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Baptiser les nouvelles espèces, un véritable défi




Baptiser les nouvelles espèces, un véritable défi
Le quotidien anglais The Guardian lance un concours sur internet pour donner un nom à dix nouvelles espèces britanniques. L’an dernier, 18.000 espèces ont été découvertes dans le monde : la taxinomie, ou l’art de les nommer, laisse cours à l’imagination, aux hommages et parfois aux noms les plus farfelus.
Le Mesoparapylocheles michaeljacksoni, ou bernard-l’ermite Michael Jackson, a été enregistré cette année par les scientifiques : ils l’ont découvert en apprenant la mort de la star de la pop. La méduse Phialella zappai a quant à elle été baptisée ainsi puisque son découvreur rêvait de rencontrer Frank Zappa. Le célèbre musicien a même plusieurs espèces à son nom : un poisson gobie, un escargot et même une araignée qui possède une marque noire sur l’abdomen rappelant la proéminente moustache de Zappa.
Nommer les nouvelles espèces est un véritable défi. Chacune d’entre elles se doit d’avoir un seul et unique nom et, chaque année, on en découvre des milliers. En 2011, 18.000 nouvelles espèces d’animaux, de plantes ou de champignons, ont été enregistrées dans le monde. Les scientifiques doivent alors faire appel à leur imagination. Bien souvent, le découvreur tient (et peut) baptiser l’espèce par son propre nom, latinisé. D’autres fois, le lieu de sa découverte l’emporte, ou alors c’est son comportement ou sa couleur qui détermine son nom. Mais de temps en temps, ceux qui découvrent les nouvelles espèces laissent libre cours à leur envie et rendent hommage à leur musicien favori, leur frère, ou leur joueur de football préféré.
De façon surprenante, ceux qui découvrent une nouvelle espèce ont une certaine marge de liberté pour la nommer. Néanmoins, l’inventivité des chercheurs est soumise au système binominal et doit respecter les règles du Code international de nomenclature zoologique. Si le nom du genre est en général imposé (par exemple Panthera pour les grands félins ou Homo pour les humains dans l’Histoire), l’épithète est bien plus libre. Il n’y a aucune règle de “politiquement correct” imposée par le code cité plus haut. Seule une mention tacite soulignerait que les allusions à la religion sont proscrites (donc pas d’escargot Jésus, de crabe Mahomet ou de grenouille Bouddha).
Mais l’avènement d’internet a ouvert un champ de possibilités dans la taxonomie. The Guardian propose ainsi aux internautes un concours pour nommer dix nouvelles espèces découvertes sur le sol britannique. Plus précisément, le quotidien offre la possibilité de choisir le nom vulgarisé de certaines crabes, limaces, mouches ou bulots. Quelques conseils sont à la disposition des quidams : consulter l’histoire ou la provenance de l’espèce, sa parenté avec d’autres congénères, ou utiliser Arkive, un moteur de recherche pour vérifier que le nom inventé n’est pas déjà occupé par une autre espèce. Bien évidemment, le journal encourage l’humour, les jeux de mots, ou les références culturelles. A terme, un jury composé de scientifiques et de membres de Natural England, l’agence gouvernementale pour l’environnement, feront leur sélection et attribueront les noms finaux.
Plus étonnant, les noms d’animaux sont parfois vendus aux enchères. Ainsi quand Robert Wallace, zoologiste, découvre en 2005 une espèce de singe inconnue (chose rare), il choisit de vendre son nom aux enchères. Le singe est du genre Callicebus et provient d’une forêt bolivienne. En mars 2005, Goldenpalace.com, société canadienne de casino en ligne, remporte l’enchère pour 650.000 dollars et obtient ainsi l’autorisation de nommer le primate Callicebus aureipalatii, ce qui signifie “du palace doré”. Vulgarisé, il porte le nom de “Goldenpalace.com Monkey”. Pour le directeur du casino, l’intérêt est évidemment publicitaire. Mais les zoologues sont sans surprise préoccupés : il existe un problème réel d’éthique dans la monétisation de la taxinomie.
La fondation Biopat, elle, est soutenue par de nombreux instituts de recherche et muséums allemands et pour cause : elle vous propose de nommer une nouvelle espèce en échange d’un don à l’association. Ainsi, pour 2.600 euros minimum, vous pourrez baptiser un mollusque ou un insecte du nom de votre conjoint ou de votre acteur favori. La moitié du don sera versée à l’institut de recherche du découvreur de l’espèce, encourageant la recherche scientifique sur la biodiversité. L’autre moitié financera un projet de protection de l’environnement mené dans le pays d’origine de l’espèce et validé par Biopat. L’association joue le rôle d’intermédiaire entre les différents acteurs de la zoologie et les particuliers. Une orchidée bolivienne a ainsi été offerte à Gorbatchev pour son 75e anniversaire par l’un de ses amis allemands et porte désormais le nom de Maxillaria gorbatchowii.
“Le sponsoring de noms d’espèces pose un problème difficile à trancher, estime Andrew Polaszek, zoologiste et secrétaire général de l’ICZN (International Commission for Zoological Nomenclature). “Les noms peuvent être vendus au profit de bonnes causes, certes. Mais on peut se demander si, à terme, une mercantilisation des dénominations d’espèces n’incitera pas à revendiquer des droits forts sur les noms, comme s’il s’agissait de marques, voire à clamer de fausses découvertes”, explique- t-il.
En attendant qu’un système de régulation soit appliqué dans la taxinomie, les scientifiques peuvent toujours faire parler leur humour. Et ce n’est pas la Scaptia beyonceae qui contredira ce propos : cette mouche aux poils dorés a été baptisée en l’honneur de la chanteuse Beyoncé Knowles et de son titre “Bootylicious”...

Maxisciences
Mardi 3 Juillet 2012

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