Dans les virages nord et sud des stades du Royaume, les tifos et fresques déployés ont abordé des thématiques variées, notamment l’hommage aux fondateurs des clubs et aux grandes figures de leur histoire. Une démarche qui témoigne d’une prise de conscience croissante de l’importance de la mémoire dans la construction de l’identité footballistique nationale.
Dans ce sens, le tifo réalisé par les Ultras Imazighen, groupe de supporters du Hassania d’Agadir, lors du match face au Raja de Casablanca comptant pour la 14e journée, fin février, a particulièrement retenu l’attention. A travers une imposante fresque centrale, le groupe a ravivé la mémoire de la ville d’Agadir et sa renaissance après la catastrophe de 1960.
L’œuvre mettait en scène deux portraits finement dessinés du père spirituel du club, Houcine Bijouane, et de Mohamed Boufous, accompagnés d’une fiche de présentation de Mohand Naït Taleb. Ces figures comptent parmi les pionniers ayant contribué à jeter les bases du club avant d’être emportés par la tragédie du séisme de 1960.
La dimension symbolique de ce tifo s’est également manifestée dans le choix de la 66e minute pour son déploiement, en référence au 66e anniversaire du séisme d’Agadir. Un rappel poignant du moment où la ville, plongée dans la quiétude des nuits ramadanesques, fut brutalement frappée par la catastrophe.
Ainsi, au stade Adrar, mémoire collective et fidélité des supporters se sont entremêlées dans une scène forte, reliant la résilience de la ville à la naissance du club et confirmant que les tribunes sont devenues un espace de transmission de l’histoire des villes marocaines.
Cette démarche mémorielle ne se limite pas aux supporters du club soussi. Elle s’inscrit également dans la tradition d’un autre groupe emblématique, les Ultras Winners, fidèles supporters du Wydad de Casablanca, qui rendent régulièrement hommage, à travers leurs tifos, aux figures fondatrices et aux grandes personnalités ayant marqué l’histoire du club.
Parmi elles figurent notamment les défunts Haj Mohamed Benjelloun Touimi, Mohamed Benhassen El Afani, surnommé "Père Jégo", et Haj Abderrazak Mekouar.
Les supporters du WAC n’ont pas manqué non plus d’honorer des légendes de la "forteresse rouge", à l’image de Mohamed Chtouki, l’une des figures emblématiques du club. A travers ces créations artistiques, les groupes de supporters affirment que la mémoire demeure le véritable moteur de la continuité et du rayonnement.
Cette "culture de la reconnaissance" rappelle le magnifique tifo réalisé par le groupe Ultra Askari, la faction de supporters du club de football de l'AS FAR, lors de l’un des matchs du championnat national.
Les tribunes du Stade Prince Moulay Abdellah avaient alors été décorées d’un grand tifo rendant hommage à la légende Mohamed Timoumi, qui traversait à ce moment-là un problème de santé.
Le groupe Ultra Askari avait conçu ce tifo sous le titre : "Une légende qui a joué la mélodie de la gloire et du sacrifice", tout en souhaitant en même temps un prompt rétablissement à la « perle noire » du football marocain.
Cette culture de la fidélité propre aux ultras s’étend également au-delà des stades. Elle se manifeste à travers des fresques murales qui embellissent les quartiers des villes, des chants passionnés immortalisant les exploits des pionniers, ainsi que des campagnes numériques visant à faire découvrir aux nouvelles générations le parcours de ces figures historiques.
Par Mohamed Al-Amine Ikhibi










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