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Au Bolchoï, le nouveau directeur de ballet veut “du classique avant tout”




"Engager Vaziev? La pire erreur de ma vie!", s'exclame Vladimir Ourine, à la tête du Bolchoï, en éclatant de rire tandis que son nouveau directeur de ballet, Makhar Vaziev, réfrène un sourire.
Cheveux blancs, regard fixe et grand calme: de Makhar Vaziev émane une assurance implacable, presque glaçante.
Nommé en mars pour prendre la direction du Ballet du Bolchoï, il arrive pour tourner une page noire du célèbre théâtre moscovite, accablé par une série de scandales qui ont culminé lorsque son prédécesseur, Sergueï Filine, a été agressé en 2013 à l'acide.
Cette attaque, commanditée par le danseur Pavel Dmitritchenko, avait révélé au grand jour les rivalités féroces et l'atmosphère délétère régnant dans les coulisses du Bolchoï.
Vladimir Ourine, dont les relations avec M. Filine étaient notoirement conflictuelles, a alors juré de rendre au Bolchoï "une atmosphère artistique normale". En octobre 2015, il a mis fin au contrat du directeur de ballet en justifiant sa décision par "des affaires internes au théâtre".
La nomination de M. Vaziev, dont le nom avait déjà été évoqué en 2011 avant d'être écarté au profit de M. Filine, n'a pas surpris grand monde: il partage avec Vladimir Ourine la même dévotion au ballet classique, avec une légère méfiance quant au moderne.
"Nous partageons la même vision de la danse", a dit M. Vaziev lors d'une conférence de presse, rapporte l’AFP. "Nous estimons que nous ne sommes pas une énième compagnie de danse mais une académie d'Etat, nous représentons la Russie".
A côté de lui, M. Ourine a hoché la tête et renchéri: "Nous refusons souvent des propositions pour aller danser à l'étranger. Nous voulons danser en Russie, c'est notre objectif, l'Etat russe nous paie pour cela".
Agé de 54 ans et danseur depuis ses 11 ans, le nouveau directeur artistique du Bolchoï n'est pas un inconnu du grand public: il a été danseur étoile puis directeur du ballet du Théâtre Marinski, l'éternel rival saint-péterbourgeois des danseurs moscovites.
Il y a connu des années difficiles, subissant les diktats artistiques du chef d'orchestre tout-puissant Valeri Guerguiev avant de démissionner brutalement en 2008.
"A partir de maintenant, je ne prendrai un travail que si 51% des décisions dépendent de moi. A cette époque-là, j'ai compris que je n'avais que 49%" de marge de manoeuvre, a-t-il confié au journal britannique Financial Times.
Un an plus tard, La Scala de Milan lui proposait de diriger son ballet, alors miné par des conflits sociaux sans fin. Makhar Vaziev y restera sept ans jusqu'à sa nomination au Bolchoï.
Celle-ci est l'occasion pour lui de faire un retour triomphal dans son pays et de revenir à ses premières amours, le ballet classique "à la Russe".
"Le ballet du Bolchoï, c'est de la danse classique avant tout", martèle-t-il, se disant "fier" de son pays qui a "toujours" soutenu la danse classique.
Connu pour avoir notamment restauré au Marinski le ballet de la Bayadère tel que Marius Petipas l'avait mis en scène en 1900, Makhar Vaziev présentera en janvier et février 2017 plusieurs ballets anciens, notamment ceux de Youri Grigorovitch, patriarche de la chorégraphie russe.
"De grands maîtres (chorégraphes) sont passés par le Bolchoï, il faut savoir en respecter l'histoire et l'assumer", explique-t-il.
S'il a hérité d'une saison conçue par l'ancien directeur artistique, Makhar Vaziev a décidé d'en refonder la distribution, imposant de nouveaux danseurs pour de grands rôles, marquant ainsi sa volonté de prendre la relève.
Les passionnés de danse scrutent ses décisions: au Marinski, l'homme a révélé plusieurs étoiles, dont les ballerines mondialement célèbres Diana Vishneva et Svetlana Zakharova.
"C'est un très difficile processus de choisir un répertoire. Il faut examiner les capacités des danseurs", confie-t-il.
Refusant de se prononcer sur le travail de son prédécesseur Sergueï Filine, il assure ne pas "songer à ce que les gens diront de (son) passage au Bolchoï".
Une chose est sûre, prévient-il, son bilan "ne sera pas le même". Et, ajoute-t-il pince-sans-rire à l'intention de Vladimir Ourine, "les erreurs, ça se paie."

Libé
Mardi 26 Juillet 2016

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