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Wir sind Berliner ! Les sangliers s'incrustent dans la capitale




Ils provoquent des accidents de la route, ravagent les jardins, rôdent dans certains quartiers à la nuit tombée: jamais les sangliers n'ont pris autant leurs aises à Berlin, et ils sont là pour rester.
"Beaucoup de gens me disent: partout où je vais, je vois des sangliers", raconte Derk Ehlert, porte-parole de la municipalité de Berlin et grand spécialiste de la faune sauvage.
Pourtant, rien n'indique que leur nombre - conséquent - ait fortement augmenté ces dernières années: il est estimé autour de 3.000, avec des pics allant jusqu'à 8.000, selon lui. Il n'existe pas de pointage précis.
En revanche, leur comportement a "énormément évolué", dit-il. "Ils ne sont plus aussi craintifs, on les voit même parfois pendant la journée", alors qu'ils préfèrent d'ordinaire les sorties nocturnes, "ils s'approchent des humains, se montrent dans les parcs".
Berlin, baptisée par les médias locaux "capitale des sangliers", a toujours été un havre pour toutes sortes d'animaux sauvages. Renards, environ 1.400 en ville dont certains se baladent jusque dans les jardins de la chancellerie, fouines, connues pour mâchouiller les câbles des moteurs de voitures et ratons laveurs, pilleurs de poubelles, y pullulent aussi.
Les forêts couvrent 20% du territoire de la capitale allemande, dont la superficie est huit fois plus importante que celle de Paris et recèle nombre de lacs. Et l'accès à la métropole berlinoise est simple pour la faune, grâce aux nombreux axes verts installés au 19e siècle pour aérer la cité en pleine révolution industrielle.
Berlin est aussi une source de nourriture facile pour les animaux, grâce à ses nombreux jardins ouvriers.
Une monoculture de maïs - dont les sangliers raffolent - en périphérie, et peu de chasse - elle n'a commencé qu'en 1992 dans la foulée de la réunification - contribuent à la prolifération des sangliers, encouragée aussi par l'absence de prédateur naturel.
Enfin, les hivers plus doux ces dernières années causent moins de mortalité chez les marcassins.
Du coup, les faits divers impliquant ces animaux deviennent de plus en plus fréquents: ici un accident de la route; là un chien, ou plus rarement un humain, attaqué; ailleurs un train à grande vitesse immobilisé après une collision avec une horde en banlieue.
S'ajoutent les multiples plaintes des particuliers, qui enragent de voir leur jardin saccagé ou se sentent menacés.
"On reçoit des appels tous les jours", explique Katrin Koch, responsable d'une cellule d'informations à l'association environnementale NABU.
"C'est juste un sentiment désagréable, cette peur latente quand un sanglier est dans les parages. On se fait tout un cinéma, on pense tout de suite sanglier égale danger", dit-elle. "Nous, on essaie d'expliquer aux gens qu'il faut rester calme."
Willi Aigner n'avait rien à leur reprocher jusqu'à ce jour de la fin août où il promenait comme d'habitude son chien dans la forêt de Tegel, au nord-ouest de Berlin.
"Le sanglier était caché dans les fourrés. Nous étions déjà passés devant quand tout à coup, il s'est élancé", affirme le retraité de 73 ans.
D'abord sur le chien, qu'il a "éventré avec sa défense", puis un peu plus tard "c'était mon tour", raconte-t-il. Il montre une photo de sa plaie recousue, une profonde entaille dans la cuisse.
En fuite après son forfait, le spécimen de 120 kg sera finalement abattu par des "chasseurs de ville", seuls habilités à intervenir sur le territoire de la cité.
Le senior et son chien doivent leur salut à un passant qui a rapidement prévenu les secours.
Un comportement plutôt rare pour ces animaux généralement pacifiques, mais les sangliers peuvent toutefois se montrer agressifs quand la laie sent ses petits menacés ou quand ils sont blessés.
Deux personnes ont ainsi été attaquées il y a quelques années sur la très touristique Alexander Platz, au coeur de Berlin, par deux sangliers vraisemblablement heurtés auparavant par une voiture, explique Derk Ehlert.
"Il faut se souvenir qu'il s'agit d'animaux sauvages et les traiter avec respect", recommande Milena Stillfried, de l'Institut Leibniz de recherche zoologique et animale de Berlin.
Auteure d'une récente étude sur leur comportement en ville, la chercheuse de 33 ans les connaît bien, et même de l'intérieur, pour avoir disséqué des centaines d'estomacs prélevés sur des dépouilles.

Samedi 23 Décembre 2017

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