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Les embouteillages meurtriers de la capitale philippine




Les embouteillages meurtriers de la capitale philippine
Joseph Laylo n'oubliera jamais ce jour de 2017 où un homme est mort d'un arrêt cardiaque dans son ambulance à Manille. A cause d'embouteillages monstres, il n'avait pu atteindre les urgences à temps pour sauver le patient. "Vous vous sentez vides. C'est comme si on ne vous avait pas donné la chance de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour aider", explique l'ambulancier à l'AFP. "Si la circulation n'avait pas été aussi mauvaise, on aurait pu sauver" cet homme. Les embouteillages sont tels dans la capitale philippine, et la circulation est tellement chaotique, que des gens décèdent dans les ambulances à l'arrêt. Les automobiles ne respectent pas les couloirs réservés aux véhicules d'urgence. Les ambulanciers ont beau avoir une connaissance encyclopédique des raccourcis de Manille, cela ne suffit pas toujours, même avec une conduite agressive, en faisant tourner au maximum leurs sirènes ou en poussant à coup de pare-choc les voitures qui les gênent. Joseph Laylo se rappelle encore de l'intense trafic ce jour-là, entre le domicile du malade et l'hôpital. "Il y avait 5,7 kilomètres à parcourir. Si tout se passe bien, c'est moins de cinq minutes, mais il nous en a fallu 15", raconte-t-il. "Quand vous cherchez à sauver la vie de quelqu'un, c'est très long." La saturation extrême du réseau de transports de Manille est de longue date une des plus grandes plaies de la capitale philippine, qui a vu sa population doubler en un peu plus de 30 ans à 13 millions d'habitants - et presque autant de véhicules immatriculés. L'avenue Epifania de los santos (Edsa), une des rocades de Manille, mesure 25 km de long. Mais aux heures de pointe, elle est remplie de voitures à l'arrêt, et la parcourir entièrement peut prendre jusqu'à trois heures. Une étude de 2017 financée par le gouvernement japonais avait conclu que les embouteillages coûtaient 67 millions de dollars par jour en termes de productivité perdue. Ni le gouvernement ni les services ambulanciers ne sont en mesure de dire combien de patients meurent du fait des embouteillages, mais les histoires sont légion. En 2014, Adriel Aragon tentait de conduire une femme aux urgences quand son ambulance s'est retrouvée coincée dans la circulation. Il lui a fallu 40 minutes pour arriver à l'hôpital, soit le double du temps nécessaire normalement. "Nous avions beau klaxonner, faire résonner la sirène, cela ne servait à rien. Les véhicules n'avançaient pas", se souvient-il. Cinq minutes avant d'arriver à l'hôpital, la patiente n'avait plus de pouls. Son décès a été constaté alors qu'elle entrait dans le service des urgences. Les images d'ambulances piégées ont fait le buzz, comme cette vidéo vue par plus de 3,2 millions de personnes, et tournée par une femme scandalisée par le fait que les automobilistes ne laissent pas la priorité à l'ambulance transportant sa mère. "J'étais très en colère. J'étais aussi très inquiète car il n'y avait rien que nous ne pouvions faire", a expliqué à l'AFP Jing Zamora. Sa mère, qui avait fait une attaque, est finalement arrivée à l'hôpital. Mais elle est décédée une semaine plus tard, alors que la rapidité de la prise en charge, dans ces cas-là, est cruciale.

Mardi 10 Septembre 2019

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