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L’Espagne ingouvernable




Les deux grands partis politiques d’Espagne, Parti populaire (majorité sortante) et Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE : en instance d’investiture) se sont montrés incapables de réunir les appuis
nécessaires pour sortir
le pays de la plus longue crise politique depuis
la restauration de la
démocratie en 1978. Bien qu’ils réunissent, à eux seuls, le plus grand
nombre de députés (213 sur un total de 350 que compte la Chambre basse), ils font montre d’une mutuelle haine
viscérale pour des
considérations d’ordre éthique, idéologique
et politique. Les deux
partis sont victimes d’un arrogant bipartisme qui divise actuellement le pays en deux blocs, la droite
et la gauche.


La solitude du PP
Le Parti populaire (PP : conservateur), qui jouissait d’une majorité absolue durant la dernière législature, a remporté le plus de sièges au Congrès des députés (123). Pourtant, il s’est abstenu de la mission de piloter les négociations avec le reste des formations politiques, en prévision de l’investiture de  son président, Mariano Rajoy. La raison est simple : aucun parti n’a accepté de le soutenir. Les raisons abondent mais l’opinion publique et la classe politique retiennent surtout, alors au gouvernement, son excessive arrogance dans l’application de mesures drastiques qui ont conduit le pays à l’austérité budgétaire et à l’appauvrissement des catégories sociales les moins favorisées.
Les syndicats avaient dû recourir à des mobilisations monstres de leurs militants et des grèves générales pour protester contre l’érosion des salaires des travailleurs, la nouvelle réglementation du marché du travail ou la réduction de la protection sociale de toutes les catégories sociales (dont les immigrés). C’est surtout les scandales de corruption qui secouent les fondements du PP qui rendent impossible toute alliance avec les autres partis politiques. Conscient de ces avatars, Rajoy a fait marche arrière en se démarquant d’une éventuelle coalition pour diriger le futur gouvernement. Le PP opte pour de nouvelles élections pour améliorer sa représentation au Parlement. Il est déjà majoritaire au Sénat.

Le PSOE et la
nouvelle gauche

Les socialistes, dirigés par le secrétaire général du PSOE,  Pedro Sanchez, compte uniquement 90 sièges au Congrès des députés. Compte tenu de la défection du PP, il a été mandaté par le roi d’Espagne pour mener des négociations en vue de l’investiture de son président. Sans les appuis suffisants au Parlement, sa candidature a été rejetée à deux reprises par la plupart des groupes parlementaires. C’est un échec personnel de Sanchez, estiment certains secteurs socialistes. C’est aussi un échec de l’état-major du PSOE qui n’avait pas su comment gérer les négociations avec le reste des partis de gauche représentés au Parlement. Le PSOE, fort de son passé de parti des masses, est désormais un kaléidoscope de courants idéologiques avec pour toile de fond les luttes intestinales entre « barons » (anciens dirigeants) et la nouvelle génération de militants aux commandes du parti. Le PSOE avait également souffert des tentatives des frondeurs et des dissidents qui avaient miné son unité et réduit sa marge de popularité. Sanchez a commis l’erreur d’opter pour une alliance avec Ciudadanos (C’s : 40 sièges), une nouvelle formation qui se propose de représenter la démocratie chrétienne en Espagne. Certains experts la qualifient de sous-produit du PP pour compter des courants conservateurs dans ses rangs. Son soutien était pourtant insuffisant lors des votes pour assurer l’investiture de Sanchez. Finalement, le PSOE donne l’image d’un mauvais négociateur pour remporter la bataille des pactes. Désormais, la société espagnole plus embourgeoisée donne l’impression d’avoir mûri à l’intérieur des schémas du néo-libéralisme, de l’opulence du « boom » économique des années 80 et 90 et de la doctrine conservatrice de l’Union européenne. L’émergence d’une nouvelle gauche, identifiée à Podemos, est un élément  déterminant de l’équation politique.

Podemos, défenseur
des déshérités

Il s’agit d’un nouveau parti qui est né dans la clameur au printemps de 2011 des catégories sociales les plus défavorisées, tels les étudiants, les travailleurs en chômage et de tous les jeunes politiques en colère contre le bipartisme et les partis politiques traditionnels. Créée en janvier de 2014, son ascension en termes d’adhésions, de votes aux élections européennes et municipales, enfin, de sièges de députés (69 sièges et 20,66% des votes exprimés lors des dernières élections générales du 21 décembre 2015) est exceptionnelle dans une démocratie occidentale. Son point fort est la défense d’un discours totalement nouveau par rapport à celui des partis traditionnels (PP et PSOE). Ses dirigeants, tous des universitaires,  perfectionnent la rhétorique, ciblent les thèmes (ou maux) qui préoccupent la société et  évitent de tomber dans l’arrogance dialectique des barons des partis traditionnels. Podemos a l’avantage de bénéficier de la sympathie des militants des autres partis de gauche mais aussi du soutien des jeunes générations d’électeurs, nés après la transition démocratique. Son credo consiste à vilipender à outrance  les hommes politiques impliqués dans des scandales de corruption mais aussi la politique d’austérité appliquée par le PP. Cette organisation tend la main au PSOE mais aspire à partager le pouvoir en exigeant de siéger au gouvernement. C’est une nouvelle donne politique et une forme de coalition active. « Nous sommes nouveaux mais pas idiots », proclament certains de ses dirigeants. Podemos assure qu’il demeure fidèle à l’intégralité de son programme électoral y compris le respect d’un référendum d’autodétermination en Catalogne. Pour les socialistes, il y a des «lignes rouges» que Podemos ne devrait jamais passer outre : le respect de la souveraineté de l’Espagne. C’est là où échoue toute sorte de coalition, de pacte ou d’alliance des deux partis. Autre dilemme : Podemos rejette toute forme de coalition avec le PSOE à laquelle serait inclus Ciudadanos.  
C’est le panorama de la crise politique que vit actuellement l’Espagne, Il est le résultat de la prépotence des deux grands partis traditionnels, des clivages idéologiques et de l’absence de la culture de pactes. Habitués à gouverner en solitaire sur la base de pactes avec des partis régionalistes ou grâce à une majorité absolue, le PP et le PSOE assument désormais la responsabilité de mettre un terme au marasme politique et remettre sur les rails la nouvelle législature. Avec un Parlement paralysé, l’Espagne est ingouvernable.

 * Correspondance particulière
de Madrid

Par Mohamed Boundi *
Vendredi 18 Mars 2016

Lu 733 fois


1.Posté par Rouijel abdelhanine le 18/03/2016 12:43
TRES BONNE ANALYSE BONNE CONTINUATION

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