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  <title>Libération</title>
  <description><![CDATA[Quotidien d'informations en langue française. Maroc. Parti Union Socialiste des Forces Populaires. ]]></description>
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  <language>fr</language>
  <dc:date>2026-04-13T20:20:02+02:00</dc:date>
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   <title>Libération</title>
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   <title>Pourquoi la valeur échappe aux chiffres :  L’angle mort des organisations</title>
   <pubDate>Mon, 13 Apr 2026 14:30:00 +0200</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Abderrazak Hamzaoui</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Horizons]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
        <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
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      Dans un monde où tout semble devoir être mesuré, quantifié, prouvé, où la valeur se résume trop souvent à des indicateurs, des tableaux de bord et des équations rassurantes, <br />  une vérité plus subtile persiste, presque silencieuse mais profondément dérangeante. <br />   <br />  La valeur n’est jamais totalement objective. Elle ne réside pas uniquement dans les choses. <br />  Elle émerge dans le regard que nous posons sur elles. Elle se construit dans l’interprétation. <br />  Elle se déploie dans la perception. Et surtout elle se ressent. Car derrière chaque décision que nous croyons rationnelle, il y a une émotion qui oriente, qui filtre, qui donne du poids ou qui en retire. Une émotion discrète parfois mais décisive toujours. Et pourtant, l’émotion seule ne suffit pas. Elle traverse, mais ne structure pas. Elle touche mais ne relie pas durablement. Alors intervient une autre force, plus ancienne encore, plus invisible mais infiniment plus puissante : le récit. <br />  &nbsp; <br />  <strong>La valeur ne vit pas dans l’objet. Elle vit dans le regard qui l’accueille</strong> <br />  &nbsp; <br />  Le récit donne une forme à ce que nous ressentons. Il transforme une utilité en signification. Il relie une expérience à une histoire et une histoire à une identité. C’est là, dans cet espace presque imperceptible entre ce que nous vivons, et ce que nous racontons de ce que nous vivons, que la valeur prend réellement naissance. Nous aimons croire que la valeur appartient aux choses. Qu’elle est là, stable, mesurable, presque indépendante de nous. Comme une propriété intrinsèque que l’on pourrait observer sans la transformer. Mais cette idée rassurante en apparence est une illusion. Car la valeur ne vit pas dans l’objet. Elle vit dans le regard qui l’accueille. <br />   <br />  Ce que nous appelons “valeur intrinsèque” n’est souvent qu’une tentative de figer, ce qui, en réalité, est profondément mouvant. Un même objet, posé dans deux contextes différents, porté par deux histoires différentes, regardé par deux consciences différentes, ne possède jamais la même valeur. Un sac devient luxe, non par sa matière mais par ce qu’il raconte. Une œuvre devient art non seulement par sa forme mais par le regard qui la reconnaît. Un diplôme devient pouvoir non par le papier qu’il incarne mais par le système de croyances qui lui donne poids. <br />   <br />  La valeur, alors, n’est plus une donnée. Elle devient une construction. Une construction sociale. Invisible, mais structurante. Car ce que nous valorisons &nbsp;n’est jamais uniquement ce qui est utile. C’est ce qui est reconnu. Ce qui est légitimé. Ce qui est inscrit dans un système partagé de sens. Et dans cet espace où les choses prennent de la valeur parce qu’elles sont vues, nommées, reconnues, se dessine ce que certains ont appelé le capital symbolique.  <blockquote><span style="color:#FF0000;"><strong>Une histoire ne crée pas forcément l’émotion mais elle l’organise. Elle lui donne un début. Une tension. Une résolution. Elle permet à ce qui était ressenti de devenir intelligible et à ce qui était diffus de devenir mémorable.