Autres articles
-
A la rescousse des Marocains bloqués en Iran
-
Les députés de l'USFP de la région de Casablanca-Settat dominent l'activité de contrôle parlementaire
-
Les réalisateurs de courts métrages nommés aux Oscars constatent une ouverture de l'industrie
-
L'opération de recensement relative au service militaire, du 2 mars au 30 avril
De l’Indépendance à nos jours, en passant par « la marocanisation », le plan d’ajustement structurel et la campagne d’assainissement, les rapports entre la classe entrepreneuriale dite « bourgeoisie » et le pouvoir ont été fructifiés au fur et à mesure de l’évolution économique du Royaume et des besoins de l’Etat d’un secteur privé. La réforme constitutionnelle et l’exigence de l’édification de l’Etat de droit, nous imposent plus que jamais de disposer d’une classe d’entrepreneurs citoyens, totalement inscrits dans le processus de démocratisation du pays et notamment dans son volet économique. Il faut dire tout d’abord que le Maroc n’a connu vraiment l’apparition d’une classe entrepreneuriale qu’après l’avènement de l’Indépendance, qui a révélé le grand besoin de constituer une classe d’hommes d’affaires qui pourraient prendre la relève de leurs homologues français. La naissance donc de cette classe d’entrepreneurs est en premier lieu le résultat de conditions politiques ayant favorisé le transfert du pouvoir économique détenu auparavant par les Français aux nationaux. Un constat qui sera renforcé par l’opération de « marocanisation » amorcée en 1973 dans le cadre d'un plan économique intégré, et qui visait la récupération des industries, commerces et terres agricoles par les nationaux, avec une limitation de la participation des étrangers au capital des sociétés marocaines. Une classe d’entrepreneurs a donc vu le jour dans le Maroc moderne, non pas suite à une dynamique économique ou sociale, mais plutôt « grâce » à une politique publique de l’Etat post-Protectorat visant à assurer le contrôle total de l’activité économique soit directement, à travers les structures publiques, ou indirectement via les « nouveaux entrepreneurs » marocains.
Cette affinité entre pouvoir politique et « bourgeoisie » n’est pas étrangère à cette dernière au regard de son histoire un peu lointaine. Il faut dire dans ce sens que ce qu’on qualifie actuellement de «bourgeoisie», est en vérité une «bourgeoisie opprimée» qui porte, surtout dans sa grande composante d’origine andalou-fassie, les séquelles de la Reconquista espagnole. Cela a fait de l’alliance avec le pouvoir politique en place une priorité pour les générations qui vont suivre, dans le seul et unique but : préserver les intérêts économiques et entretenir l’accumulation du patrimoine familial loin de tout projet économique, politique ou social. Cela dit, et en raison de l’histoire, de la formation et du développement de cette classe d’entrepreneurs, ses activités tournaient autour de la spéculation immobilière, des activités rentières, éventuellement quelques industries de transformation et portaient rarement sur des secteurs productifs, créateurs de valeur et de richesse. Cet état de fait soulève un problème conceptuel et une question de pertinence du concept de « bourgeoisie » et de son applicabilité à notre élite économique post-coloniale. Une bourgeoisie est par essence une classe sociale porteuse de projet politique, économique et idéologique…peut-on donc parler de bourgeoisie, et encore de bourgeoisie citoyenne dans le cas marocain ? A partir des éléments historiques, politiques et économiques cités plus haut, on dirait qu’on est plutôt en présence d’un groupe de personnes qui ont accumulé des richesses pendant et après le Protectorat et qui n’ont jamais été guidées par une vision nationale ou un projet de société permettant un développement économique et social et une démocratisation des institutions. Au contraire, on a assisté tout au long des années d’Indépendance au développement d’une « bourgeoisie » liée au pouvoir et aux intérêts étrangers, et dépourvue de tout sens national et incapable de proposer un projet, une vision…
Partant de là, l’exigence de réforme politique qu’impose la nouvelle Constitution, implique dans son sillage une réforme d’ordre économique qui ne peut aboutir que si notre « bourgeoisie » devient citoyenne et par voie de conséquence s’engage dans ce grand projet national de l’édification d’un Etat de droit. La « bourgeoisie » marocaine devrait faire des valeurs de patriotisme, de citoyenneté, de respect du droit et des institutions, de la prise de risque et de refus des situations de rente, ses valeurs d’avenir. La citoyenneté de la bourgeoisie devrait donc se traduire dans ses actes par le respect de la loi, et la lutte contre tous les avantages et privilèges fondés sur des critères de proximité avec les centres de pouvoir. La citoyenneté de la « bourgeoisie » passe aussi par sa participation à la lutte contre toutes les formes d’activités rentières et non productives, et l’orientation de l’investissement national en direction des secteurs créateurs de valeur, de richesse et d’emploi.
