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Entretien avec la romancière Katia Hacène : “N’exerçant plus le journalisme, la littérature reste pour moi un moyen de ne pas rompre avec l’écriture”




Entretien avec la romancière Katia Hacène : “N’exerçant plus le journalisme, la littérature reste pour moi un moyen de ne pas rompre avec l’écriture”
Katia Hacène, née à Alger en 28 juin 1961, est romancière,
poétesse et ancienne journaliste au
quotidien Horizons. Elle était membre fondateur du
quotidien
francophone Le Soir d’Algérie.
Parmi ses romans: “Pour l’amour de l’écriture”,
“Le destin de Narimane”, “Jusqu’au bout des flammes”, et deux recueils  de poèmes : “La vie comme elle vient” et  “L’univers de l’enfance”. Elle vit actuellement
à Toulouse.


Libé : Pourquoi recourez-vous à l’écriture?

Katia Hacène : N’exerçant plus le métier de journaliste, la littérature est avant tout pour moi un moyen de ne pas rompre avec l’écriture. J’avoue avoir beaucoup hésité à me lancer mais, encouragée par ma mère, je me suis dit : «Après tout pourquoi ne pas tenter l’aventure?» Aujourd’hui,  je ne le regrette pas, bien que le monde éditorial soit loin d’être simple. J’ajouterais  que j’écris pour le plaisir, tout simplement.

Du journalisme à l’écriture romanesque et poétique, pouvez-vous nous raconter cette expérience ?

Ces trois sortes d’écritures sont, bien entendu, complètement différentes les unes des autres.
Concernant mon expérience, j’ai été journaliste en Algérie durant une décennie. J’ai débuté ma carrière au quotidien du soir « Horizons » au cours des années 1980, puis ensuite, j’ai dirigé des rubriques au journal  « Le Soir d’Algérie » que j’ai vu naître en 1990 et dont je suis membre fondateur.
Quelques années plus tard, suite à un petit souci de santé, je me suis établie en France car d’après mon médecin, il fallait que je m’éloigne de l’ambiance qui régnait en Algérie à cette époque (celle des fameuses années noires). Considérant que ma santé devait passer en priorité, j’ai dû interrompre, à grands regrets, ma carrière et comme je vous le disais plus haut, je me suis lancée dans d’autres formes d’écriture.
Privilégiant les textes courts, j’ai commencé avec la poésie mais très vite, je me suis rendu compte que ce genre littéraire n’était pas facile à « caser » chez les éditeurs et les libraires. Beaucoup n’acceptent pas la poésie. D’après eux, elle ne se vend pas contrairement au roman plus populaire et, par conséquent, plus rentable.
J’ai alors compris que le seul moyen d’avancer était de privilégier l’écriture romanesque, et je m’y suis mise.
Ceci dit, mon éditeur (Durand-Peyroles) a exceptionnellement (car lui non plus ne publie pas de poésie) accepté d’éditer mon recueil « La vie comme elle vient » qui regroupe l’ensemble de mes textes en rimes, et dont les retours sont satisfaisants.  

Quelles sont les lettres de noblesse  que vous souhaitez véhiculer au lecteur universel à travers vos romans : « Le destin de Narimane », « Jusqu’au bout des flammes » et « Pour l’amour de l’écriture » ?

Ce que je peux dire est que si ces romans abordent des thèmes différents, ils sont tous les trois empreints de philosophie. Ce sont des hymnes à la vie, au courage et à la persévérance. Le stoïcisme, la persévérance et la dignité, sont les points communs de mes trois protagonistes : Narimane, Méziane et Mina.

Mina est le personnage principal de votre roman « Pour l’amour de l’écriture ». Pensez-vous que ce personnage reflète une part de votre vie et votre personnalité ?

Mina ne reflète pas ma vie et encore moins ma personnalité puisque je lui ai attribué un tempérament que je considère comme étant opposé au mien. Mina est un personnage rebelle qui va jusqu’à braver les interdits voire rompre avec sa famille pour être libre et parvenir à ses fins. Si vous voulez absolument m’identifier à mes protagonistes, je dirais que Narimane et Méziane me ressemblent davantage.
Ceci dit, ce roman a pour but essentiel de souligner la complexité du monde éditorial et les difficultés rencontrées de nos jours par les nouveaux auteurs. Dans ce contexte, beaucoup d’écrivains ou futurs écrivains se retrouveront et les chapitres consacrés à l’édition révèlent, effectivement, une partie de mon expérience.

Albert Camus dans “L’homme révolté” disait la chose suivante :

« Qu’est-ce que le roman, en effet, sinon cet univers où l’action trouve sa forme, où les mots de la fin sont prononcés, les être livrés aux êtres, où toute vie prend le visage du destin. Le monde romanesque n’est que la correction de ce monde, suivant le désir profond de l’homme. (….), les héros ont notre langage, nos faiblesses, nos forces. Leur univers n’est ni plus beau ni plus édifiant que le nôtre. »


Que pensez-vous de cette citation d’Albert Camus ? Et quel regard portez-vous sur la société contemporaine et l’Homme des temps modernes ?