</strong></span></blockquote>  Un capital qui ne se possède pas vraiment, mais qui existe tant que les autres y croient. Alors la question change subtilement. Elle ne devient plus : “Quelle est la valeur de cet objet ?” Mais plutôt : “Dans quel monde… et dans quel récit… cet objet devient-il précieux&nbsp;? Nous avons longtemps cru que l’humain décidait comme une équation. Qu’il observait, comparaît, optimisait et choisissait, presque mécaniquement, ce qui maximisait son intérêt. C’est ainsi que furent dessinés les modèles. Clairs. Elégants. Rassurants. Mais la réalité <br />  n’a jamais vraiment suivi ces lignes. Car l’humain ne vit pas dans un tableau Excel. Il vit dans un monde d’incertitudes, de perceptions, de souvenirs et d’émotions qui orientent silencieusement ses choix.&nbsp; Alors les modèles se fissurent. Ils prédisent des décisions logiques là où surgissent des décisions humaines.&nbsp; Des décisions influencées par des raccourcis invisibles, ces biais cognitifs qui filtrent la réalité sans que nous en ayons pleinement conscience. Des préférences qui varient selon le contexte, des jugements qui changent selon la manière avec laquelle une situation est présentée, des choix qui s’écartent de l’optimum sans jamais sembler irrationnels à celui qui les fait. <br />   <br />  Ce que certains ont mis en lumière, c’est que nous ne décidons pas comme des calculateurs. Nous interprétons. Nous donnons du sens avant de donner de la valeur. Et dans ce processus, la rationalité n’est plus le point de départ mais seulement une justification après coup. Alors une fissure apparaît, fine, mais irréversible. Si nos décisions ne sont pas purement rationnelles, si la valeur n’est pas strictement objective, alors sur quoi repose-t-elle réellement&nbsp;? <br />  &nbsp; <br />  <strong>L’émotion : le véritable moteur de la valeur perçue</strong> <br />  &nbsp; <br />  Et si la valeur ne dépendait pas de ce que nous voyons mais de ce que nous ressentons en voyant ? Car l’émotion ne se contente pas d’accompagner l’expérience. Elle la transforme. Elle agit comme un filtre invisible qui colore, amplifie ou atténue ce qui nous entoure. Deux objets peuvent être identiques. Même forme. Même fonction. Même utilité. Et pourtant ils ne porteront jamais la même valeur. L’un sera oublié. L’autre restera. Pourquoi? Parce que l’un a été vécu dans l’indifférence, et l’autre dans une émotion. Un accueil chaleureux, un regard sincère, une attention inattendue. Et soudain, ce qui n’était qu’un produit devient une expérience. Ce qui n’était qu’un service, devient une relation. Et ce qui n’était qu’une marque devient une présence familière, presque intime. Car l’émotion ne mesure pas la réalité. Elle lui donne une profondeur. Et cette profondeur ne disparaît pas. Elle s’inscrit. Elle s’ancre. <br />  Ce que nous ressentons intensément, nous le retenons durablement. Le cerveau ne garde pas tout.&nbsp; Il sélectionne. Et ce qu’il choisit de garder, ce n’est pas le plus logique. C’est le plus chargé émotionnellement. Une joie. Une surprise. Un sentiment d’être reconnu. Et derrière ces traces invisibles se jouent des mécanismes plus subtils encore. Des molécules silencieuses qui renforcent le lien et prolongent l’expérience. La dopamine, qui associe plaisir et anticipation. L’oxytocine, qui tisse la confiance et l’attachement. Ainsi, ce que nous appelons “valeur” n’est peut-être rien d’autre qu’une émotion suffisamment forte pour ne pas être oubliée. <br />   <br />  Mais l’émotion à elle seule ne suffit pas. Elle traverse. Elle touche. Puis, parfois, elle s’efface. Car une émotion, si elle n’est pas portée, reste diffuse. Elle a besoin d’un espace pour se déposer. D’une structure pour s’organiser. D’un fil pour relier ce qui a été ressenti à ce qui pourra être retenu. Elle a besoin d’un récit. Le récit est cette architecture invisible qui transforme l’instant en expérience et l’expérience en signification. Car une fonctionnalité, seule, n’a pas de profondeur. Elle répond à un besoin mais ne crée pas d’attachement. C’est lorsqu’elle est inscrite dans une histoire qu’elle devient autre chose. <br />  &nbsp; <br />  <strong>Lorsqu’un objet cesse d’être un simple objet et devient le symbole d’une vision</strong> <br />  &nbsp; <br />  Un objet cesse d’être un simple objet et devient le symbole d’une vision. Ce n’est plus seulement ce qu’il fait mais ce qu’il incarne. Et certaines marques l’ont compris depuis longtemps. Elles ne vendent pas des produits. Elles racontent une manière d’être au monde. Ainsi, la technologie devient créativité. L’usage devient identité. Car le récit ne décrit pas seulement la réalité. Il lui donne une direction. Et dans ce mouvement, l’émotion trouve sa forme. <br />   <br />  Une histoire ne crée pas forcément l’émotion mais elle l’organise. Elle lui donne un début. <br />  Une tension. Une résolution. Elle permet à ce qui était ressenti de devenir intelligible et à ce qui était diffus de devenir mémorable. C’est ce que certains ont observé avec justesse : <br />  l’esprit humain ne pense pas uniquement en logique, il pense en histoires. Car là où la logique explique, le récit relie. Et dans cette relation quelque chose bascule.