors des moments de compétitions.
Maintenant que les différentes délégations sportives, aux Championnats du monde d’athlétisme, ont regagné leurs pays respectifs, l’heure est aux bilans.
Iguider, le sauveur.
Que dire de la participation marocaine ? Que tout simplement, l’athlétisme chez nous n’a pas fini de manger son pain noir.
Plus d’une décennie, après que le grand El Guerrouj a « raccroché », l’athlétisme marocain ne voit toujours pas la sortie du tunnel. Il peine à décoller de nouveau. Sa moisson en médailles, lors de ces Championnats du monde se résume en une seule et unique médaille de bronze obtenue, au forceps, par le dernier des «Lions de l’Atlas».
Iguider, puisque c’est de lui qu’il s’agit, toujours égal à lui-même, a encore une fois su tirer son épingle du jeu en obtenant une bonne 3ème place au 1500m, ratant d’un souffle la deuxième place et sauvant par la même occasion la mise de la participation marocaine après une course menée avec une bonne dose d’intelligence tactique.
El Aarafi (que l’on n’attendait pas) a fait illusion chez les dames lors des demi-finales du 800m où elle s’est classée première avec un bon « chrono » avant de se contenter en finale d’une modeste quatrième place.
A noter que lors de son J.T. de 21 heures, la RTM a tellement monté en épingle la qualification d’El Aarafi à la finale du 800m, que d’aucuns ont cru à une médaille d’or, obtenue enfin par le Maroc.
Quoi qu’il en soit et en toute honnêteté et au vu de ses potentialités, cette jeune fille pourrait bien être l’hirondelle qui annonce le retour du printemps. Attendons donc les prochains J.O. pour avoir confirmation.
L’âge d’or de l’athlétisme
marocain
D’aucuns trouvent étonnant que la Fédération Royale marocaine d’athlétisme, il y a quelques années de cela, à un moment où son budget ne suffisait même pas à couvrir ses frais de fonctionnement, et où l’infrastructure sportive était presque inexistante, nos athlètes, avec des moyens dérisoires et sans encadrement  adéquat, poussés par le seul amour du pays, déparquaient dans les grandes manifestations sportives internationales et parvenaient à monter sur les plus hautes marches des podiums, avec une facilité et une aisance insolentes.
Paradoxalement, aujourd’hui où la Fédération Royale marocaine d’athlétisme dispose de fonds financiers respectables, d’une infrastructure à faire pâlir d’envie les nations les plus avancées et d’une armée d’encadreurs, elle n’arrive plus à présenter des athlètes capables de s’imposer sur la scène internationale.
Pourtant, elle dispose à côté de son école nationale d’athlétisme à Rabat, d’une Académie à Ifrane, de plusieurs Centres régionaux de formation et d’un nombre incalculable de pistes d’athlétismes aux normes internationales.
En principe, en conjuguant tout ce foisonnement d’infrastructures sportives avec l’armée d’encadreurs enrolés récemment par la F.R.M.A., on devrait aboutir à la formation d’une légion d’athlètes capables de briller de mille feux.
Malheureusement, ce n’est pas le cas. Alors d’où nous vient cette pénurie de bons athlètes ?
D’aucuns répondront qu’il n’est un secret pour personne que la FRMA souffre du manque de cadres compétents et qu’en dehors de quelques entraîneurs spécialistes en demi-fond, les autres n’ont pas les compétences requises pour la formation d’une élite sportive.
Les problèmes à la base
Disons-le tout de suite : loin de nous l’idée de faire le procès de la FRMA !
Mais notre quête de la vérité nous permet d’établir le constat suivant : les problèmes qui entravent la bonne marche de l’athlétisme sont beaucoup plus profonds qu’ils ne le paraissaient. Ils dépassent, de par leur importance et leur acuité, la fédération elle-même.
A titre d’exemple et en prenant la Ligue la plus représentative pour référence, celle du Grand Casablanca en l’occurrence, il serait aisé de constater que sur l’ensemble des clubs qui constituent cette ligue, plus de la moitié de ses dirigeants sont analphabètes ou, tout au plus, d’un niveau d’instruction très modeste.
En outre, bon nombre de ces messieurs-dames se trouvent être sans profession connue : des chômeurs, pour être plus précis. Ajoutez à cela que certains clubs n’ont guère d’entraîneurs dignes de ce nom. Et quand ce n’est pas le président qui s’improvise comme entraîneur insoupçonné, on se rabat sur des jeunes sans emploi ou d’anciens sportifs qui ne sont pas formés pour qu’ils remplissent le vide dominant.
Les athlètes de ces clubs, dont la majorité sont des sportifs en herbe, sont soumis à un entraînement «sauvage» primaire qui n’est ni structuré ni planifié.
A tout cela, il faut ajouter que ces messieurs-dames, dirigeants de certains clubs ont vite fait de découvrir que la manne financière que fournissent les subventions fédérales valait mieux que le meilleur des jobs. Et à ce pécule gagné sans efforts, on peut toujours ajouter les bénéfices juteux tirés de l’organisation des courses sur route.
C’est ainsi que cette possibilité de se remplir les poches sans trop se fatiguer a donné naissance à une nouvelle culture : celle de faire passer l’intérêt personnel avant celui de toute une nation.
Les gens de l’athlétisme - à de rares exceptions près- qu’ils soient dirigeants, entraîneurs ou de simples athlètes «courent» tous après le gain facile et la recherche du succès immédiat à n’importe quel prix.
A notre humble avis, il est temps de mettre fin à cette anarchie, si nous voulons voir redécoller notre athlétisme.

 * Auteur-chercheur en sport

Par M’hamed Karkoure
Mercredi 9 Septembre 2015

Lu 388 fois


1.Posté par Alain Flaccus le 09/09/2015 06:35
Belle article sans langue de bois. Si on peut aider !

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