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Amnesty International défend le droit des Marocaines à disposer de leur corps


Une campagne mondiale pour les droits reproductifs et sexuels des femmes a commencé hier



Amnesty International défend le droit  des Marocaines à  disposer de leur corps
La Saint-Valentin s’invite dans le mouvement des droits humains.  Amnesty International a en effet choisi la date du 14 février, jour de célébration de tous les  amoureux du monde, pour lancer sa nouvelle campagne «Mon corps, mes droits»  et qui cible les droits reproductifs et sexuels des femmes.  Cette campagne qui est aussi un cri contre la violence faite aux femmes -un milliard de femmes, soit 1 sur 3 femmes à travers le monde sont violées, battues ou abusées, autrement dit, un milliard de mères, filles, sœurs, partenaires et amies victimes de violence-prendra fin le 8 mars prochain, à l’occasion de la Journée internationale de la femme.
A la section marocaine d’Amnesty International, l’heure est à la mobilisation. Le discours est rodé et les objectifs sont clairement énoncés. «Mon corps, mes droits» est aussi et surtout une campagne pour signifier que la femme est responsable de son corps. «A travers cette mobilisation mondiale à laquelle se joint Amnesty Rabat, nous appelons les gouvernements à protéger et à promouvoir les droits reproductifs et sexuels des femmes. Cela passe par l’information, la sensibilisation, l’éducation sexuelle. Au Maroc, il y a encore beaucoup trop de femmes qui meurent en route, sur le chemin de l’hôpital où elles devaient accoucher. Il y a encore trop de jeunes filles, mères célibataires, et qui se sont retrouvées enceintes à cause justement de l’absence totale d’éducation sexuelle. Chez nous, il y a encore trop de violences basées sur le genre. La Marocaine, comme toutes les autres femmes de par le monde, doit pouvoir disposer de son corps. Cela fait partie intégrante des droits humains de la femme. On continue ici et ailleurs  de refuser ce droit à la moitié de la société en invoquant la religion, des croyances ancestrales», explique Touria Bouabid, coordinatrice du programme éducation aux droits humains à Amnesty International-Maroc.

« Des millions de femmes meurent à cause
de politiques publiques inefficaces»


Selon des statistiques révélées récemment par les  Nations unies, 800 femmes meurent chaque jour durant leur  grossesse ou leur accouchement.  Et tous les jours, 20 autres femmes  qui souffriront toute leur vie des suites d’une lésion, d’une infection, d’une maladie ou d’un handicap résultant de la grossesse, de l’accouchement ou d’un avortement pratiqué dans de mauvaises conditions viennent s’ajouter à ces statistiques de la honte. «En fait, et c’est le plus grave, plusieurs millions de femmes et de filles paient de leur vie des politiques de santé inefficaces et des lois discriminatoires toujours en vigueur au nom de la religion ou de certaines cultures. Je pense à ces femmes violées par exemple et à qui on refuse le droit d’avorter», s’indigne l’activiste Touria Bouabid.
L’absence de certains droits dans les politiques sur la santé sexuelle et reproductive dans le monde tue les femmes en silence. Le constat dressé par Amnesty International est amer. Les activistes de cette ONG de défense des droits humains pointent surtout une réalité, souvent macabre. « Dans de nombreux pays, il est quasiment impossible pour les femmes et les filles d’avoir accès à des informations et des services de base dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive. Cette situation s’explique parfois par le refus des Etats d’accorder la priorité à ce domaine. Amnesty International a enquêté sur la disponibilité et la qualité de l’accès aux soins dans plus d’une dizaine de pays et a constaté que l’une des principales causes de la mortalité chez les femmes est l’absence d’informations sur les services de santé à leur disposition. Selon les estimations des Nations unies, sur les quelque 19 millions d’avortements dangereux pratiqués chaque année dans les pays en voie de développement, 2,5 millions le sont sur des adolescentes, et les filles de 10 à 19 ans représentent 70 % des hospitalisations suite à un avortement dangereux», peut-on lire dans un document d’Amnesty International.
Au Maroc, la campagne «Mon corps, mes droits» intervient dans un contexte politique nouveau avec l’arrivée au pouvoir, depuis un an, des islamistes.  Dans le mouvement féminin, les inquiétudes sont de plus en plus grandes alors que les démocrates craignent un recul en matière d’acquis arrachés de haute lutte par les Marocaines.  La section marocaine d’AI organise dans ce cadre une série d’activités qui démarreront dès ce week-end avec  des ateliers d’éducation aux droits humains au profit des enseignants et ce à Fès, Meknès et Ksar El Kebir. A ces actions et activités qui auront lieu jusqu’au 8 mars, une pétition «Mon corps, mes droits» a été mise en ligne sur le site d’Amnesty International. «Il ne faut surtout pas perdre de vue que cette campagne internationale consacrée aux droits reproductifs et sexuels des femmes est également une manière de faire pression sur les Etats qui vont participer en 2014 à la prochaine conférence internationale sur la population et le développement. La première conférence de ce genre s’est tenue au Caire il y a près de 20 ans. 179 Etats y avaient participé dont le Maroc. Les dirigeants de ces pays avaient réaffirmé le droit des femmes et des filles à faire des choix dans le domaine de la sexualité, de la grossesse et de la maternité, et se sont engagés à placer l’autonomisation des femmes au cœur des politiques relatives à la population et au développement. Amnesty International estime que trop peu de progrès ont été réalisés en la matière», conclut  la coordinatrice du programme «Education aux droits humains» au sein de la section marocaine d’A.I.

Droits reproductifs et sexuels,
des droits humains


Le monde se lève contre les violences faites aux femmes et Amnesty International en appelle encore et toujours à l’exigence de la dignité des femmes. Les droits reproductifs et sexuels de la moitié de la société font partie des droits humains fondamentaux. Ceux qui dirigent le monde ont trop tendance à l’oublier. Contre l’oubli justement et pour que les femmes, citoyennes d’ici et d’ailleurs, ne soient plus les victimes silencieuses de politiques publiques qui peuvent parfois tuer, Amnesty International vient de rendre publiques des recommandations exhortant les Etats  à faire en sorte que « les politiques et programmes relatifs à la population et au développement mettent principalement l’accent sur l’égalité des genres ; les gouvernements prennent toutes les mesures nécessaires pour s’attaquer à la discrimination liée au genre découlant des lois, des politiques et des pratiques ».Cette ONG dont le siège central est à Londres lance un appel à la communauté internationale pour que « les droits sexuels et reproductifs soient considérés comme des droits humains à part entière lors de l’élaboration et la mise en œuvre des programmes et des politiques bien définis visant à lutter contre les inégalités entre les genres et contre les préjugés».
Les lois, les politiques et les autres éléments faisant obstacle à la concrétisation des droits sexuels et reproductifs doivent être supprimés, recommande Amnesty International avant de rappeler que «tous les membres de la population doivent pouvoir recourir à la loi pour faire valoir leurs droits sexuels et reproductifs et accéder à des recours et obtenir réparation en cas de violation de ces droits».

Narjis Rerhaye
Vendredi 15 Février 2013

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