&nbsp; La résistance diminue. Car une idée imposée se heurte. Mais une histoire proposée, s’explore. Elle n’oblige pas. Elle ouvre. Elle contourne les défenses, non pas en les affrontant mais en les apaisant. Alors l’écoute devient possible. L’adhésion naturelle. <br />   <br />  Et c’est là que le récit révèle toute sa puissance. Dans le changement, dans le leadership, dans tout ce qui demande à l’humain de quitter un état pour un autre, on ne transforme pas par des arguments. On transforme par des histoires. Et puis à un moment le récit dépasse l’individu. Il cesse d’être une simple histoire personnelle pour devenir un espace partagé. Car certaines histoires ne se contentent pas de toucher. Elles rassemblent.  <blockquote><span style="color:#FF0000;"><strong>Ce que nous ressentons intensément, nous le retenons durablement. Le cerveau ne garde pas tout. Il sélectionne. Et ce qu’il choisit de garder, ce n’est pas le plus logique. C’est le plus chargé émotionnellement. Une joie. Une surprise. Un sentiment d’être reconnu</strong></span></blockquote>  Elles créent un “nous”. Un “nous” invisible mais profondément réel. C’est ainsi que naît la valeur collective. Non pas dans les structures. Non pas dans les règles. Mais dans les récits que des individus choisissent de porter ensemble. Une organisation n’existe pas seulement par ses processus. Elle existe par l’histoire qu’elle raconte et que ses membres finissent par incarner. Une culture ne s’impose pas. Elle se tisse.&nbsp;
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      <img src="https://www.libe.ma/photo/art/default/96015720-66983298.jpg?v=1776085267" alt="Pourquoi la valeur échappe aux chiffres :  L’angle mort des organisations" title="Pourquoi la valeur échappe aux chiffres :  L’angle mort des organisations" />
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      A travers des symboles, des mots, des souvenirs partagés et surtout des récits répétés jusqu’à devenir évidence. Car ce qui unit durablement, ce n’est pas l’intérêt. C’est le sens. <br />   <br />  Et ce sens prend forme dans des histoires fondatrices. Celles qui disent d’où l’on vient. Celles qui donnent une direction. Celles qui définissent ce qui compte et ce qui ne compte pas. Qu’il s’agisse d’une entreprise, d’une communauté ou d’une nation, les récits deviennent des repères. Des repères invisibles mais puissants. Ils orientent les comportements. Ils légitiment les actions. Ils donnent à chacun le sentiment d’appartenir à quelque chose de plus grand que lui-même. <br />   <br />  <strong>Par Abderrazak Hamzaoui</strong> <br />  Email : hamzaoui@hama-co.net <br />  www.hama-co.net<!--cke_bookmark_107S--><!--cke_bookmark_107E-->
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   <title>Une relation migratoire profondément asymétrique entre Rabat et l’UE</title>
   <pubDate>Fri, 30 Jan 2026 17:00:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Hassan Bentaleb</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualité]]></dc:subject>
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   <![CDATA[
        <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
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      «Le Maroc jouit d’une place singulière dans l’espace migratoire français et européen. Il est à la fois partenaire migratoire de premier plan, pourvoyeur majeur de mobilités étudiantes et scientifiques, et principal fournisseur de main-d’œuvre saisonnière».