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Recherche buteurs désespérément




Le poste d'avant-centre de l'équipe
nationale suscite, au mieux,
des interrogations et, au pire, des
inquiétudes. Alors que la relève tarde
à se dessiner, le record de buts paraît
de plus en plus inaccessible
.

Un jour, le poste d'avant centre de l'équipe nationale sera un sujet d'étude, son évolution, une curiosité historique. Il faudra expliquer aux générations futures comment aucun contemporain du ballon d'or africain 1975, Ahmad Faras, n'a pu effacer son record de buts en équipe nationale (42 buts en 77 sélections). S'ils s'intéressent un peu au jeu, il faudra aussi leur parler de Salaheddine Bassir, ce drôle de bonhomme qui a commencé sa carrière en enflammant les défenses pour l’achever en accumulant les buts (27 buts en 59 sélections). Mais aussi Abdeljalil Hadda, alias Camacho, ce longiligne attaquant, réputé pour son terrible jeu de tête et ses qualités athlétiques hors normes. Il s'est ouvert des voies dans toutes les défenses nationales et internationales. Une obsession du but qui lui a permis l'accès au panthéon du podium des buteurs en équipe nationale.
Il faut bien comprendre quelque chose. De la même manière que c'est toujours le batteur qui fait la qualité d'un groupe de rock, c'est toujours l'avant-centre qui fait une grande équipe. Buteur des grands soirs et marqueur d'une époque, Ahmed Faras était présent dans l'imaginaire, parce que le football de ces années-là était porté par le récit épique bien avant d'être révélé par l'image. Il était un peu tôt, encore, pour qu'il entre dans le salon, les débuts balbutiants de la télévision ne le permettaient pas. Il a fallu attendre les années 1990, pour que le petit écran se fasse une place dans les foyers marocains et qu'un avant-centre capable d'incarner la relève, s'en fasse une dans le cœur du public. Salaheddine Bassir était un phare au cœur de plus de vingt années de ténèbres. Cette lueur, synonyme d'espoir pour se hisser à la hauteur du record d'Ahmed Faras, a été entretenue jusqu'au début du nouveau millénaire par Camacho. Mais elle s'est éteinte, par manque de constance dans le temps.
Depuis, ce n'est plus un gouffre, mais un fossé qui sépare le meilleur buteur en activité de ce record. Il faut invoquer le souvenir de huit joueurs, du haut de leur 385 sélections, à travers deux décennies, pour atteindre la somme des buts inscrits par l’ensemble des buteurs de l’EN (88 en 184 sélections). Mais le bonus suprême ne tiendrait-il pas dans la transmission du feu sacré, celui qui vous fait refuser absolument l'inéluctable évidence ? Longtemps Marouane Chamakh (18 buts en 64 sélections), petite flamme entretenue au fond de nos cœurs impatients, n'a représenté qu'un horizon lointain dans lequel se sont dressés, peu à peu, les vertiges d'une carrière mal maîtrisée qui lui a coûté son rond de serviette en équipe nationale depuis plus de trois ans.
Le championnat national et ses acteurs ne sont pas exempts de tout reproche. Dans une manière de rappeler que le produit local n'a pas d'égal. Les trois recordmans de but en sélection ont tous régné un jour ou l'autre sur leur époque et championnat dominical. Mais cela ne suffit plus, la Botola est à un niveau trop bas aux yeux des sélectionneurs qui se sont succédé aux commandes. Abderazak Hamdallah, en est le parfait exemple. Auteur d'une saison de haute volée 2012-2013, ponctuée par 15 réalisations, il n'a porté les couleurs du pays qu'à 16 reprises pour sept buts, et n'est plus réapparu depuis le 12 octobre 2015.
La récente ère d'Hervé Renard confirme qu'il est plus facile de défendre que d'attaquer. En façonnant une défense en socle d'airain (0,49 but encaissé par match), il n'a fait que mettre le doigt sur le mal qui ronge l'équipe nationale depuis des lustres. Les 22 buts marqués par son équipe en 17 matchs joués relèvent plus de la tromperie que de la flatterie. Abstraction faite du carton enregistré face à une faible équipe du Canada (4-0), il ne reste plus qu'une flopée d'avant-centres qui se sont succédé à la pointe de l'attaque, sans vraiment s'y installer. Le dernier venu se nomme Walid Azarou. Un attaquant de poche, stakhanoviste, alliant vélocité et rapidité, avaleur de profondeur et doté d'un sens inné du but. Alors qu'il s'est envolé vers les cieux pharaoniens d'Al Ahli, après avoir porté toute la saison le DHJ (12 buts et 5 passes décisives), sa paire de sélection en équipe nationale est une option crédible dans la quête d'une aube sans nuances après des décennies d'obscurité.
Toutes ces réserves ne peuvent pas être un détail ; elles accompagnent les Marocains depuis trop longtemps pour les quitter. A y regarder de près, tout cela fait beaucoup trop pour un hasard, largement assez pour une culture, mais puisque chaque génération doit vivre ses propres expériences, il faut laisser Walid Azarou et ses coéquipiers partir à l'assaut de l’histoire et tenter d'atteindre les hauteurs des vestiges de leur gloire passée.

Chady Chaabi (Stagiaire)
Jeudi 15 Juin 2017

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