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Grande récession et moult déceptions

Le gouvernement Benkirane finit son mandat sur les rotules




 Que d’incertitudes sur la croissance pour l’année qui démarre ! Elle devait officiellement s'établir à 2% contre 4,1% une année plus tôt. Mais, hélas, elle pourrait être moindre. Selon le Centre marocain de conjoncture, le taux de croissance  pourrait n’être que 1,2%, faisant savoir que le cycle de croissance pour l’économie nationale devrait connaître une forte contraction en 2016 comparativement à l’exercice précédent, et donc  que nous pourrions entrer de plain-pied dans un cycle de récession.
Idem pour les prévisions du Haut-commissariat au plan (HCP) qui a estimé dans sa note de conjoncture de ce mois que l'économie marocaine devrait sensiblement ralentir au premier trimestre 2016. Ce ralentissement s'explique, selon lui, par la baisse du PIB.
Les activités agricoles elles aussi vont chuter en raison de la faible pluviométrie après la bonne campagne agricole de l’année dernière . Ainsi, la production végétale va se rétracter sur toute l'année 2016 à cause de la baisse des rendements et des superficies semées mais aussi de la contraction de plus de 51% du cumul pluviométrique de l'automne par rapport à l'année 2015. Cela va aboutir à une baisse de la récolte céréalière, des légumineuses et des cultures fourragères. Selon la note, sous l'hypothèse d'une récolte céréalière en dessous de la moyenne d'environ 15% et d'une croissance modérée des autres productions végétales, la valeur agricole chuterait de 3,4% en variation annuelle au premier trimestre 2016.
Cependant, les prévisions du HCP demeurent optimistes par rapport à celles du Centre marocain de conjoncture (CMC), qui a jeté un pavé dans la mare. Dans sa dernière livraison intitulée «Entre le conjoncturel et le structurel, la croissance 2016 se perd 1,2%», un titre aussi pertinent qui dénote, à lui tout seul, du caractère épineux de la question, les auteurs de cette analyse vont au-delà du simple constat.  «Partant des nouvelles perspectives de la conjoncture au plan international et tenant compte des contraintes pesant sur les ressorts internes de l’activité, notamment au niveau du secteur agricole, le cycle de croissance pour l’économie nationale devrait connaître une forte contraction en 2016 comparativement à l’exercice précédent. Le taux de croissance projeté dans le scénario prévisionnel de cette année ne pourrait dépasser dans ces conditions 1,2 % en termes réels, ce qui équivaudrait à une régression de près de 3,7 points par rapport au taux de croissance retenu pour l’exercice 2015», explique-t-il.
«La contraction de l’activité attendue en 2016 pourrait avoir des répercussions sensibles au plan social et plus particulièrement en ce qui concerne la situation du marché du travail», indique-t-on de même source soulignant que le modèle de croissance au Maroc se singularise par sa faible capacité de génération d’emplois même dans les situations de redressement du cycle d’activité et, a fortiori, en cas de repli conjoncturel. Le La est ainsi donné. Mais ce n’est pas tout. Le CMC fait état d’une année 2016 qui devrait, en conséquence, enregistrer une nouvelle détérioration de la situation de l’emploi avec un taux de chômage pouvant gagner près d’un point par rapport à l’année 2015. Somme toute, la croissance marocaine ne sera pas remise à flots de sitôt et cette perspective, qui se révèle en définitive très contraignante eu égard aux objectifs visés tant au plan des revenus que de l’emploi et des niveaux de vie, montre, une fois de plus, l’urgence des programmes de restructuration. Ces derniers, observe le CMC, permettront de faire face aux vulnérabilités de l’économie nationale et la replacer sur des sentiers de croissance plus soutenus et moins fluctuants.
