Face au Cameroun, les Lions de l’Atlas ont rugi de plus belle
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Depuis le début du tournoi, les Lions de l’Atlas avançaient sous une pression constante. Le jeu proposé était scruté, parfois contesté, souvent jugé trop pragmatique par un public marocain exigeant, nourri par l’épopée mondiale de 2022 et par l’espoir d’un sacre continental à domicile. Face au Cameroun, ce poids semblait immense. Il s’est pourtant transformé en énergie pure. Dès les premières minutes, le Maroc a pris le match à son compte avec une intensité rarement vue depuis le coup d’envoi de cette CAN. L’entame, si souvent hésitante lors des rencontres précédentes, a cette fois été tranchante, précise et implacable.
Le plan de Walid Regragui a frappé par sa justesse. Fidèle à ses principes, le sélectionneur a maintenu sa confiance dans le même onze, convaincu que la cohérence finirait par payer. Elle a payé au-delà des espérances. Le pressing marocain a étouffé le Cameroun dès la relance, transformant chaque tentative de construction adverse en une lutte vaine. Les hommes de David Pagou, pourtant réputés pour leur densité physique et leur capacité à résister dans l’impact, ont été privés d’air. Ils ont passé une première période enfermés dans leur moitié de terrain, incapables de se projeter, incapables même d’exister offensivement.
Cette domination ne relevait pas seulement de l’engagement. Elle était structurée, collective et bien pensée. Le milieu de terrain marocain a livré une prestation de très haut niveau, mélange rare d’intelligence tactique, de qualité technique et de discipline défensive. Au cœur de ce dispositif, Neil El Aynaoui a plané sur la rencontre avec une autorité tranquille. Toujours bien placé, toujours juste dans ses sorties, il a coupé les lignes de passe, gagné des duels et orienté le jeu avec une sérénité impressionnante. À ses côtés, Bilal El Khannouss et Ismael Saibari ont surpris par leur capacité à répondre au combat, à lire les situations et à compenser le moindre espace laissé libre. Cet entrejeu marocain, que l’on disait davantage porté vers la création que vers la destruction, s’est mué en véritable mur infranchissable.
Sur les côtés, la solidarité a été totale. Achraf Hakimi a encore démontré qu’il n’est pas seulement un latéral de projection, mais un leader dans l’âme, capable d’imposer le tempo et de faire reculer un bloc par sa seule présence dans la moitié de terrain adverse. Sur le plan défensif, ses replis ont été constants et ses couvertures impeccables, transformant chaque tentative camerounaise en une impasse. À ce tableau collectif maîtrisé, Noussair Mazraoui a apporté sa touche d’assurance et de constance. Moins exposé médiatiquement que son pendant du couloir droit, il n’en a pas moins livré un match d’une grande solidité, fait de justesse et de discipline. Toujours bien placé, rarement pris à défaut, le latéral mancunien a parfaitement géré son côté, fermant les espaces et apportant son soutien dans les phases de pression collective.
La charnière centrale, souvent pointée du doigt lors des matchs précédents, a, elle aussi, affiché une solidité digne des plus grandes soirées internationales, rappelant par moments le standard défensif du Mondial 2022.
La domination marocaine a logiquement fini par se traduire au tableau d’affichage. Sur un corner travaillé, symbole d’une préparation minutieuse, Hakimi dépose le ballon sur la tête d’Ayoub El Kaabi. L’attaquant fait parler son sens du placement et sa supériorité aérienne avant que Brahim Diaz, opportuniste et clinique, ne surgisse pour pousser le ballon au fond des filets. Ce but sur coup de pied arrêté est loin d’être un hasard. Il est le fruit d’une pression constante qui a obligé les joueurs camerounais a multiplié les fautes, accumulant les corners en faveur du Maroc, les coups francs dangereux et les sauve-qui-peut en défense.
Brahim Diaz, encore lui. Le nom résonne désormais comme une évidence dans cette CAN marocaine. En marquant face au Cameroun, le joueur du Real Madrid a signé un exploit inédit dans l’histoire de cette compétition. Jamais, en 67 ans de Coupe d’Afrique des Nations, un joueur n’avait réussi à marquer lors de ses cinq premières apparitions en phase finale. Depuis plus d’un demi-siècle, personne n’avait non plus trouvé le chemin des filets lors des cinq premières rencontres d’une même édition. Il devient, en plus, le deuxième joueur à marquer contre cinq nations différentes au cours d’un même tournoi, après l’Égyptien Gedo en 2010. Mais au-delà des chiffres, impressionnants et historiques, c’est le timing de ses buts qui frappe le plus. Diaz marque quand le Maroc en a besoin, quand le match est encore fermé et quand la tension est maximale. Il débloque, il libère et guide ses coéquipiers.
