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Entretien avec "Chakib Bouallou"


La question de la participation politique des 5 millions de Marocains du monde constitue une priorité pour l’USFP



Libé : Le Premier secrétaire de l’USFP, Driss Lachguar, s’est engagé lors de la première rencontre au Parlement en 2014, à faire des propositions de lois dès la rentrée. Quel bilan faites-vous sur la question  des Marocains du monde à l’USFP ?
Chakib Bouallou : La promesse remonte plutôt à la rencontre d’août 2013 et elle a été respectée puisque le Groupe parlementaire USFP a déposé des propositions de lois portant modification de la loi organique de la Chambre des représentants et tendant à la députation des MRE, mais le débat amorcé au sein de la commission de l'Intérieur à la Chambre des représentants n’a pas repris depuis des mois, en raison de l'absence de volonté du gouvernement. Quelle est la signification de ce blocage ? Qu’attendent nos députés pour intervenir pour qu’enfin une issue normale de cette proposition de loi voie le jour? Va-t-on intervenir auprès de la commission de coordination des partis de l'opposition (Istiqlal, USFP, PAM, UC) pour prendre une initiative commune?
Concernant l'article 163 qui a constitutionnalisé le Conseil de la communauté marocaine résidant à l'étranger, quatre propositions de lois ont été initiées séparément par les Groupes parlementaires de l'USFP, du PAM, de l'Istiqlal et par une proposition commune de la majorité (PJD, RNI, MP, PPS). Mais la commission des Affaires étrangères n'a toujours pas inscrit ce point à l'ordre du jour. Quelle interprétation donner à cette anomalie ? D’autant plus que le CCME continue à souffrir de dysfonctionnements structurels et d'absence de résultats concrets au bout de la huitième année d’existence ? Là aussi, nos députés doivent s'engager à prendre des initiatives pour que la loi voie le jour et que le prochain CCME soit démocratique, représentatif, transparent et efficient.
Quels sont les objectifs de votre rencontre du 11 août organisée par le Groupe USFP au Parlement ?
La question de la participation politique des 5 millions de Marocains du monde constitue une grande priorité pour nous à l’USFP ; il s’agit de conforter  leur participation à la vie nationale. Notre rencontre sera essentiellement consacrée à la mise en œuvre des dispositions de la Constitution relatives à l’intégration des représentants des MDM dans les institutions consultatives et les instances de gouvernance et de démocratie participative. Les Marocains du monde sont concernés par les institutions et instances de protection des droits et libertés, de la bonne gouvernance, du développement humain et durable et de la démocratie participative, notamment, le Conseil national des droits de l’Homme, le Conseil économique et social, le Médiateur, le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, l’autorité chargée de la parité et de la lutte contre toutes formes de discrimination, la Haute Autorité de la communication audiovisuelle, le Conseil de la concurrence, l’Instance nationale de probité et de lutte contre la corruption…
La Nouvelle Constitution de juillet 2011 a introduit cinq articles importants concernant les citoyens marocains à l'étranger, à savoir les articles 16, 17, 18, 30 et 163. Ces dispositions demandent à être opérationnalisées. Il suffit d’une volonté politique pour que toutes les modalités pratiques soient fixées en quelques jours ! 
Quatre ans  après l'adoption de la Constitution, le débat sur la mise en œuvre de nouveaux droits constitutionnels des Marocains du monde reste ouvert et le gouvernement ne s’empresse pas de l’appliquer. Le dernier discours Royal a critiqué le manque d’application de la Constitution concernant les Marocains du monde. Qu’en pensez-vous ?
Les Marocains du monde n’ont connu qu’une seule et unique représentation au sein de la Chambre marocaine des députés (1984-1992) avec cinq députés MDM. Cette expérience était caractérisée par le nomadisme politique. Treize ans après, le discours Royal du 6 novembre 2005 a réintégré les Marocains résidant à l'étranger dans leur pleine citoyenneté, en décidant notamment leur représentation à la Chambre des députés, à travers des circonscriptions électorales législatives de l'étranger. Mais au lieu d'aller dans ce sens dès les législatives de 2007 pour respecter les directives royales, le gouvernement Driss Jettou a prôné à travers le communiqué du ministère de l'Intérieur en date du 16 juin 2006, une démarche dite "progressive", "évolutive" et "graduelle" pour la concrétisation des décisions Royales. Comme alternative, le Conseil consultatif des droits de l’Homme (CCDH) a été chargé d’élaborer un avis quant à la constitution d’un Conseil supérieur des Marocains de l’étranger. Ce conseil a vu le jour 21 décembre 2007 (Dahir n° 1.07.208).
Les militantes et militants de l’Union socialiste des forces populaires en Europe ont confirmé leur refus absolu de la méthodologie qui a été suivie dans la désignation des membres de ce conseil et qui a conduit à un conseil caractérisé par l’absence totale des compétences associatives, syndicales et des cadres appartenant aux partis démocratiques et progressistes marocains.
Cette nouvelle orientation qui traduit un retour en arrière et un reniement  des contrats pour faire progresser le processus démocratique dans le sens d’une séparation des pouvoirs, la soumission à la volonté populaire et l’adoption de la méthodologie démocratique nous a mis tous, partis démocratiques, syndicats progressistes et associations de la société civile devant le choix démocratique stratégique et a confirmé le bien-fondé et la clairvoyance des positions exprimées par les militantes et militants de l’Union socialiste des forces populaires en Europe lors de l’appel de Bruxelles du 2 décembre 2007.
Devant ce revirement antidémocratique et cette attaque contre les acquis démocratiques et la tentative de vider les institutions de leur substance, les militantes et militants ittihadis en Europe ont lancé (communiqué du 30 décembre 2007) un appel aux forces de gauche et à toutes les associations et compétences démocratiques marocaines à l’étranger pour constituer un large front, créer des synergies  et coordonner les initiatives  pour combattre la remise en cause des acquis démocratiques et l’élaboration de formes actives pour la défense des droits des citoyens marocains résidant à l’étranger pour l’exercice de la pleine citoyenneté et l’instauration de l’Etat des institutions qui respecte la souveraineté populaire. Le dernier discours Royal nous conforte dans notre analyse. Les articles 16, 17, 18, 30 et 163 de la nouvelle Constitution de juillet 2011 qui concernent les citoyens marocains à l'étranger doivent être rapidement opérationnalisés.

Chakib Bouallou est secrétaire provincial de l’USFP en France. Professeur au Centre efficacité énergétique 
des systèmes (CES) de mines Paris Tech.

Entretien réalisé par Youssef Lahlali
Lundi 10 Août 2015

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