Le militantisme n’est pas un héritage… c’est une exigence politique


Mohamed Assouali
Jeudi 19 Mars 2026

Autres articles
A chaque moment de tension politique, les mêmes mécanismes ressurgissent : des sorties médiatiques individuelles, des lectures erronées, puis leur amplification dans certains espaces médiatiques qui transforment des positions personnelles en débats nationaux. Les réactions suscitées récemment autour de déclarations attribuées à Ali Bouabid en sont une illustration frappante. Mais au-delà du bruit médiatique, une question de fond s’impose : peut-on instrumentaliser une mémoire militante pour produire du commentaire politique ? Et surtout, que reste-t-il du débat politique lorsqu’il se réduit à des procès d’intention et à des oppositions symboliques ?
 
L’USFP n’est pas un parti figé dans son passé. Il est le produit d’une histoire en mouvement, faite de débats internes, de repositionnements et d’adaptations aux transformations du contexte national et international
Abderrahim Bouabid : Une référence exigeante face aux simplifications médiatiques
 
Ce qui frappe dans le traitement médiatique de certaines déclarations récentes, ce n’est pas tant leur contenu que la manière dont elles ont été amplifiées et parfois déformées. Plusieurs tribunes et commentaires ont rapidement cherché à établir un lien direct entre ces prises de position et l’héritage d’Abderrahim Bouabid, comme si toute parole associée à son nom devait nécessairement traduire sa vision. C’est précisément là que réside le problème.

Le nom de feu Abderrahim Bouabid ne peut être invoqué comme argument dans une controverse conjoncturelle. Son parcours dépasse largement les logiques de polémique. Il incarne une cohérence politique forgée dans des moments décisifs : la lutte pour l’indépendance, la construction d’une opposition démocratique, la défense constante de l’Etat de droit.

Face à cela, certaines lectures médiatiques ont péché par simplisme. En cherchant à créer une opposition entre un héritage supposé et une réalité politique actuelle, elles ont contribué à réduire une trajectoire historique complexe à un simple outil de commentaire. Or, présenter l'école Bouabid ne peut être réduite à un exercice narratif sensationnel. 

Parler de l'école Bouabid ne peut être dissociée non plus de l'histoire de l'USFP, de l'apport de ses différents militants et leaders, de l'évolution des approches et des appréhensions du fait politique, parallèlement à l'évolution de la société, à l'émergence de nouveaux enjeux et défis. Parler de l'école Bouabid et par ricochet, celle de l'USFP exige une préparation intellectuelle particulière.
 
Entre emballement médiatique et responsabilité politique
 
Les articles publiés ces derniers jours autour des déclarations d’Ali Bouabid révèlent une autre dérive : celle de l’emballement médiatique. A partir d’une prise de position individuelle, certains espaces ont construit un récit plus large, allant jusqu’à suggérer des fractures profondes ou des remises en cause globales. Cette lecture est doublement problématique.

D’une part, elle personnalise à l’excès le débat politique, en le réduisant à des figures, des noms, des héritages supposés. D’autre part, elle occulte les véritables enjeux : les choix politiques, les orientations économiques, les réponses aux attentes sociales.
En réalité, ce type de traitement médiatique participe à une forme de dépolitisation du débat. On ne discute plus des projets, mais des filiations. On ne confronte plus des visions, mais des symboles.

Et pourtant, la politique ne se joue pas dans la gestion des mémoires, mais dans la capacité à proposer des réponses concrètes aux défis du moment.
Les déclarations d’Ali Bouabid, quelles qu’elles soient, relèvent d’une responsabilité individuelle. Elles ne peuvent être ni érigées en doctrine, ni interprétées comme une continuité automatique d’un héritage historique.
 
L’USFP : Au-delà des polémiques, la permanence d’un projet

Dans ce contexte, certains commentaires ont tenté d’élargir le débat en annonçant, une fois de plus, la «fin» de l’USFP ou son décalage supposé avec son histoire.
Ce type de discours n’est pas nouveau. Il accompagne souvent les moments de recomposition politique. Mais il repose sur une lecture superficielle de la réalité.
L’USFP n’est pas un parti figé dans son passé. Il est le produit d’une histoire en mouvement, faite de débats internes, de repositionnements et d’adaptations aux transformations du contexte national et international.

Réduire cette trajectoire à quelques polémiques médiatiques, c’est ignorer l’essentiel : le travail politique quotidien, l’encadrement militant, la production d’alternatives, et la présence constante dans les débats structurants de la société marocaine.
Plus encore, ces attaques révèlent une contradiction. Car si l’USFP était réellement marginalisé, il ne susciterait ni autant de commentaires, ni autant de tentatives de mise en cause.
La réalité est que ce parti continue de représenter une référence politique, précisément parce qu’il porte une mémoire… mais surtout parce qu’il cherche à la traduire en projet.
 
Sortir de la politique des symboles pour revenir à la politique des choix

L’épisode récent autour des déclarations d’Ali Bouabid et de leur traitement médiatique doit être lu pour ce qu’il est : un révélateur.
Un révélateur de la fragilité du débat public, lorsqu’il se laisse enfermer dans des oppositions symboliques.
Un révélateur aussi de la facilité avec laquelle certains préfèrent commenter des noms plutôt que confronter des idées.
Mais au-delà de ces constats, l’essentiel demeure. Abderrahim Bouabid ne se défend pas dans les colonnes des journaux. Il se prolonge dans la capacité des acteurs politiques à porter une vision, à assumer des positions et à inscrire leur action dans une cohérence.

Mohamed Assouali
Quant à l’USFP, il n’a pas à répondre à chaque polémique. Il a à poursuivre son travail, à renforcer sa présence, et à préparer les échéances à venir avec clarté.

Car, en définitive, la politique ne se joue pas dans la gestion des héritages, mais dans la construction de l’avenir. Et dans cette construction, une règle demeure intangible : le militantisme n’est pas un héritage. C’est une responsabilité.

Par Mohamed Assouali
Membre du Bureau politique
Secrétaire provincial de l’Union Socialiste des Forces
Populaires – Tétouan

Mohamed Assouali
Jeudi 19 Mars 2026
Lu 151 fois
Dans la même rubrique :