Mais réduire cette victoire à l’influence de Brahim seulement serait injuste. Si les Lions de l’Atlas ont impressionné face au Cameroun, c’est surtout grâce à leur force collective. Contrairement aux matchs précédents, où l’équipe semblait parfois dépendre de ses individualités offensives, ce quart de finale a montré un groupe capable de contrôler toutes les phases du jeu. La pression haute, la gestion des temps faibles, le jeu placé, les coups de pied arrêtés, tout a fonctionné avec fluidité.
La seconde période, plus équilibrée en apparence, n’a jamais réellement échappé au contrôle marocain. Le Cameroun, malgré quelques ajustements, n’a pas trouvé la solution. Les statistiques brutes pourraient laisser croire à plusieurs tentatives adverses, mais l’analyse fine révèle une réalité bien différente. Les rares situations camerounaises relevaient davantage de centres lointains ou de ballons déviés que de véritables occasions construites. La défense marocaine, concentrée et disciplinée, a géré ces moments sans jamais paniquer.
C’est dans ce contexte que le Maroc a porté l’estocade finale. Une nouvelle fois sur coup de pied arrêté, preuve d’une efficacité redoutable dans cet exercice, Ismael Saibari a pris ses responsabilités. Longtemps critiqué pour son manque d’impact depuis le début du tournoi, le milieu offensif du PSV Eindhoven a livré face au Cameroun son match référence. Travailleur dans le repli, intelligent dans ses déplacements et juste dans l’utilisation du ballon, il a couronné sa prestation par une frappe croisée puissante, libérant définitivement les supporters marocains. Une performance pleine, aboutie, saluée logiquement par le trophée d’homme du match, récompense symbolique mais méritée pour un joueur qui a su répondre présent quand l’exigence était maximale.
Autour de cette performance sportive, le contexte n’a pas manqué de tensions. Les contestations camerounaises autour de l’arbitrage ont accompagné la rencontre, parfois de manière excessive. Cette posture de victimisation permanente, nourrie par des protestations répétées, a rapidement pris le pas sur la lucidité sportive des joueurs camerounais. Car à y regarder de près, et l’analyse vidéo le confirme sans détour, l’arbitre n’a favorisé aucune des deux équipes, il a simplement laissé jouer dans un match engagé. Certaines situations litigieuses auraient même pu tourner à l’avantage des Lions de l’Atlas, notamment sur des contacts dans la surface camerounaise, une semelle appuyée sur Ezzalzouli ou encore une sortie dangereuse du gardien Epassy sur Saibari. À l’inverse, un contact marocain sur Bryan Mbeumo aurait pu être sanctionné sans provoquer l’indignation. En réalité, si l’on devait comptabiliser les décisions contestables, l’équilibre pencherait plutôt vers un arbitrage globalement cohérent, parfois permissif, mais loin du scénario de persécution brandi par les Camerounais.
En tout cas, s’attarder sur ces polémiques serait passer à côté de l’essentiel. Quand une équipe domine à ce point, quand elle asphyxie son adversaire, l’empêche de construire et même d’exister dans le jeu, le débat arbitral devient secondaire. Le football a parlé, clairement et sans ambiguïté.
Pour Walid Regragui, cette victoire a un goût particulier. Cible de critiques depuis le début de la compétition, il a vu son équipe répondre sur le terrain, avec caractère et personnalité. Ses mots après la rencontre, évoquant le soulagement ressenti à chaque victoire tant la pression est immense, résonnent avec ce que vivent les supporters. Longtemps sceptiques, parfois inquiets, ils ont retrouvé ce soir-là une équipe capable de les faire rêver. Le lien entre les Lions de l’Atlas et leur public s’est renforcé, nourri par une prestation qui rassure autant qu’elle inspire.
Le Maroc s’avance désormais vers les demi-finales avec une confiance renouvelée. Pour la première fois depuis 2004, il figure dans le dernier carré de la CAN et jamais il n’a semblé aussi armé pour aller jusqu’au bout. Cette équipe possède une identité claire, une profondeur de banc intéressante et un leader offensif en état de grâce. Elle a surtout montré qu’elle pouvait hausser son niveau dans les grands rendez-vous, là où tout se joue.
L’objectif est désormais assumé, presque revendiqué. Soulever la deuxième Coupe d’Afrique de son histoire le 18 janvier n’est plus un rêve lointain, mais une ambition crédible. Le chemin reste exigeant, les adversaires seront redoutables, mais ce quart de finale face au Cameroun a envoyé un message fort. Le Maroc est prêt. Prêt à souffrir, prêt à dominer, prêt à écrire une nouvelle page de son histoire. Et tout un peuple se tient désormais derrière son équipe, convaincu que cette CAN peut parfaitement être celle de la consécration.
Mehdi Ouassat











