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Au Chili, l'architecture à l'épreuve des tremblements de terre




La plupart des gens, quand un séisme frappe, s'enfuient en courant dans la rue. Mais René Lagos, ingénieur chilien spécialisé dans les technologies parasismiques, adore rester au sommet des gratte-ciel et regarder les immeubles trembler.
"Tout ce qui devait s'écrouler s'est déjà écroulé!", s'exclame-t-il à propos des bâtiments de Santiago, la capitale du Chili, pays le plus touché par les tremblements de terre au monde.
Alors, quand "survient un puissant séisme, j'essaie d'en profiter. Je passe mon temps à concevoir des immeubles pour ce type d'occasion, je ne peux pas être stressé au point de ne pas vivre le moment!", assure à l'AFP René Lagos depuis le 24e étage d'un gratte-ciel de Santiago, secoué à plusieurs reprises durant l'entretien.
Le Chili, situé sur la "ceinture de feu" du Pacifique, une zone à forte activité tellurique, a enregistré au cours des cinq dernières années trois séismes d'une magnitude supérieure à 8 sur l'échelle de Richter. Chaque année, les tremblements de terre lui coûtent en moyenne un milliard de dollars (911 millions d'euros).
C'est pourquoi le pays est également parmi les mieux équipés pour résister aux séismes, les normes de construction étant particulièrement exigeantes: pour sauver des vies humaines, les immeubles doivent rester debout et la loi chilienne tient pour responsable les entreprises en cas de défaut des bâtiments.
"Le design d'ingénierie (des gratte-ciel) est totalement lié au design architectural", souligne Fernando Guarello, ancien responsable de l'Association des architectes chiliens (AOA).
Mais maintenir les bâtiments debout n'est pas sans conséquences.
"Des dommages, il y en a toujours, même s'ils sont peu visibles. Les matériaux souffrent lorsqu'ils se dilatent et se rétractent", explique Fernando Guarello.
Le puissant séisme de février 2010 a été riche d'enseignements: il a permis de renforcer la législation, d'améliorer la technologie et de rehausser les niveaux de sécurité. Les secousses d'une magnitude de 8,8 et le tsunami consécutif avaient fait plus de 500 morts.
Une des images marquantes de la catastrophe avait été l'effondrement, comme un château de cartes, d'un immeuble de logements sociaux. L'entreprise responsable de la construction du bâtiment avait utilisé des tiges en acier plus fines que celles exigées par la réglementation.
Désormais, préserver la vie des gens ne suffit plus. "L'objectif est que le bien et son contenu soient opérationnels après un tremblement de terre", déclare Juan Carlos de la Llera, à la tête de Sirve, une entreprise co-détenue avec l'université catholique du Chili qui a breveté quelques-unes des dernières technologies parasismiques.
Lors du tremblement de terre de 2010, sur les 30 milliards de dollars de dégâts (équivalents à 18% du PIB de l'époque), seuls 9 milliards, soit 30%, étaient assurés, rappelle à l'AFP Angelo Hettich, de l'expert en assurances Faraggi Global Risk.
Si le risque zéro n'existe pas dans un tremblement de terre, les architectes chiliens s'efforcent de minimiser les risques grâce à différentes technologies.
 L'isolement bas, qui permet de séparer la structure des immeubles de leur partie inférieure, limite les dégâts à 80% mais cette technologie n'est obligatoire que pour des bâtiments publics tels que des hôpitaux. En cas de séisme, seules les fondations, appuyées sur des galets en caoutchouc, absorbent les vibrations, le reste de la construction restant immobile.
Les mécanismes de dissipation de l'énergie permettent de contenir les vibrations du tremblement de terre, réduisant de 40% l'impact subi par l'édifice.
Juan Carlos de la Llera équipe actuellement un des plus vieux bâtiments de Santiago, la basilique del Salvador, avec des mécanismes d'isolement bas. Datant du XIXe siècle, cette église de style néo-gothique avait été gravement endommagée par les séismes de 1985 et 2010.
Une occasion en or pour prouver l'efficacité de ces dispositifs.

Jeudi 7 Janvier 2016

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