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“Hégire en Occident”de Fawzi Boubia aux Editions Chez Marsam : Un vibrant hommage à l’intelligence de tout bord




“Hégire en Occident”de Fawzi Boubia aux Editions Chez Marsam : Un vibrant hommage à l’intelligence de tout bord
La culture a pour monture le pigeon messager. Il  nous éloigne et nous emporte loin, très loin, mais finit
toujours par nous ramener à domicile

Livre confession où Fawzi Boubia s’effeuille tel un artichaut pour nous livrer son cœur. Au commencement était le désir de devenir  allemand  pour «être un peu plus proche des génies de cette culture ouverte sur le  monde, tels que Goethe, Schiller, Beethoven ou Heine… ».  Hasard ou ironie de la providence, la concrétisation de ce désir coïncide avec la chute du mur de Berlin, c’est dire si l’ambiance générale est à la concorde, en somme l’alliée objective dans cette légitime démarche.  Malheureusement l’horizon de l’auteur s’ennuage de sombres découvertes, les unes  sous forme de préjugés foncièrement enracinés dans l’imaginaire occidental et qu’attestent les incidents de Hoyerswerda ou de Solingen, d’autres complaisamment enrobées de piètres pensées enfouies dans d’illustres écrits (Hegel et ses divagations sur la supériorité  allemande).  Grande est la déception, profonde est l’amertume ! S’ensuit un éveil de la raison qui confine les élans du cœur au rang de plates naïvetés. Belles naïvetés que ne perd nullement F.Boubia puisque loin de désespérer de l’Allemagne, le titre et le contenu de son livre, teinté d’admiration particulière, renvoient à Goethe. L’homme est un universitaire aguerri, un compagnon de livres, exquis et d’une rare gentillesse, et le rebelle en lui ne pourrait vaincre ni son universalité ni celle de sa discipline.     
Hégire en Occident est la version française d’un récit publié en 1996 en Allemagne. On suit l’itinéraire d’un jeune issu du haut Atlas qui pérégrine du Maroc jusqu’en Allemagne en  passant par Paris, Florence et d’autres cités européennes.  Le récit rythmé par un flash-back lui-même scandé par de douces et exquises interrogations opposant l’origine (un bled exhalant cèdre et youyou) à  la vallée du Neckar, l’illustre Quaraouiyyine aux non moins  prestigieuses Heidelberg, Tübingen ou Marburg.  A la lecture du livre, nos vingt ans résonnent, nous autres étudiants septuagénaires agréablement rappelés à de lointaines  adresses : l’université, la bibliothèque, le resto U, le café…  des adresses, ai-je dit, que d’aucuns évoquent non sans un doux frisson. Est-ce une reconquête de soi ? Des retrouvailles avec cet autre tapi en nous ? Qu’importe ! Le je choisi par le narrateur évente toute possibilité de louvoyer, il se livre et nous  conte Heidelberg, sa vieille ville rénovée, ses familles  hébergeant des étudiants, ses assemblées où on apprenait la démocratie… Le livre fourmille d’impressions mêlant tendrement les références (E. Canetti, Goethe, Prométhée, le vieux Pont, le parc de Hölderlin…). C’est du reste un vibrant hommage à l’Intelligence de tout bord, dans ses œuvres enchanteresses : les fresques, les poèmes, les moallakat, les mille et une nuits… Au fil des pages, le professeur de philosophie s’efface devant le poète, tracté par cette même intelligence vers des lieux radieux où les belles lettres fleurissent. Hafiz, Goethe, Voltaire, Hölderlin… en quelque sorte le monde que F.Boubia affectionne et dans lequel l’amour ne peut être absent.  En l’occurrence, une Soraya, complice de cette gratitude de l’auteur pour Goethe auquel il doit une bonne partie de  son réveil identitaire.
Que Fawzi Boubia se rassure : l’aigle n’indiffère aucun peuple. Si les uns admirent l’envergure de ses ailes déployées dans les hauteurs célestes, d’autres le chérissent pour son acuité visuelle, du haut de  ces mêmes altitudes. En l’occurrence l’Allemagne est appréciée pour ses voitures, son football, sa bière… Mais heureux ceux qui honorent sa philosophie car c’est cela son génie. La preuve : ses auteurs réconcilient F.Boubia avec sa culture, confirmant ainsi ce vieil adage chinois que c’est en s’éloignant que la montagne s’apprécie. Il faut partir loin pour retrouver son… Maroc. La boucle est bouclée, a-t-on coutume de dire, en ce sens Hégire en Occident pourrait être la confession de tout intellectuel marocain.  A lire absolument.

PAR Habib Mazini
Vendredi 13 Avril 2012

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