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Enième drame depuis Riyad : Défenestrée, une employée de maison marocaine entre la vie et la mort




Elle ne peut ni parler, ni bouger, ni boire, ni manger. Elle doit rester allongée et ne pas faire le moindre geste. Elle vient de subir quatre opérations au niveau de la mâchoire et une cinquième sur le nez devrait être effectuée la semaine prochaine. Des prothèses ont été implantées dans son corps au niveau du genou et de la  cuisse et elle devrait également être mise sous anesthésie générale durant le prochain trimestre.  Telle est l’histoire dramatique de Maria El Nakhili, 22 ans, employée de maison marocaine en Arabie Saoudite jetée par la fille de son employeur de la terrasse de sa maison haute de deux étages.
Selon certains témoignages,  Maria a été recrutée, il y a un mois  via une intermédiaire marocaine par une famille saoudienne composée d’une mère, de son fils et de ses deux filles, contre un salaire mensuel de 3.500 DH. L’intermédiaire en question lui a assuré qu’il s’agissait d’une famille honorable et que ses conditions de travail seront agréables. Pourtant, une fois en Arabie Saoudite, ces promesses se sont vite volatilisées.  Maria a été obligée de travailler de longues heures et d’effectuer plusieurs tâches à la fois.  Des conditions difficiles et ardues qu’elle a eu du mal à accepter. Mieux, elle a demandé son retour au Maroc, ce qui n’a pas été du goût de son Kafil au motif que les dépenses consenties pour la faire venir en Arabie Saoudite auraient été fort importantes.
Un refus qu’elle a accepté à contrecœur. Mais, trois semaines après, elle a été confrontée à du  harcèlement sexuel de la part du fils de son employeur. Une accusation que la famille a réfutée catégoriquement en traitant Maria de tous les noms. Pis, la mère a même osé la gifler et appeler ses deux filles à la rescousse pour la violenter.  Une scène qui s’est poursuivie sur la terrasse de la maison, poussant Maria à menacer de se donner la mort si elles n’arrêtaient pas de la frapper. Ce qui a rendu hystérique l’une des filles de l’employeur en question au point de la jeter dans le vide.  
Aujourd’hui, Maria est hospitalisée à l’hôpital Chemissi à Riyad loin de sa famille et sans ressources.  Et son sort est incertain puisqu’elle doit encore rester dans ce pays où elle a vécu un calvaire indicible. Pourtant, elle n’est ni la première ni la dernière victime d’un tel employeur. En fait, nombreuses sont les employées de maison marocaines qui se sont trouvées obligées de travailler dans de si grandes maisons et villas à effectuer tellement de tâches harassantes comme le ménage, la cuisine, la lessive, le baby-sitting ...  Elles commencent leurs tâches à l’aube et ne les terminent souvent que vers minuit ou 2h00 du matin, soit 18 heures de dur labeur par jour. Elles n’ont droit ni à un jour de repos par semaine ni à la rémunération des heures supplémentaires. Certaines restent cloitrées chez leurs employeurs tout au long de la durée de leur contrat et privées de tout contact avec l’extérieur y compris avec leurs familles. Même le paiement de leur salaire peut être gelé sans raison par leur patron.  
Mais il n’est pas seulement question de non-respect des dispositions du Code du travail saoudien, ces femmes n’ont, en effet, pas droit à l’intimité et souvent elles sont logées dans de mauvaises conditions. Le harcèlement sexuel fait également partie du lot de souffrances qu’elles se trouvent obligées de subir.  
Des actes que le Code du travail saoudien ne cautionne certes pas puisqu’il stipule clairement que chaque employé étranger a le droit de garder une copie de son contrat de travail et qu’il doit effectuer 8 heures de travail par jour ou 48 par semaine et qu’il a le droit de toucher  des indemnités sur les heures supplémentaires effectuées et d’avoir des journées de repos compensatoire et des congés annuels.  Le Code édicte également qu’un salarié étranger a le droit de ne pas travailler chez un employeur non mentionné dans le contrat ou exercer un métier non précisé par le même document.  Il demande aussi aux salariés et employeurs qui n’arrivent pas à résoudre leurs problèmes à l’amiable de s’adresser au Bureau de travail relevant de la région où ils résident. Le Royaume saoudien en compte 37 répartis sur le territoire national et ayant pour tâche d’informer les salariés de leurs droits et de leurs devoirs ainsi que d’accueillir leurs plaintes et tenter de les régler à l’aimable. En cas de désaccord, ledit Code stipule que les affaires non résolues soient soumises à la justice.  Mais est-il applicable à tous y compris aux employées de maison marocaines ?  

Hassan Bentaleb
Samedi 4 Février 2017

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