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Entretien avec Antonio Castrignano, chanteur et percussionniste : «Maintenir la musique traditionnelle italienne loin des influences actuelles»




Entretien avec Antonio Castrignano, chanteur et percussionniste : «Maintenir la musique traditionnelle italienne loin des influences actuelles»
L'Association
culturelle italienne «Dante Alighieri» en collaboration avec
le Consulat général d'Italie à Casablanca proposait récemment un concert de musiques populaires du sud d'Italie, animé par Pizzaca Ensemble.
Entretien avec
le chanteur
et percussionniste
du groupe, Antonio Castrignano.

Libé: L'enthousiasme des spectateurs observé lors de votre spectacle vous satisfait-il?

Antonio Castrignano: Absolument. Puisque, c'était la première fois que nous nous produisions  au Maroc. C'est ce que nous espérions; de quoi nous inciter à envisager un prochain spectacle. Nous sommes d'autant plus satisfaits que lorsqu'on joue à l'étranger, se pose toujours la question de savoir comment le public va réagir. C'est une préoccupation surtout quand on connaît très peu le public du pays où l'on se produit. Le public casablancais a été très chaleureux, c'est quelque chose que nous portons dans notre cœur.

Vous avez proposé une musique qui, selon la tradition, accompagnait une danse thérapeutique pour guérir les jeunes filles d'une piqure d'araignée. Ce soir, avez-vous le sentiment d'avoir guéri le public ?

C'est certain. J'ai eu l'impression d'avoir contribué à guérir les spectateurs. La preuve, bien qu'il ne connaisse pas cette musique et encore moins les paroles en dialecte, le public a tout de même participé à l'ambiance et a dansé. Preuve qu'il y a eu un peu de notre musique dans sa joie. C'est une guérison, à mon sens.

Vous vous distingués dans un genre musical qui remonte à une époque ancienne. On imagine que cela ne doit pas être simple à la restituer ?

Ce qui est vraiment difficile, c'est de réussir à maintenir un noyau de cette musique loin de toutes ces influences qui pourraient venir des musiques actuelles. Veiller à ce qu'elle ne soit pas contaminée par la world music. En fait, faire revivre cette musique n'est pas le vrai le problème, puisqu'elle vient directement des paysans et des traditions anciennes. Elle a réussi à se maintenir grâce à une tradition séculaire orale. La difficulté est de se mettre à l'abri d'autres influences.

Il y a dans votre répertoire une combinaison assez particulière entre musique douce et rythmée. Y a-t-il une explication à cela ?

Effectivement, il y a deux niveaux de chansons. Il y a un genre très lié à la tarentule. Cette tradition est liée à la guérison, au chant, à la danse et au rythme. Ici, la musique et la danse, sont très vivaces.
Ensuite, on a un autre genre de chansons où les chants sont liés plutôt à la mémoire, au travail et à bien de thèmes quotidiens comme l'amour.
Plus généralement, nos thèmes favoris portent sur les sujets qui « font bouger le monde », comme on le dit en Italie : l'amour, la nostalgie et les sentiments difficiles à exprimer que nous véhiculons à travers la musique.

Quelle est la ville italienne référence de cette musique, où elle est restée très présente?

C'est dans la province de Lecce (Salento) que vous retrouverez cette musique. D'ailleurs, il suffit de vous éloigner de cette province d'une centaine de kilomètres ou plus pour vous rendre compte que ce n'est plus la même musique.

Quel est le message que vous aimeriez que le public casablancais retienne de votre prestation ?

C'est d'abord une poésie très profonde des sentiments et aussi la connaissance d'un peuple certes pauvre mais vraiment noble dans ses sentiments. Et surtout le sentiment de joie puisque c'était effectivement un moyen de réagir à la souffrance, à la difficulté de vivre sur cette terre du sud de l'Italie qui a connu de grandes difficultés.
A travers la chanson, on a réussi à exprimer la joie de cette terre et maintenir les valeurs les plus belles que l'on puisse recevoir de cette terre.

Dernier mot ?

Ces traditions sont arrivées jusqu'à nous grâce aux personnes âgées qui ont su nous transmettre des valeurs musicales mais aussi une façon d'être et de savoir-vive. Nous les remercions parce qu'ils ont veillé à ce que ces traditions se transmettent de génération en génération. Et ce de façon orale puisqu'il n'y a rien d'écrit. C'est aussi dire combien la transmission orale entre les jeunes et les personnes âgées est importante.



Repères

La Pizzica Salentina est une musique qui accompagnait une danse thérapeutique très ancienne, qui était un rite pour guérir les jeunes filles piquées par la tarentule, une sorte d'araignée qui se cachait dans les champs de blé et piquait les jambes des moissonneuses.
Aujourd'hui ces rites ont pratiquement disparu. Reste uniquement un très riche patrimoine culturel composé de chants, légendes, et musique qui ont été redécouverts et diffusés à travers  l'Italie et l'étranger.

Propos recueillis par ALAIN BOUITHY
Jeudi 25 Mars 2010

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