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Fenêtre... : Propos sur l’idée de l’Amour




Nietzsche pose comme évidence que « la vie sans musique serait une erreur. » Il est tout aussi légitime de poser que la vie sans amour serait une erreur. L’amour est une question on ne peut plus philosophique dès lors qu’il recèle l’idée de l’existence. Autrement dit, traiter de l’amour c’est traiter du sens de l’existence dans une perspective plus large. Philosophe de la sagesse, André Comte-Sponville distingue entre trois variations de l’Amour : éros, philia et agapè. Eros c’est l’amour selon Platon : « je t’aime, tu me manques, je te veux. » Philia c’est l’amour selon Aristote ou Spinoza : « je t’aime : tu es la cause de ma joie, et cela me réjouit. » Quant à Agapè, c’est l’amour selon Simone Weil ou Jankélévitch : « je t’aime comme moi-même, qui ne suis rien, ou presque rien, je t’aime comme Dieu nous aime (…) je mets ma force au service de ta faiblesse, mon peu de force au service de ton immense faiblesse. » Eros, philia ou agapè, humain ou divin, l’amour est une invitation à être avec. L’amour suivant cette logique est anti- narcissique, anti-thanatos car il fonde l’union, la symbiose et la synthèse. A travers la tradition soufie, l’islam a su traiter de l’amour comme s’il s’agissait  du pilier capital de la connaissance. La connaissance de Dieu, selon le soufisme, est une connaissance intuitive qui s’opère à partir d’un passage décisif de l’immanent vers le transcendantal. L’amour est une idée philosophique d’ensemble. C’est le sentiment par lequel le soufi réussit à saisir le monde dans son entièreté. L’amour dans ce sens est loin d’être sensationnel, il est plutôt intuitif. En effet, si le sensoriel attribue au sentiment d’amour une dimension matérielle qui porte sur les choses, les hommes et les phénomènes, c’est-à-dire sur les parties, l’intuitif, quant à lui, attribue au sentiment d’amour une autre dimension dite spirituelle, transcendantale, c’est-à-dire entière, globale et totale. C’est en définitive cette conception de l’amour qui structure le fabuleux recueil de poésie d’Ibn ‘Arabi intitulé  Turjuman Al-Ashwaq qui émane essentiellement de l’amour qu’a éprouvé Ibn ‘Arabi pour la jeune persane Nidam. Il s’agit là d’un Amour qui, de fil en aiguille, devient divin. Du reste, c’est l’amour divin qui permet au soufi, grand amoureux de Dieu, de s’anéantir. Néanmoins, chez les maîtres soufis, l’anéantissement est une perpétuité. L’opposition est ici fondée philosophiquement dès lors qu’elle traduit le rapport du soufi à la métaphysique comme rapport secret et sibyllin. L’accès à Dieu acquiert dans cette optique le sens d’une ascension qui ne peut se réaliser que par la voie de l’amour. Ainsi, contrairement à l’amour sensoriel qui ne fait que tourner autour de lui-même, et dans lequel les sentiments ne sont que des émotions mécaniques ne réalisant point le sens de l’existence de l’être amoureux, l’amour soufi transcende toute religion et toute personne tout en se transcendant soi-même. L’amour soufi est le sentiment qui synthétise le sens de l’existence du fait qu’il saisit toutes ses composantes. Il conduit l’individualité de l’amoureux pour devenir une source d’amour. Il devient une lumière qui à la fois jaillit de lui et se répand à partir de lui. Dans cette perspective, l’amour soufi crée l’idée de Tolérance en tant que quiddité fondamentale structurant la pensée/la logique soufie. Pour les maîtres soufis, tout ce qui existe se prête à être aimé en ceci qu’il emmène au à l’absolu, à Dieu, sans frontières législatives ou religieuses. Dans cette manifestation de l’absolu, la femme joue le rôle d’un éventuel medium. Elle est pour ainsi dire l’essence, le but et la transcendance. Dans son inaccessibilité se manifeste l’inaccessibilité divine. Dans sa profondeur se définit la profondeur divine. Tout comme la tradition soufie, la tradition poétique symboliste et surréaliste a fait de l’amour l’un des lieux déterminant quant à l’accès aux énigmes du monde cryptogramme. Pris dans son sens métaphysique, l’amour est un rapprochement des âmes qui finit dans l’union avec l’absolu en tant que fin ultime. L’amour chez les maîtres soufis guide spirituellement l’errance de l’être avide de se relier à son origine divine par le truchement d’un autre être. L’amour équilibre l’errance et crée le possible… 

Atmane Bissani
Jeudi 3 Juin 2010

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