&nbsp; C’est ce qui ressort des dernières données publiées par le ministère de l’Intérieur français pour l’année 2025, croisées avec celles d’Eurostat sur les titres de séjour en Europe. Ces chiffres confirment l’intensité et la continuité des mobilités Maroc–Europe, largement structurées par des circulations familiales, économiques, culturelles et touristiques anciennes. Décryptage. <br />   <br />  <strong>Une relation migratoire structurelle</strong> <br />   <br />  La centralité de la position marocaine dans le paysage migratoire français se manifeste plus nettement dans les visas de long séjour, où le Maroc arrive en tête des pays africains avec 32.546 visas délivrés en 2025. Cette donnée distingue le Maroc d’autres nationalités majoritairement orientées vers le court séjour et souligne le caractère durable des trajectoires migratoires marocaines, marquées par des projets d’installation, de formation et d’insertion professionnelle. La forte proportion de visas de long séjour parmi l’ensemble des visas délivrés aux Marocains révèle une relation migratoire structurelle, qui dépasse la simple mobilité temporaire. <br />   <br />  <strong>Le Maroc comme pourvoyeur de capital humain </strong> <br />   <br />  L’analyse des motifs de délivrance, telle qu’elle ressort des statistiques françaises, montre que les Marocains obtiennent principalement des visas pour motifs étudiants (40,5%) et économiques (27,9%). Ce profil traduit une migration largement encadrée par les dispositifs institutionnels français, et fondée sur la formation et l’accès au marché du travail, loin de certaines représentations réductrices centrées exclusivement sur l’irrégularité. Il confirme également le rôle du Maroc comme pourvoyeur de capital humain, notamment dans l’enseignement supérieur et certains secteurs économiques en tension. <br />   <br />  Toutefois, la place du Maroc apparaît plus contrastée s’agissant des visas «Talent». Bien que les ressortissants marocains figurent dans le Top 10 des nationalités bénéficiaires, la baisse de 12,6% enregistrée en 2025 suggère un repositionnement relatif, au profit de pays comme l’Inde, la Tunisie ou la Chine, qui concentrent une part importante de ces visas hautement qualifiés. Cette évolution interroge les critères de sélection appliqués par la France et la concurrence croissante entre pays du Sud pour l’accès aux canaux de migration qualifiée. <br />   <br />  <strong>Place structurante mais ambivalente du Maroc</strong> <br />   <br />  Tous visas confondus, les ressortissants marocains se situent en deuxième position, derrière les Chinois et devant les Indiens, confirmant le caractère stratégique du Maroc dans la politique française des visas. Cette stabilité contraste avec le recul marqué de certaines nationalités maghrébines, notamment algérienne, et avec la progression rapide de plusieurs pays asiatiques, révélatrice d’une diversification progressive des profils migratoires admis. <br />   <br />  Dans l’ensemble, les chiffres du ministère de l’Intérieur français mettent en évidence la place structurante mais ambivalente du Maroc dans le système français de délivrance des visas : un partenaire migratoire de premier plan, fortement intégré aux mobilités de long terme, mais confronté à des hiérarchies renouvelées, en particulier dans les segments les plus valorisés de la migration qualifiée. Cette configuration souligne à la fois la profondeur des liens migratoires franco-marocains et les limites imposées par des politiques de sélection de plus en plus concurrentielles et différenciées. <br />   <br />  <strong>Une forte demande européenne en mobilité étudiante et scientifique</strong> <br />   <br />  Sur un autre registre, les récentes statistiques récentes d’Eurostat montrent que les Marocains représentent 5% de l’ensemble des autorisations européennes pour études et recherche, soit 23.000 titres de séjour. Ils se classent parmi les trois premières nationalités, aux côtés des Indiens et des Chinois. Cette position révèle plusieurs éléments, à savoir une ancienneté et une densité des circulations académiques entre le Maroc et l’Europe, notamment avec la France, l’Espagne et l’Allemagne ; une orientation structurelle de la mobilité marocaine vers la formation, perçue comme un levier de promotion sociale et professionnelle et une sélectivité sociale croissante de ces mobilités, compte tenu des coûts, des exigences linguistiques et des critères administratifs imposés par les Etats européens. <br />   <br />  Ces chiffres confirment que la mobilité marocaine n’est pas uniquement migratoire au sens classique, mais s’inscrit pleinement dans des logiques de circulation des compétences et des savoirs. <br />   <br />  <strong>Une