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Béni Drar : Une mise à niveau urbaine défaillante




«Koweit city », c'est ainsi que l'on surnomme la commune de Béni Drar située dans l'Oriental à une vingtaine de kilomètres au nord de la ville d'Oujda. Ce surnom est dû au fait que  cette petite localité voit transiter la plus grande quantité de carburants de contrebande entre l'Algérie et le Maroc. La population - qui se chiffrait à près de 9000 habitants lors du recensement de 2004 - vit entièrement de la contrebande. Carburants, produits alimentaires, tapis, pièces automobiles, vêtements, couvertures… Tout y passe dans ce supermarché anarchique à ciel ouvert où se croisent les locaux et les visiteurs de toutes les régions du pays. Dans cette commune connue dans la région pour ces grillades, c'est le souk ! L'anarchie règne au vu et au su de tout le monde.  Depuis quelques mois, cette commune de passage sur la route nationale reliant Oujda et Nador, a subi un relooking. Et comme pour tout «relooking» urbain qui se respecte dans notre pays, seules les façades y ont eu droit. Lesquelles ont donc été changées et repeintes d'une couleur plus claire (histoire d’égayer l'atmosphère). La principale artère n'effraie plus le visiteur lambda : la mission est donc accomplie et la ville de «Koweit city» porte désormais bien son surnom (ou presque)… Seulement, comme pour les nombreux autres exemples de mise à niveau urbaine, le travail est à moitié fait. Les travaux n'ont en rien modifié la gestion de l'espace, les habitudes des commerçants et la qualité des infrastructures. M.K., cet enfant de quatre ans, en a malheureusement fait les frais. Ses parents nous racontent…
Pour sortie dominicale, la famille au complet a décidé de déjeuner dans l'un des restaurants de Béni Drar où elle a ses habitudes. Après que la voiture a été garée, l'enfant est sorti du véhicule… Tout à coup, plus aucune trace de lui. En quelques secondes, les parents font le tour de la voiture. Rien. Les occupants de la voiture qui les précédait se sont, quant à eux, attroupés autour d'une « bouche » de canalisation. Immédiatement, les parents comprennent la situation : leur enfant a dû se faire mal en tombant… Quelle ne fut leur stupéfaction en se rendant compte de la situation. L'enfant qui avait marché sur le couvercle servant à fermer la canalisation a littéralement été englouti. Le couvercle, en faisant un demi-tour, s'est refermé automatiquement. M.K. se retrouvait donc à l'intérieur. Il a donc fallu retirer le couvercle de fortune. L'enfant, à l'intérieur, criait au secours. Seul l'écho de sa voix permettait d'attester de sa présence en vie. Les parents, quant à eux, effrayés, ne voyaient que du noir tant cette canalisation était profonde. Un seul faux geste de l'enfant (ou des parents qui souhaitaient descendre dans l'étroite fosse) et le petit de quatre ans se retrouvait happé par les eaux. Il a fallu l'intervention de quelques ouvriers qui se trouvaient, par chance, à proximité des lieux du drame pour que le petit soit extrait de l'antre qui l'avait avalé. A noter que sous d'autres cieux, des forces d'intervention spéciale ou des pompiers auraient été dépêchés sur place pour secourir le petit. Ressorti noir de saleté, épuisé et apeuré, l'enfant qui avait fait une chute de près de 3m, n'a par chance subi aucun dommage corporel. «Un miracle», selon les propos des parents. Aujourd'hui, ils en sont conscients : ce terrible accident aurait pu très vite tourner au drame. Ils auraient pu ne pas se rendre compte de la situation et lancer un appel à témoins pour un enfant de quatre ans disparu ou kidnappé ! Faut-il éviter de sortir déjeuner à l'extérieur ? Faut-il slalomer entre les nombreuses bouches d'égout pour éviter d'être avalé au passage ? Autant de fausses questions que les parents refusent de se poser…
Un exemple de défaillance de la mise à niveau de la ville. Le couvercle en question était vacillant au moment où le petit, insouciant, a posé le pied dessus. Mais à Béni Drar, les solutions efficaces sont vite trouvées. Une semaine après, de retour sur les lieux de l'accident, le couvercle a tout bonnement été recouvert d'un pneu de camion et d'une bâche de couleur. Ne manquez que l'écriteau : «Bienvenue à Koweit city» !

Amel NEJJARI
Vendredi 18 Septembre 2009

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