L’engagement pour ces valeurs est synonyme d’un engagement pour la lutte contre la corruption, la rente, la bureaucratie et la déviance contre l’initiative créative et innovante. Un tel engagement ne peut que déboucher sur une nouvelle configuration de la « classe » d’entrepreneurs marocains, capable de produire un positionnement social et politique, solide et cohérent, vis-à-vis du pouvoir de l’Etat, et consciente de son rôle de locomotive de l’économie nationale, et de sa responsabilité d’acteur incontournable dans l’accompagnement des projets structurants du Royaume.
Une bourgeoisie citoyenne est finalement une bourgeoisie qui gagne, qui accumule mais dans la légalité, la transparence, la responsabilité et l’engagement patriotique.
* Economiste et professeur à l’Université Hassan II, Mohammedia
Cette affinité entre pouvoir politique et « bourgeoisie » n’est pas étrangère à cette dernière au regard de son histoire un peu lointaine. Il faut dire dans ce sens que ce qu’on qualifie actuellement de «bourgeoisie», est en vérité une «bourgeoisie opprimée» qui porte, surtout dans sa grande composante d’origine andalou-fassie, les séquelles de la Reconquista espagnole. Cela a fait de l’alliance avec le pouvoir politique en place une priorité pour les générations qui vont suivre, dans le seul et unique but : préserver les intérêts économiques et entretenir l’accumulation du patrimoine familial loin de tout projet économique, politique ou social. Cela dit, et en raison de l’histoire, de la formation et du développement de cette classe d’entrepreneurs, ses activités tournaient autour de la spéculation immobilière, des activités rentières, éventuellement quelques industries de transformation et portaient rarement sur des secteurs productifs, créateurs de valeur et de richesse. Cet état de fait soulève un problème conceptuel et une question de pertinence du concept de « bourgeoisie » et de son applicabilité à notre élite économique post-coloniale. Une bourgeoisie est par essence une classe sociale porteuse de projet politique, économique et idéologique…peut-on donc parler de bourgeoisie, et encore de bourgeoisie citoyenne dans le cas marocain ? A partir des éléments historiques, politiques et économiques cités plus haut, on dirait qu’on est plutôt en présence d’un groupe de personnes qui ont accumulé des richesses pendant et après le Protectorat et qui n’ont jamais été guidées par une vision nationale ou un projet de société permettant un développement économique et social et une démocratisation des institutions. Au contraire, on a assisté tout au long des années d’Indépendance au développement d’une « bourgeoisie » liée au pouvoir et aux intérêts étrangers, et dépourvue de tout sens national et incapable de proposer un projet, une vision…
Partant de là, l’exigence de réforme politique qu’impose la nouvelle Constitution, implique dans son sillage une réforme d’ordre économique qui ne peut aboutir que si notre « bourgeoisie » devient citoyenne et par voie de conséquence s’engage dans ce grand projet national de l’édification d’un Etat de droit. La « bourgeoisie » marocaine devrait faire des valeurs de patriotisme, de citoyenneté, de respect du droit et des institutions, de la prise de risque et de refus des situations de rente, ses valeurs d’avenir. La citoyenneté de la bourgeoisie devrait donc se traduire dans ses actes par le respect de la loi, et la lutte contre tous les avantages et privilèges fondés sur des critères de proximité avec les centres de pouvoir. La citoyenneté de la « bourgeoisie » passe aussi par sa participation à la lutte contre toutes les formes d’activités rentières et non productives, et l’orientation de l’investissement national en direction des secteurs créateurs de valeur, de richesse et d’emploi.
L’engagement pour ces valeurs est synonyme d’un engagement pour la lutte contre la corruption, la rente, la bureaucratie et la déviance contre l’initiative créative et innovante. Un tel engagement ne peut que déboucher sur une nouvelle configuration de la « classe » d’entrepreneurs marocains, capable de produire un positionnement social et politique, solide et cohérent, vis-à-vis du pouvoir de l’Etat, et consciente de son rôle de locomotive de l’économie nationale, et de sa responsabilité d’acteur incontournable dans l’accompagnement des projets structurants du Royaume.
Une bourgeoisie citoyenne est finalement une bourgeoisie qui gagne, qui accumule mais dans la légalité, la transparence, la responsabilité et l’engagement patriotique.
* Economiste et professeur à l’Université Hassan II, Mohammedia