hiérarchisation implicite des nationalités «désirées»</strong> <br />   <br />  Le classement des nationalités — Indiens (11%), Chinois, Marocains, Américains — met en lumière une stratification implicite des profils jugés attractifs par les politiques européennes. Les ressortissants asiatiques sont largement associés aux filières STEM (Science, Technology, Engineering, Mathematics) et à la recherche scientifique, tandis que les Marocains occupent une position intermédiaire, à la fois proches géographiquement, culturellement et institutionnellement. <br />   <br />  Cette hiérarchisation reflète une approche utilitariste de la migration, où la valeur du migrant est évaluée en fonction de son potentiel académique et économique plutôt que sur une logique de droits. <br />   <br />  <strong>Les Marocains, piliers du travail saisonnier européen</strong> <br />   <br />  Le second indicateur est particulièrement révélateur : avec plus de 76.000 titres de séjour pour travail saisonnier, les Marocains représentent 28% du total européen, se positionnant largement en tête devant le Bangladesh, l’Inde ou la Tunisie. <br />   <br />  Ce chiffre souligne la dépendance structurelle de plusieurs économies européennes (agriculture, agroalimentaire, tourisme) à la main-d’œuvre marocaine; l’institutionnalisation de la migration temporaire comme mode de gestion des pénuries de main-d’œuvre et une asymétrie forte : les Marocains sont massivement présents dans les segments les plus précaires du marché du travail, caractérisés par la temporalité, la faible protection sociale et une mobilité contrainte. <br />  &nbsp; <br />  <strong>Une segmentation nette des mobilités marocaines</strong> <br />   <br />  Pris ensemble, ces chiffres montrent une double insertion du Maroc dans l’espace migratoire européen. En amont, comme pourvoyeur de mobilités qualifiées et étudiantes, intégrées dans des trajectoires de long terme; en aval, comme principal fournisseur de travailleurs saisonniers, indispensables mais juridiquement et socialement vulnérables. <br />  Cette segmentation reflète une gestion différenciée des mobilités, où l’ouverture est conditionnelle et strictement calibrée selon les besoins économiques européens. <br />   <br />  <strong>Ce que révèlent ces chiffres sur les politiques européennes</strong> <br />   <br />  Ces données confirment que l’Union européenne facilite les mobilités utiles (études, recherche, travail saisonnier), tout en restreignant fortement les autres formes de migration, notamment familiale ou humanitaire. <br />  Le Maroc apparaît ainsi comme un partenaire stratégique mais subordonné, à la fois réservoir de compétences, main-d’œuvre flexible et acteur clé du contrôle migratoire. <br />   <br />  <strong>Enjeux pour le Maroc</strong> <br />   <br />  Pour le Maroc, ces chiffres posent plusieurs enjeux majeurs. D’abord, la fuite ou la circulation des compétences : la capacité à transformer ces mobilités étudiantes en retours qualifiés ou en diasporas stratégiques. Ensuite, la protection des travailleurs saisonniers : conditions de travail, droits sociaux, continuité des parcours et enfin, la souveraineté migratoire ou la capacité à négocier des accords plus équilibrés, incluant mobilité légale, reconnaissance des diplômes et droits sociaux. <br />   <br />  Mohammed Chaoui, spécialiste en politiques publiques, estime, de son côté, qu’il faut dépasser une lecture essentiellement « vue d’Europe » des chiffres migratoires et restituer au Maroc sa capacité d’action, souvent sous-estimée dans les analyses. «&nbsp;Intégrer le point de vue institutionnel marocain suppose de replacer ces données dans le cadre des politiques nationales de migration. Depuis l’adoption de la Stratégie nationale d’immigration et d’asile (SNIA) en 2014, le Maroc ne se positionne plus uniquement comme pays d’émigration ou de transit, mais comme acteur hybride, à la fois pays d’origine, d’accueil et de coopération. <br />   <br />  Cette reconfiguration influe directement sur la manière dont les autorités marocaines perçoivent les mobilités étudiantes, saisonnières ou qualifiées vers l’Europe : non plus comme des flux subis, mais comme des ressources à gérer, parfois à valoriser, parfois à contenir&nbsp;», analyse-t-il. <br />   <br />  Selon notre interlocuteur, «une lecture enrichie gagnerait à analyser les