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Crimes d’honneur... Crimes d’horreur

L’Etat a l’obligation et la responsabilité de protéger les victimes




Crimes d’honneur... Crimes d’horreur
Parce qu’elles ont osé choisir librement leur mari, qu’elles sont suspectées d’adultère ou suspectées d’avoir eu une relation sexuelle hors mariage, des milliers de femmes sont condamnées à mort par leurs familles au nom de l’honneur.  Selon les statistiques de l'ONU, elles sont plus de 5000 victimes de crimes d'honneur chaque année. Cependant, il est pratiquement impossible d'évaluer leur nombre avec précision dans plusieurs pays, les décès étant généralement classés parmi les accidents et les suicides. D’autre part, et bien que majoritairement pratiqué au sein des communautés musulmanes, le crime d’honneur existe également dans les communautés sikh, hindoue et chrétienne. Il est à noter que tout au long de cet article, nos principales sources seront une longue étude sur ce phénomène, réalisée par la Fondation «Surgir», les archives en ligne de l’ONU et ceux de Human Rights Watch. 

Tuer au nom de l’honneur

Pratique d’origine babylonienne, ce qui est communément appelé «crime d'honneur» est avant tout un permis de tuer qui permet au meurtrier d’échapper à la condamnation dans de nombreux pays. Il se distingue de la violence domestique ou du crime passionnel par des critères spécifiques dont la planification du crime, l’implication de plusieurs membres de la famille dans la plupart des cas, en plus des pratiques très violentes et barbares dans plus de la moitié des crimes d’honneur répertoriés, il s’agirait notamment de décapitations, d’éventrations, de gorges tranchées, de brûlure à l’acide, de lapidation, d’étouffement avec tortures, d’immolation par le feu ou encore de coups de hache. Sans oublier que les meurtriers ne montrent que rarement du remords et se considèrent souvent comme victimes du comportement de la femme.
Selon l’étude de la Fondation «Surgir», les crimes d’honneur sont en augmentation dans le monde entier. Il y a quelques années, le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) estimait à 5000 le nombre de femmes victimes de crimes d’honneur chaque année dans le monde. Or, selon la majorité des organisations qui observent le phénomène, ce chiffre serait en réalité trois à quatre fois supérieur mais aucune statistique ou recherche quantitative neutre et fiable n’existe malheureusement à ce jour.
Le crime d’honneur reste, par ailleurs, impuni dans de nombreux pays. Les auteurs ne sont pas ou rarement condamnés par les tribunaux. Les jugements, lorsqu’il y en a, sont le plus souvent cléments envers les criminels. Selon ladite étude, plusieurs raisons expliquent cette coupable indulgence dont les lois inadaptées et la complicité des juges et des autorités. Même si certains pays ont concédé quelques modifications à leur Code pénal, sous pression de la Commission des droits humains de l’ONU. Toutefois, il est intéressant de noter que les crimes d'honneur dans la plupart des pays arabes et sud-asiatiques sont perpétrés par un homme à l'encontre de sa fille, sa sœur ou sa nièce et non pas à l'encontre de son épouse.

Protéger les victimes, 
un devoir de l’Etat


La protection contre les crimes d’honneur relève des droits fondamentaux de la personne. L’Etat a donc l’obligation et la responsabilité d’agir et de protéger les victimes, y compris des risques de violence liés à la famille. Plusieurs textes internationaux rappellent cette évidence et demandent aux Etats de mettre fin à ces crimes. 
Ainsi, la Résolution 1327 de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe sur les prétendus «crimes d’honneur» définit des principes clairs pour ses Etats membres. Selon la Fondation «Surgir», elle les invite à modifier leurs législations nationales en matière d’immigration afin qu’une femme exposée à un risque de crime d’honneur puisse obtenir un permis de séjour dans le pays, faire appliquer la législation afin que tous les crimes d’honneur soient sanctionnés et que les plaintes pour violences soient traitées comme des affaires criminelles graves, veiller à ce que ces crimes fassent l’objet d’enquêtes et de poursuites menées avec tact et efficacité, interdire que l’honneur soit invoqué comme circonstance atténuante ou justification, prendre les mesures nécessaires pour mettre en œuvre les législations visant ces crimes et former les décideurs politiques, les forces de police et les professions judiciaires à ce sujet, ainsi que de renforcer la présence féminine dans les secteurs de la police et de la justice.
Le Programme d’action de Stockholm contre les violences commises au nom de l’honneur en Europe, énonce également plusieurs recommandations à l’intention de l’UE et de ses Etats membres dont le renforcement des services de soutien aux victimes et d’aide à leur réadaptation, par le biais d’une aide sociale, sanitaire, juridique, éducative, de logements sûrs, de foyers, de lignes téléphoniques d’assistance, de services de conseil et de campagnes d’information. Alors que la Recommandation 1881 de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe sur l’urgence à combattre les crimes dits d’honneur exige du Comité des ministres d’élaborer une stratégie globale visant à mettre fin à ces crimes.