Dans le même cadre, et dans un contexte de transition démographique avancée avec une population où les personnes de moins de 40 ans représentent plus de 62% et celles de moins de 30 ans plus de 54%, le Maroc bénéficie de l’aubaine d’une transition démographique particulièrement avancée. Ceci dit, cette aubaine avancée  risque de constituer une bombe à retardement dans l’ère de cette contraction économique prévue pour 2016, surtout que le taux de chômage s’est établi à 10,1% au 3eme trimestre de 2015, que l’on pourrait qualifier de positif en termes de croissance par rapport à 2016 qui démarre en starter.
Les experts du CMC, ont tenu à mettre en exergue que même si le fait conjoncturel pourrait apparaître dans l’ensemble assez favorable, les insuffisances structurelles du système productif finissent toujours, face aux changements inattendus, par prendre le dessus et imposer les inflexions nécessaires au cycle des affaires. Et de conclure que devant l’insuffisance de la productivité globale, le déficit de compétitivité, les rigidités de l’offre, la faible diversification productive et l’étroitesse des marchés d’exportation, la capacité d’absorption des chocs exogènes, fussent-ils internes, s’amenuisent. La dynamique de croissance qui s’en ressent fortement prend alors un caractère fluctuant. L’incidence de l’aléa climatique de plus en plus fréquent ces dernières années en donne l’exemple le plus significatif.
Cerise sur le gâteau : alors que presque tous les indicateurs économiques nationaux s'affichent plutôt au rouge, le faible taux de croissance qui sera enregistré cette année n'en demeure pas moins erratique, voire nul comparativement au taux de croissance démographique. Pour preuve, la dépendance de l’économie nationale aux aléas climatiques demeure plus que jamais de mise, alors que les conjoncturistes se félicitaient, il y a fort peu de temps, d'une probable autonomie vis-à-vis du ciel. Autre bémol : l'impact de la croissance sur la réduction de la pauvreté n'est toujours pas perceptible puisque la répartition des richesses n'est pas encore à l'ordre du jour.
Le HCP avait certes identifié, il y a une dizaine d’années déjà, les sources de la croissance. Alors que celles-ci consistent notamment en la bonne gouvernance, l'investissement ou l'accumulation du capital physique et en le développement humain,  l’actuel gouvernement ne semble pas avoir la volonté de les hisser au rang de ses priorités. La mauvaise qualité de la gouvernance serait, à elle seule et selon ladite source, responsable d'un manque à gagner de 1,8 point de croissance. Or, il y a mauvaise gouvernance dans tous les segments de la vie socioéconomique que l’Exécutif ne veut toucher que du bout des doigts ou du moins à travers ses discours dithyrambiques. Pêle-mêle, il ferme les yeux sur les dossiers de la non-application des lois, des réglementations abusives, de la lenteur d'exécution des décisions de justice, de la non-efficience du capital humain et enfin de la corruption. Les défis qu’il refuse obstinément de relever, conjugués à une conjoncture internationale morose mais caractérisée par une accélération de la mondialisation et la mise en application d'accords de libre-échange qui  exercent une pression de plus en plus forte sur le tissu productif et sur l’offre exportable du Maroc, font mal à l’économie nationale. Mais comment y faire face sachant que notre pays enregistre un taux d'analphabétisme aussi important et que le système d’enseignement va de mal en pis. Une situation d’autant plus dommageable que l’insertion dans les chaînes de valeurs internationales et dans l'économie du savoir dépend largement du système éducatif. Constat troublant à ce propos, les personnes les mieux formées sont celles qui sont les plus touchées par le chômage !
De fait, celui-ci ne manquera pas d’impacter peu ou prou cette stabilité sociale qui a permis à notre pays d’attirer les IDE et de bénéficier d’une image de marque fort attractive. Résultat des courses : les deux moutures du gouvernement Benkirane ont pris les commandes dans une situation meilleure que celle où ils laisseront le Maroc à leur départ. Etait-ce prévisible ? Pas pour les urnes parce qu’elles se sont trompées dans leur choix en 2011. Les électeurs commettront-ils la même erreur cette année qui est celle de toutes les régressions ?

Karima Nadir
Jeudi 14 Janvier 2016

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