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Assia Elaoudie, la femme offrande




Assia Elaoudie, la femme offrande
Tu avais la justesse de ces choses
Qui jamais ne se refont deux fois
Calice du rêve, de l’espoir, ouverts
La laideur autour de toi s’effaçait
A la beauté, telle une terre fertile
Retournée enfin, gorgée d’hydrogène
Ton cœur traversait tes yeux
D’un débordement de compassion
De reproches, de réprimandes même
Tu pliais l’injustice à ton seul sourire
Je te pleure mais je ne le veux pas
Tu demeures dans la vérité des choses
Dans la paume ouverte de cette enfant-mère
De la jeune fille sans toit
De l’enfant abandonné à son infortune
Tu t’élèves haut, là où l’autre fléchit
Tu t’ouvres entière et bois
La misère du monde
Tu ne dors pas la nuit
Le jour, ouvrière
Tu sillonnes ce temps
Que l’autre ne voit plus
Tu ne comptes l’instant
Qu’à la mesure du sourire d’un enfant
D’un opprimé, d’un marginal
Laissés pour morts
L’autre parti pour un festin
Tu leur tends la main
Ressuscites leur souffle
Tes lèvres épousent les traits de l’astre
Recouvrent de « paradis » ce monde si bas
Si méconnu, si absent
Tu marches longtemps
Partout tu dénudes l’infamie
Exhumes la joie là où l’on ne la pensait pas
Tu es la rose brune, rouge, juteuse
De ce pays,
Le parfum qui porte
Le rêve et l’espérance
Ouverte toujours sur le possible
Battant l’impossible d’un coup de cœur
Tu te penches sur la détresse
Relèves ton regard vers des dieux
Que tu as domptés à bout de bras
A la force de ton sang
A ta part de respiration divisée
Entre ces poumons à l’agonie
Tu ne vis jamais pour toi
La vie, tu la cultives
Et offres son champ au vent d’est
A la brise marine
Au chergui et autres porteurs
De fortune vers des âmes damnées
Je t’aime depuis ma tête d’enfant
Posée sur ton sein
Depuis le premier parfum
Le premier sourire
Depuis tes yeux humides
Ta main sur mon épaule
Depuis tes mots, ces traits si anciens
Et toujours neufs, des matins
Heureux réveillés à tes yeux
Depuis ce bol de lait
Ce bout de pain
Depuis l’amande et le miel
Depuis le bleu de la mer
Les chemins déchirés
Et ce bain de sel et de sable
Ne pars pas car je ne respire plus
L’offrande est si immense
Ton sourire encore cosmique
Les blessures pansées et celles coulant encore
Suivent ton pas
Je le sais que tu ne te reposeras pas
Je le sais que depuis là où tu seras
Tu seras toujours
Là aussi c’est une victoire pour toi
Ton combat ne prend pas fin ainsi
La mort est trop médiocre
Pour que tu ne la braves pas
J’entends toujours tes pas
Ton rire tes éclats de colère
A l’injustice
A la souffrance du monde
Ton obstination à trouver
La petite étoile dans l’obscurité
Jamais ta voix ne cessera
Elle prendra l’ampleur
Que jamais une autre ne prit
Je le sais, et j’entends ta rumeur
Partout dans mon cœur
Dans les battements de mon sang
Je me relève toujours
Par la seule idée de toi
Je continue et jette le fardeau
Car à mon horizon ton sourire
Fut et sera
Casablanca, le 3 novembre 2012

Par Siham Bouhlal
Lundi 5 Novembre 2012

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