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Fenêtre : Buzz, Mythe et Consommation




La consommation est devenue aujourd’hui le trait distinctif de l’homme des temps modernes. Tout se passe, en effet, comme si la modernité comme système de pensée ne va pas sans esprit de consommation. Dans son essence, la consommation définit un type de rapport liant un objet de consommation à un sujet consommateur. Ceci nous amène à penser la consommation comme question plus existentielle que simple phénomène  économique ou sociale. La question c’est : est-ce l’être consommateur qui fonde l’acte de consommer, ou, plutôt, c’est l’acte de consommer qui fonde l’être consommateur ? Allons plus loin : est-ce consommer signifie exister ? L’existence est-elle inhérente à l’acte de consommation ? Y répondre nécessite la reformulation du cogito cartésien, c'est-à-dire le fameux « je pense donc je suis» pour dire : « je consomme donc je suis. » Le tournant de la société actuelle, cette société adolescente, creuse un abîme on ne peut plus abyssal entre deux types de consommateurs : le nécessiteux et le désireux. Le consommateur nécessiteux est celui qui consomme selon son besoin vital. C’est l’homme ordinaire qui ne vit pas pour consommer mais qui, situation économique oblige, consomme pour vivre. A contrario, le consommateur désireux demeure celui qui consomme plus par luxe que par besoin. Ce consommateur dépasse à bien des égards le premier du fait qu’il consomme, certes, par nécessité, c’est dire pour vivre, mais aussi et surtout par désir, c’est dire pour consommer. Il s’agit là d’un consommateur avivé à jamais par le désir de consommer. Il est le consommateur-type qui consomme avec les yeux fermés car la consommation pour lui n’a pas un esprit, elle est une culture qui émane du pouvoir d’achat et non de la volonté d’achat. Le tragique dans tout aventure de consommation s’avère être la métamorphose qu’elle opère au niveau du consommateur. Il s’agit tout bonnement d’un esclavagisme qui renverse la fonctionnalité de la consommation comme étant une pratique qui accomplit un besoin élémentaire, en une pratique qui nourrit une insuffisance existentielle chez l’être. Dans ce sens la consommation acquiert le statut d’un pouvoir imbattable qui gère, façonne et conditionne l’énergie intellectuelle de l’être. De sa faculté de penser et de juger, l’être passe pour un « étant » à penser et à juger. Ainsi, au lieu de structurer son rapport à l’égard de l’objet de consommation, l’être se trouve dominer par cet objet même qui ne cesse de devenir l’essentiel de la métaphysique moderne et contemporaine. Dépourvu de son intelligence, l’être se laisse fasciner facilement et sans réaction par toutes les « choses » qui l’entourent et l’assiègent. Il y voit un « mythe » fondateur de sa survie. Il y voit des objets compensatoires et indispensables à sa subsistance. La « chose » dans cet esprit fonctionne comme conscience, comme acte qui exerce une certaine autorité subjectivement imparable sur le consommateur ensorcelé et captivé involontairement. Conscience et acte, la consommation se développe en créant incessamment de nouveaux besoins chez le consommateur. Elle oriente ses désirs inconscients tout en lui traçant mécaniquement, techniquement et esthétiquement des voies jusqu’ici inconnues porteuses de promesses et de bonheur possible. La logique de la consommation laisse le consommateur suspendu, en attente. Du reste, l’attente fait partie du plaisir de consommer dès lors que le consommateur est un rêveur, malgré lui, qui s’ennuie rapidement d’un premier objet et aspire à son remplacement par un autre et jamais, au grand jamais, à son effacement, car effacer revient à signifier tuer le sens du nostalgique chez le consommateur. Consumérisme, société de consommation ou consommation tout court, la consommation, tout comme la technique d’ailleurs, a un esprit. En effet, pour que la naissance du consommateur ne doive pas se payer de la mort de l’être, l’esprit de consommation doit commencer d’abord par la critique de la consommation pure. Il s’agit de consommer intelligemment, c'est-à-dire consommer dans l’écart, dans la distance qui permet à l’être de demeurer « être » et à l’  « objet » de consommation de demeurer « objet » de consommation. L’esprit de la consommation crée l’art de consommation. La consommation est un art ou n’est pas. La meilleure consommation est, ipso facto, celle qui se fait dans le « plaisir » de consommer. C’est là une consommation qui ne répond ni à la logique du désir, ni à celle de la nécessité, car « désir » et « nécessité » sont impérativement inscrits dans la durée, le plaisir, quant à  lui, est inscrit dans le moment, dans l’instant. Buzz, mythe et consommation face à l’énergie de la déconstruction… 



Atmane Bissani
Jeudi 19 Mai 2011

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