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Cinq années d’une gestion gouvernementale faite de gaffes à la pelle

Pendant tout un mandat, les ministres PJD ont rivalisé en bidonnage et en bévues…




«Soyons indulgents, nous disions-nous. Laissons-leur le temps d’apprendre». Même si, au fait, ce n’est pas très catholique, ni sunnite ou chiite, non plus, que de prétendre à quelque apprentissage, que ce soit au détriment de l’intérêt du pays et de celui de ces pauvres citoyens qui s’attendaient à tout autre chose de la part de ceux qui, outre le paradis, promettaient monts et merveilles pour peu que l’on veuille bien leur accorder sa voix.
Le problème, c’est que non seulement ils ont, à ce qui paraît, la tête dure, mais, et c’est beaucoup plus grave, ils ne possèdent pas cette vertu propre à tout humain sensé, musulman compris bien sûr, qu’est la modestie. Au lieu de se faire humbles et de se donner le temps de mûrir, ils se sont baladés avec une allégresse  insolite et insolente entre bourdes et bévues. C’était à qui gaffait le mieux.
Des exemples? On a, à coup sûr, l’embarras du choix. Commençons par Mister Choubani quand il a fait peu de cas de cette obligation de réserve qui devait coller au ministre qu’il était pour s’en prendre aux festivals qui, selon sa seigneurie, nous incitent, nous tous, humains inconstants et frivoles que nous sommes, à la débauche. Merci votre excellence pour tous ces Marocains assoiffés de musique, de ciné et de tout ce qui relève de l’art. Merci pour le camarade de la Culture, qui a si gentiment cohabité avec vous au gouvernement et dont le chef de parti préside, avec bonheur, soit dit en passant, un festival non pas des 7 péchés capitaux, mais bel et bien du 7ème art.
A moins que l’on préfère parler plutôt d’un autre ministre, délégué cette fois, et toujours de la même mouvance: Monsieur Boulif himself. Le fait qu’il était chargé des Affaires générales et de la Gouvernance l’aurait poussé à dénombrer un par un les 90.000 fonctionnaires fantômes qui sont payés par l’Etat à ne rien faire. Des statistiques pour le moins ahurissantes et qu’il était le seul à détenir. On serait par ailleurs tenté de soupçonner le très soupçonneux Boulif de complicité. S’il les a comptés et donc listés, c’est qu’il les connaît, mais s’il n’a rien fait pour mettre fin à cette grosse anomalie qui grevait inutilement et impunément le budget de l’Etat, c’est qu’il y aurait eu quelque chose qui ne tournait pas rond. Il ne faut toutefois pas trop lui en vouloir à Si Mohamed Najib qui nous voulait tellement du bien qu’il s’était empressé de nous annoncer la découverte plus que certaine de gisements de pétrole. Rien n’est moins sûr, malheureusement. Ce n’est pas demain que l’on sera promus cheikhs nageant et pataugeant dans l’opulence, la luxuriance et la luxure.
Nous aurions cependant aimé que Mustapha Ramid, ministre de la Justice et des Libertés, s’il vous plaît, sache se hisser au-dessus de la mêlée. Mais, pour notre grand malheur, il a tenu à s’afficher aux côtés de ses compères gaffeurs en s’illustrant par un commentaire indigne quand toutes les forces vives s’indignaient du sort auquel a été acculée la pauvre Amina Filali qui venait de se donner la mort dans un patelin perdu du côté de Larache. Ramid qui, croit-on savoir, se voulait déterminé à continuer à faire des droits de l’Homme son cheval de bataille, a refusé de voir en Amina la victime de tout un système rétrograde puisque macho et forcément injuste. L’autre bourde à  Ramid, il allait la commettre à Marrakech, ville qu’il a pratiquement qualifiée de repaire de dévergondés qui ne s’y rendent que pour donner libre cours à leurs libations, ce qui lui a valu un vrai lever de boucliers et pas seulement de la part des Marrakchies et Marrakchis. Mais là non plus, il ne faut pas trop lui en vouloir. Il avait la tête ailleurs. Il s’était laissé obnubiler par le désir ardent de tresser des lauriers à un Maghraoui qui avait commis  une fatwa foncièrement pédophile. Cela valait bien que la ville ocre encaisse le coup.
