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Hiba Khamlichi dans ses métamorphoses

Devant chaque œuvre, le regard captif erre dans le dédale des signes graphiques, parsemés de flèches déboussolantes.




L'art de Hiba Khamlichi est une
peinture rhizomique où l'évidence
parabolique dissimule un étrange
hermétisme, où les caractères,
 les empreintes, les effigies en miroir,
entretiennent des interconnexions
indéfinissables.


Une peinture médiumnique véhiculant, au-delà des messages intentionnels, des catachrèses divinatoires, des illuminations extralucides, des parénèses incantatoires. Les petits motifs juxtaposés évoquent les cryptogrammes indéchiffrables des talismans conjuratoires. La mythologie marocaine, toujours vivace,  dessine en filigrane l'estampille allusive.
Les représentations figuratives du code entropique de Fibonacci resteraient des jeux allégoriques si Hiba Khamlichi, traversée de fulgurances intuitives, ne les chargeait d'étranges entrelacements d'alphabets antiques, d'incarnations ataviques remontés des profondeurs du temps,  d'énigmatiques combinatoires puisées dans l'invisible. Le détournement sémiotique des lois numériques les transfigurent et les transcendent pour les restituer en oeuvres hallucinatoires. Le formalisme géométrique apparent sous-tend, dans ses asymétries déconcertantes, ses intrications déroutantes, ses alambications surprenantes,  une  déconstruction méthodique des logiques binaires. Cette esthétique détonante, parementée de références paradoxales, relève des transmutations alchimiques. Ses compositions algorithmiques puisent leur puissance hypnotique dans l'interaction secrète de figures sibyllines. Le vent soufi souffle dans son pinceau. Les atomes pellucides des sables chauds pigmentent les variations de ses couleurs. Les chevaux se dentellent d'arabesques cabalistiques surgis des raffinements andalous et de leurs inspirations mystiques. Des éclats de street art, révélateurs des soubresauts souterrains des mutations présentes, se superposent comme des effractions intempestives. L'artiste visionnaire est bien ancrée dans son temps. Sans avoir connu de l'intérieur l'aventure psychédélique, cette quête éperdue de liberté des soixante-huitards saturés d'abondance et d'absence d'absolu, Hiba Khamlichi la revisite avec une spontanéité confondante.
Devant chaque œuvre, le regard captif erre dans le dédale des signes graphiques, parsemés de flèches déboussolantes. Les escargots s'apparentent à des soucoupes volantes en embouteillage dans l'espace. Leurs coquilles en spirale, couvertes de tatouages, transbahutent l'œil curieux de leur minutie fragmentaire d'impasse en impasse. Chaos stylistique sans syntaxe transparente. Les sphères brisées enfermées dans des cases d'échiquier, agencées au hasard des lancers de dés, s'enchaînent ou se désenchaînent dans l'incertitude des probabilités. La dissymétrie devient, par magie, déflagration de pétales. L'irrégularité se fait symphonie de géométries variables. L'amalgame des lignes serpentines, des cercles entaillés, des triangles zébrés, déclinent des galaxies entrecroisées, des voies tortueuses au coeur des étoiles, des ponts d'accès aux fulgurances satoriques. Archimède inspire la voûte azurée où s'activent des archanges mathématiciens.
Les figures primaires se font carrefours inextricables dans leurs entrecroisements infinis. L'imprévisible mécanique démultiplie fausses pistes et  détours insoupçonnables. La peinture de Hiba Khamlichi est un art des labyrinthes.
Hiba Khamlichi matérialise dans ses créations les métamorphoses réparatrices des dérives planétaires, des métamorphoses aiguilleuses des énergies telluriques, des rayonnements cosmiques, des ressources psychiques, des métamorphoses régénératrices du sens de l'existence. Sa palette réfractaire capte sur le vif les convulsions du monde. Sa colombe horlogère restaure l'intemporalité contemplative dans la débâcle générale. Ses mandalas réimpriment l'allègre sagesse des sérénités vitales. Ses avatars robotisés s'infusent de stylistiques pariétales. Des bleus maillés de circuits électroniques, des rouges transpercés de rayons laser, des eaux enflammées de l'enfer,  surgissent des djinns  travestis sous masques mayas pour éblouir le spectateur interdit et le précipiter dans son propre royaume imaginaire.

 * Sociologue, poète, artiste peintre
Paris, 28 avril 2016

Par Mustapha Saha
Vendredi 6 Mai 2016

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