Une pratique courante 
dans certains pays 
du Moyen-Orient


Le meurtre pour l’honneur est une pratique courante dans certains pays du Moyen-Orient, notamment au Pakistan, en Egypte, en Jordanie, en Irak, en Inde, au Liban, en Palestine, en Syrie, au Nigeria, ou encore en Turquie.  
Selon la Commission des droits de l'Homme du Pakistan, 636 femmes sont mortes d'un crime d'honneur en 2007. En 2013, ce sont près de 1.000 femmes ou adolescentes qui ont été tuées sous prétexte d'avoir déshonoré leur famille, le plus souvent en toute impunité.  Du côté du Liban, le Code pénal a été modifié en 2009 et évoquer le délit d’adultère ou de rapports sexuels «illégitimes» n’est plus une excuse absolutoire pour les tribunaux, mais reste tout de même une circonstance atténuante, selon l’étude de la Fondation «Surgir».  La Syrie a, elle aussi, révisé l’article 548 de son Code pénal, en juillet 2009, mais n’a instauré qu’une peine de deux ans minimum pour les crimes d’honneur. 
En Jordanie où  plus de 1000 crimes d’honneur étaient recensés officiellement chaque année, le nombre de ce genre de crimes a nettement diminué, la famille royale jordanienne ayant fermement condamné cette pratique. Les Turcs ont, pour leur part, révisé leur Code pénal en 2005. Depuis, il stipule (art 81-1) que toute personne qui tue délibérément une autre personne doit être condamnée à la prison à vie et précise (art. 82-1) que si la nature du crime commis est sous le motif de la tradition coutumière, l’auteur doit être condamné à la peine de prison à vie aggravée.  Pour ce qui est du Maroc, et au moment où la plupart des pays tentent de faire évoluer la situation et de combattre vigoureusement ces pratiques moyenâgeuses, comme le démontrent de nombreuses statistiques, le chef du gouvernement, Abdelillah Benkirane défend avec ferveur le fait que «des circonstances atténuantes soient accordées par une nouvelle loi à l'un des conjoints meurtriers lésés par l'adultère». Le crime d'honneur mériterait ainsi à ses yeux un traitement à part.

L’islam et le crime d’honneur

D’après les écrits de la grande majorité de l'élite intellectuelle islamique, il n'y aurait aucune mention de crimes d'honneur dans le Coran ou les Hadiths et les autorités religieuses internationales désapprouvent et condamnent les châtiments extrajudiciaires tels que les crimes d'honneur. 
En effet, la charia prévoit des peines sévères pour punir les relations sexuelles extraconjugales, mais en aucun cas elle ne permet les crimes d’honneur. Le fait d'avoir des relations sexuelles hors mariage peut entraîner une punition de 100 coups de fouet alors que l'adultère peut être puni par la lapidation à mort. Toutefois, l'acte doit être attesté par au moins quatre témoins et l’exécution des peines relève du devoir des autorités judiciaires. «Comme toutes les autres religions, l'islam interdit formellement le meurtre sans justification légale», précisait Sheikh Atiyyah Saqr, ancien président du comité Fatwa de l'Université al Azhar en s’appuyant sur le 93ème verset de Sourat An Nisaa qui dit : «Quiconque tue intentionnellement un croyant, Sa rétribution alors sera l'Enfer, pour y demeurer éternellement. Allah l'a frappé de Sa colère, l'a maudit et lui a préparé un énorme châtiment». 
En 2012,  l'imam Soharwardy  du Conseil suprême islamique du Canada  a même édicté une fatwa, signée par 34 imams d'Amérique du Nord, contre ce genre de crime et qui rappelle également qu’il n’existe dans l’islam «aucune justification pour les crimes d’honneur, les violences domestiques et la misogynie». 

Mehdi Ouassat
Mercredi 13 Mai 2015

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