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Nouria Newman, la fille avec le bateau bizarre

On a la chance de pouvoir voyager de manière unique, on a de belles histoires à raconter et c’est le plus intéressant





Nouria Newman, la fille avec le bateau bizarre
Son gros kayak sur l’épaule, Nouria Newman parcourt le monde pour “aller là où personne ne va”. Elle voyage via des rapides et cours d’eau improbables pour vivre de belles histoires faites de rencontres qu’elle partage mais sans excès. “Quand on me demande ce que je fais, des fois je dis que je fais de la luge !”, plaisante cette petite brune aux yeux clairs lors d’un entretien avec l’AFP.

“Dans les pays où les gens sont un peu méfiants parce qu’on est un étranger, vu qu’on est bizarre, on n’est plus un touriste, on est la fille avec le truc bizarre. C’est un super passeport pour voyager!” Nouria Newman est une kayakiste extrême, de la trempe de celles et ceux qui pagaient pour explorer et s’offrir des montées d’adrénaline dans les descentes d’eau les plus vertigineuses. Quelques secondes de plaisir intense pour des semaines de préparation.

“En expédition, les journées, c’est huit à douze heures. On est très rarement tout le temps dans le kayak, comme on ne connaît pas les rapides, on est obligé de sortir, d’aller voir à pieds, repérer, mettre en place la sécurité. Ça m’est arrivé de mettre douze heures sur une première descente pour faire 700 mètres”, souligne la double championne du monde de kayak (extrême en 2013 et slalom en 2014), initiée au kayak quand elle avait 5 ans en suivant son père anglais. La Savoyarde, qui refusait petite de parler anglais pour ne pas être “la fille de l’Anglais en Savoie”, a très vite su s’exprimer brillamment sur son drôle de bateau. Et ce qui l’a le plus emballée, ce sont les longues expéditions en terre inconnue, qu’elle ne fait presque jamais seule mais avec d’autres kayakistes. “On a la chance de pouvoir voyager de manière unique, on a de belles histoires à raconter et c’est le plus intéressant”, explique la diplômée de Sciences Po, sans cesse sur le fil cependant.

“Quand tu rencontres quelqu’un, t’as pas envie de lui mettre une caméra sous le nez directement, tu veux profiter du moment, parler avec cette personne sans nécessairement partager. Ne pas gâcher ce moment-là”, confie la sportive, dont le dernier film tourné en Islande vient de sortir. Ce documentaire de 20 minutes a été réalisé “avec les moyens du bord”, pour “prendre le contrepied” des vidéos livrant “des images à grand renfort de techniciens et de matos”, prévient la baroudeuse. Car c’est là aussi sa signature: Nouria Newman prend la vie à contrecourant.

“De plus en plus, les gens ont une liste de rivières qu’ils veulent faire et c’est la course. Il faut toujours en faire plus et moi ça me gêne, je ne peux plus partir avec des gens qui sont trop centrés sur l’image, la photo d’action à faire à tel endroit. Parce qu’il n’y a plus ni temps ni place pour créer du lien”, déplore cette femme de 29 ans, choquée lors d’une expédition au Tibet. “Je ne me suis jamais sentie aussi mal dans un pays. T’es constamment surveillé, tu ne peux rien faire. Les gens avec qui tu voyages dans ces pays-là postent sur leurs réseaux sociaux : +Super voyage, on a fait du super kayak+. Mais d’où on a fait du super kayak ? Oui, on voit de belles choses mais elles ne sont pas si belles”, souffle-t-elle.

“On est aussi témoins de catastrophes sociales, environnementales. C’est des Chinois qui construisent un barrage dans une zone trop proche d’un volcan en Equateur avec un gouvernement qui a été corrompu et une dette à rembourser pendant plus de cinquante ans avec des taux d’intérêt horribles. Alors des fois c’est moche”.

Porter et dormir dans son kayak au pied d’un glacier ou au fond d’une gorge, partager avec les populations locales, vivre un tant soit peu de sa passion sans que ça ne devienne à jamais son travail: telle est la vie de Nouria Newman.

Libé
Dimanche 18 Avril 2021

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