stratégies de négociation du Maroc avec l’Union européenne et les Etats membres, en particulier la France&nbsp;». «&nbsp;Le Maroc n’est pas un simple récepteur de politiques européennes : il négocie, conditionne, résiste parfois, et instrumentalise aussi sa position géographique et politique. Les accords sur la mobilité étudiante, le travail saisonnier ou la gestion des frontières s’inscrivent dans des rapports de force asymétriques, mais réels, où le Maroc dispose de leviers : coopération sécuritaire, stabilité régionale, rôle diplomatique africain, gestion des flux subsahariens. Intégrer cette dimension permettrait de comprendre pourquoi certaines catégories de mobilité sont favorisées (étudiants, saisonniers) tandis que d’autres restent fortement verrouillées&nbsp;», souligne-t-il. Et de poursuivre&nbsp;: «&nbsp;Par ailleurs, prendre au sérieux les capacités d’action de l’Etat marocain implique d’interroger ses marges de manœuvre internes : dispositifs de formation, reconnaissance des diplômes, politiques d’accompagnement de la diaspora, protection consulaire des travailleurs saisonniers, ou encore incitations au retour. L’absence ou la faiblesse de certaines politiques explique aussi pourquoi les mobilités marocaines s’insèrent souvent dans des segments précaires ou temporaires du marché du travail européen, malgré un niveau de qualification parfois élevé&nbsp;». <br />   <br />  Mohammed Chaoui estime que la vraie question est de savoir&nbsp;ce que veut réellement le Maroc de ces mobilités. «&nbsp;S’agit-il d’un exutoire au chômage, d’un levier de montée en compétences, d’une source de transferts financiers, ou d’un outil diplomatique? L’ambivalence observée dans les chiffres européens reflète aussi une ambivalence stratégique côté marocain, oscillant entre gestion des départs, sécurisation des frontières et valorisation internationale du «modèle marocain» de gouvernance migratoire», indique-t-il. <br />  Et d’ajouter&nbsp;: «Ainsi, enrichir l’analyse par cette perspective ne consiste pas seulement à ajouter un acteur manquant, mais à rééquilibrer le récit, en passant d’une lecture technocratique des flux à une compréhension politique des choix, des contraintes et des stratégies du Maroc dans l’espace migratoire euro-méditerranéen&nbsp;». <br />   <br />  <strong>Une</strong> <strong>relation migratoire dense, structurée mais profondément asymétrique </strong> <br />   <br />  Les données françaises et européennes sur la délivrance des visas et des titres de séjour en 2024-2025 révèlent une relation migratoire dense, structurée mais profondément asymétrique entre le Maroc et l’Europe, en particulier la France. Le Maroc figure parmi les premières nationalités bénéficiaires de visas de court séjour et occupe une position centrale dans les visas de long séjour, traduisant des trajectoires migratoires durables, fondées principalement sur les études et l’accès au marché du travail. <br />   <br />  Les statistiques confirment le rôle du Maroc comme pourvoyeur de capital humain, notamment à travers une forte mobilité étudiante et scientifique, tout en soulignant un positionnement plus fragile dans les segments les plus valorisés de la migration qualifiée, comme les visas «Talent». Parallèlement, les Marocains apparaissent comme les principaux bénéficiaires des titres de séjour pour travail saisonnier en Europe, illustrant la dépendance structurelle de plusieurs économies européennes à une main-d’œuvre marocaine flexible mais juridiquement et socialement vulnérable. <br />   <br />  Pris dans leur ensemble, ces chiffres mettent en évidence une segmentation nette des mobilités marocaines : d’un côté, des mobilités qualifiées intégrées et institutionnalisées ; de l’autre, une migration de travail temporaire marquée par la précarité. Ils révèlent une approche européenne utilitariste de la migration, fondée sur l’ouverture sélective des frontières selon les besoins économiques, au détriment d’une logique de droits. <br />   <br />  Pour le Maroc, ces dynamiques posent des enjeux majeurs en matière de circulation des compétences, de protection des travailleurs migrants et de souveraineté migratoire, appelant à repenser les termes d’un partenariat migratoire plus équilibré avec l’Union européenne. <br />   <br />  <strong>Hassan Bentaleb</strong>
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