Je pense que cette belle citation d’Albert Camus définit avec précision les principales caractéristiques du roman.
Pour répondre à la seconde partie de votre question, le mieux est de vous présenter les analyses pertinentes de mon éditeur Durand-Peyroles :
Le destin de Narimane
« Le destin de Narimane  est une chronique sociale et sentimentale portant, entre autres, un regard sur la condition féminine.
Narimane est confrontée à des situations pénibles. Tout au long du roman, de multiples rebondissements et des faits inattendus entraînent le lecteur dans un véritable suspens.
Le regard que porte l’auteur sur notre société contemporaine et la femme algérienne en particulier, sur les difficultés de la vie quotidienne, le souci permanent de l’avenir, la confrontation avec la maladie, le mensonge et les événements, conserve un cachet positif. Avec Katia Hacène, jaillit toujours une petite lumière d’espoir. Ce n’est pas le happy end des séries télévisées formatées mais un vrai dénouement comme il en existe, heureusement, dans la vie réelle. Le regard de la journaliste n’est jamais loin, tandis que l’attention portée aux autres est très présente. »
Jusqu’au bout des flammes
 « Jusqu’au bout des flammes  est une histoire de notre temps.
Le personnage de Méziane, modeste et ordinaire, ressemble à bon nombre de jeunes à la recherche d’un emploi.
 Le regard que porte l’auteur sur la jeunesse algérienne, les difficultés de l’intégration mais aussi le poids des traditions locales, les préjugés et les méandres de l’administration, est aussi juste que réaliste.
A savoir que ce roman n’est pas un plaidoyer « contre » mais plutôt une tranche de vie décrite avec simplicité, dans un style sobre et alerte.
Malgré les difficultés rencontrées par le héros, Katia nous démontre que bien souvent, le destin n’est pas une fatalité, que si l’on sait saisir, au moment opportun, la chance qui se présente, la vie peut basculer vers le bonheur.»

Que veulent dire la philosophie et la poésie pour vous ?

Je pense que la philosophie donne un sens à la vie et qu’elle en est même l’essence. Personnellement sans le recours à un minimum de philosophie, il me serait difficile d’avancer et de surmonter certaines épreuves. La philosophie aide à relativiser.
Quant à la poésie, je dirais qu’elle est l’art d’enjoliver la prose. Ce genre littéraire doit néanmoins être accessible car lorsque les métaphores sont trop complexes, la lecture poétique devient moins agréable, voire rébarbative.

Quel est votre coup de foudre intellectuel?

J’apprécie de très nombreux intellectuels du monde entier. Par conséquent, il m’est difficile de répondre précisément à votre question.

Quels sont vos projets littéraires à venir ?

Deux romans sont en bonne voie. Le premier d’entre eux devrait paraître à la fin de cette année 2012, s’il n’y a pas de contretemps. L’histoire relève de l’imaginaire ou du fantasy, comme on dit actuellement. Autrement dit, il s’agit d’un roman de divertissement au sens propre du terme. Cela changera un peu du social, de l’événementiel et du sentimental que j’ai tendance à privilégier.
Le suivant est un classique en cours d’écriture. Je ne l’ai pas encore achevé. Enfin, mon principal projet est la publication de mes ouvrages en Algérie, où la demande est particulièrement élevée, puis pourquoi pas au Maroc, en Tunisie et ailleurs.
Actuellement, mes livres sont disponibles en France et dans certains autres pays occidentaux.

Un dernier mot au lecteur marocain et universel ?

Nos lecteurs marocains se sentiront inévitablement concernés par le contenu de mes ouvrages. De l’Algérie au Maroc, il n’y a qu’un pas. A quelques différences près, les sociétés Maghrébines connaissent les mêmes caractéristiques et, par conséquent, ce qui est valable pour l’Algérie l’est, en général, pour le Maroc et la Tunisie.
Je profite de cette opportunité pour rendre hommage à la jeunesse issue de ces pays. Les jeunes maghrébins ont beaucoup de mérite et je leur souhaite de tout cœur des jours meilleurs.
Ceci dit, en dehors du Maghreb, mes romans s’adressent également aux lecteurs du monde entier avec, en premier lieu, la France qui est largement concernée. Jusqu’à présent tous mes protagonistes (Narimane, Méziane et Mina) émigrent et vivent dans la région parisienne ainsi qu’à Toulouse.
Enfin, un grand merci à vous qui me permettez de me faire connaître dans votre beau pays et un grand salut amical à tout le peuple marocain.

Propos recueillis par Mohamed NAIT YOUSSEF
Jeudi 2 Août 2012

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1.Posté par ROULLAND le 08/08/2012 12:19
Cet entretien est très enrichissant, c'est vrai que de l'Algérie au Maroc, il n'y a qu'un pas!!!! les lecteurs seront ravis par les romans de Katia!!!!!

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