Combien aurait-on aimé épargner la seule dame censée apporter ne serait-ce qu’une petite dose de charme, de perspicacité et de sagesse dans un cabinet monopolisé par des mecs purs et durs et qui, de surcroît, sont trop rarement inspirés. Manque de pot. A propos de la même affaire Amina Filali, la ministre de la Famille et de la Solidarité a lamentablement raté le coche, alors qu’il aurait été plus simple et plus logique, surtout, de se démarquer de cette loi qui condamne une fille, mineure ou majeure soit-elle, à épouser son violeur. Force est de reconnaître que Madame Bassima Hakkaoui a quelque peu rectifié le tir sauf que c’était à Strasbourg et devant des députés européens qui ne badinent pas avec les droits de la femme qui ne doit en aucun cas être considérée comme un sous-être par rapport à l’homme.
Dans un environnement aussi obscur, il fallait bien s’attendre qu’un certain éclat jaillisse du côté du jeunot de la bande, Mustapha Khalfi en l’occurrence. Mais aussi ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement soit-il, Khalfi aura surtout manqué de tact en voulant aller plus vite que la musique. A Libé, on était les premiers à  tirer la sonnette d’alarme en annonçant que ledit ministre s’activait à concocter les grilles des programmes de toutes les télés réunies (nationales fort heureusement). Nous avons professionnellement accepté «le démenti» même si nous n’étions pas vraiment convaincus. La suite via les trop fameux cahiers des charges nous donnera (malheureusement) raison. On a toujours cru que tu avais le verbe facile et le sens de communication assez développé, mais pourquoi t’as pas cherché à dialoguer et à convaincre du «bien-fondé» de tes cahiers avant de tenter de les imposer comme tu as voulu le faire? Le «tu» comme tu as dû le remarquer se justifierait par le fait que l’on a du mal à vouvoyer le jeune et presque sympathique confrère que tu étais.
Mais là, depuis un certain passage sous la Coupole, trêve de tutoiement, vous vous êtes comporté, monsieur, non seulement en ministre se voulant autoritaire, mais en ministre trop maladroit. Un homme d’Etat, votre Excellence, ça ne s’énerve pas. Ça n’insulte pas. Ça discute, ça argumente…Et le comble, c’est que vous vous êtes pris, vous le journaliste et, jusqu’à hier, responsable de l’organe officieux (bien que trop officiel) du parti qui a mené jusque-là l’actuelle majorité, à un journal qui sert depuis toujours de référence dans le paysage médiatique marocain, Al Ittihad Al Ichtiraki. Rien que ça, Si Khalfi!
La liste des gaffeurs est loin d’être exhaustive. Mais on ne saurait la boucler sans une pensée pour le chef. La vérité, c’est qu’on charge un peu trop Abdelilah Benkirane. Vers les débuts de son investiture, on faisait trop attention à de menus détails relevant du protocole qu’un chef de gouvernement est appelé à maîtriser. Les mauvaises langues ont vite fait de relever par exemple qu’il avait trop couvert le Premier ministre espagnol Rajoy, alors en visite au Maroc, de bises et bisous aussi chaleureux qu’inopportuns. On a manifestement dû lui faire la remarque. La bise, c’est pour les femmes. En homme averti, il a vite retenu  la leçon. Sa double bise qui devait fatalement suivre, il l’a réservée à Madame Caplan, la vénérable épouse de l’ex-ambassadeur des Etats-Unis. D’autres mauvaises langues se sont chargées de le lui reprocher. Il s’en est même trouvé quelques redresseurs de torts wahhabites du côté de l’Arabie qui lui ont promis l’enfer pour cela. Benkirane en enfer? Un comble!
L’enfer, c’est les autres, comme dirait l’autre. Elle y aurait fourgué Benkirane sans hésiter si elle en avait la possibilité. Elle, c’est Madame Annemie Turtelboom, ministre belge de la Justice de son état qui a cru détecter chez le chef du gouvernement marocain quelques penchants misogynes. Quand il les a reçus avec son collègue des Affaires étrangères pendant toute la durée de l’entretien, il n’a, semble-t-il, regardé que du côté de celui-ci. On n’était pas loin de l’incident diplomatique.
Il est vrai qu’Abdelilah Benkirane a passé un temps fou à essayer de raisonner ses ministres les plus inconstants ou à tenter d’édulcorer leurs déclarations ou commentaires inconséquents, mais il s’est gardé de faire attention aux siens de commentaires et déclarations. N’a-t-il pas eu à déplorer que Reuters ait «sorti» ses propos sur l’entourage du Roi de «leur contexte» ?     
Que pourrait-il dire de cette autre débilité qu’il vient de sortir en pleine campagne électorale en disant aimer le Roi, mais sans aller jusqu’à « ramper » ?                                           
Dur, dur d’apprendre quand on n’a pas été à la bonne école.

Par Mohamed Benarbia
Mardi 4 Octobre 2016

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