Kamilia Essamhi Saidi, une architecte marocaine engagée pour un avenir durable au confluent des deux rives


Ahmed Abdelouahab Reddam
Lundi 9 Mars 2026

Kamilia Essamhi Saidi, une architecte marocaine engagée pour un avenir durable au confluent des deux rives
Incarnant dépassement de soi et rayonnement académique, l’architecte Kamilia Essamhi Saidi s’impose comme une figure de proue de l’ingénierie durable au confluent des deux rives de la Méditerranée.

Son parcours au sein de la société espagnole illustre bien plus qu’une réussite personnelle : il témoigne du rôle croissant et de l’influence des compétences marocaines au-delà des frontières du Royaume.

Originaire d’El Aioun Sidi Mellouk, dans la province de Taourirt, Mme Essamhi Saidi incarne une alliance harmonieuse entre enracinement identitaire et engagement dans la recherche et l’innovation scientifique. Engagée dans des travaux de pointe sur les biomatériaux, elle poursuit un parcours où la rigueur académique se conjugue avec un profond attachement à ses valeurs et à ses racines.

Installée en Espagne depuis 1998, à l’âge de 18 ans, celle qui a fait de la région de Murcie sa terre d’adoption n’a jamais considéré son départ du Maroc comme une rupture, mais comme la continuité d’une ambition. Vingt-six ans plus tard, elle s’impose comme une spécialiste engagée de l’ingénierie durable, incarnant une marocanité ouverte, résiliente et pleinement ancrée dans la modernité.

Pour Mme Essamhi Saidi, le savoir constitue avant tout un impératif éthique.
Animée par une profonde conviction dans la valeur de la connaissance, elle a gravi avec détermination les étapes de l’enseignement supérieur. Diplômée en architecture, elle a enrichi son parcours par plusieurs spécialisations – prévention des risques, technologie de l’édification et méthodologie BIM – avant d’entamer une thèse de doctorat à l’Université polytechnique de Carthagène.

Au sein du groupe de recherche CTAC, elle mène aujourd’hui des travaux novateurs sur le mycélium, un matériau issu du système végétatif des champignons.
Son projet vise à développer des bio-composants biodégradables à partir de résidus agricoles, ouvrant la voie à une nouvelle génération de matériaux écologiques pour le secteur du bâtiment.

A­­ la croisée de la biotechnologie et de l’architecture, cette approche ambitionne de proposer des alternatives durables aux matériaux polluants, en réponse aux défis environnementaux contemporains.
Fière de ses origines, Mme Essamhi Saidi revendique une double appartenance vécue dans l’harmonie. « L’identité ne s’affaiblit pas lorsqu’elle se partage, elle se fortifie. Je n’ai pas eu à renoncer à une culture pour embrasser l’autre », confie-t-elle à la MAP.

Cette fidélité se reflète dans son quotidien, où les traditions marocaines – du couscous du vendredi aux valeurs de solidarité familiale – continuent de rythmer la vie du foyer. Pour elle, l’intégration ne signifie pas l’effacement, mais une contribution active à la société d’accueil.
Son engagement dépasse par ailleurs le cadre scientifique. Son projet de fin d’études, consacré à la conception d’un centre culturel associant une mosquée et une ludothèque, traduit sa volonté de mettre l’architecture au service du vivre-ensemble et de la cohésion sociale.

Etablie depuis plus de vingt ans dans le quartier murcien de Los Rosales, elle s’attache également à inspirer les jeunes issus de la diaspora, convaincue que la connaissance demeure le meilleur levier contre la précarité et l’exclusion.

Au sein de sa famille, cette culture de la transmission se perpétue naturellement. Ses quatre filles poursuivent chacune un parcours académique exigeant – de l’ingénierie agronomique à la médecine, en passant par l’optique et la technologie – prolongeant ainsi une vision fondée sur le savoir et la contribution à la société.

En cette journée du 8 mars dédiée aux femmes, le parcours de Kamilia Essamhi Saidi illustre le rôle d’ambassadrice d’exception que joue la femme marocaine du monde : une scientifique tournée vers l’innovation et la préservation de la planète, tout en demeurant profondément attachée à son héritage culturel.

Par Ahmed Abdelouahab Reddam
 
 


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