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La 4ème révolution industrielle, une option à ne pas manquer




Le concept de « révolution industrielle 4.0 » a déjà 5ans. Il a été dévoilé pour la 1ère fois à la foire de Hanovre, en 2011. Connu également sous le nom « d’Internet des objets », l’industrie 4.0, dont l’une des solutions les plus connues est l’impression 3D, prend origine dans une sorte d’interconnexion entre les machines, de communication entre les objets ; une forme de robotisation très avancée.
Bruxelles évalue à 50 milliards d’euros les investissements nécessaires pour digitaliser l’industrie européenne. D’ici 2020, en Europe, 140 milliards d’euros par an, seront investis dans l’industrie 4.0 et quatre entreprises sur cinq auront numérisé leurs industries. On estime que le gain de productivité augmenterait de 18% au cours des cinq prochaines années avec une réduction des coûts de 2,6% par an. 70% des entreprises ayant numérisé leurs produits et services ont atteint en trois ans  6 à 10% de croissance. Certaines ont dépassé les 10%.
Selon le fondateur du Forum économique mondial (WEF), «la concurrence dans la 4ème révolution industrielle va se faire sur la base de la créativité et de l’innovation, ce qui demande une grande capacité d’accès aux talents ». C’est dans cette concurrence que le Maroc doit prendre place. Il s’agit d’un positionnement stratégique qui interpelle en même temps notre tissu industriel, nos systèmes de formation et d’enseignement supérieur et enfin notre politique de recherche scientifique. Dans ce sens, ce n’est pas avec l’actuel budget consacré à la recherche scientifique (0,8% du PIB) que nous pouvons booster le secteur.
Lors du dernier Forum économique mondial, la 4ème révolution industrielle était au centre du débat. En marche dans plusieurs pays, elle va, selon plusieurs spécialistes, reconfigurer notre façon de travailler, nos modes de production et partant, notre mode de vie. Selon l’économiste E. Brynjolfsso du MIT, « nous nous dirigeons vers un monde où il y aura beaucoup plus de richesses et beaucoup moins de travail ». En effet, les usines intelligentes, la robotique, l’impression 3D, etc. vont améliorer la qualité et augmenter la production, mais auront pour corollaire la perte de millions d’emplois.
Nous faisons face à «un tsunami qui bouleversera notre société dans ses fondements.» Conséquence de ce «raz-de-marée» : la perte de 5 millions d’emplois en 5 ans (d’ici à 2020), dans les principales économies mondiales. L’onde de choc, dans le cas où aucune mesure n’est prise, finira par toucher le Maroc et plomber son économie. Cette nouvelle révolution permettra néanmoins de créer de nouveaux emplois dans certains pays tels que l’Allemagne -pays pionnier dans le domaine-, les pays d’Asie du Sud-Est, la Grande-Bretagne, etc. En d’autres termes, dans les pays qui ont compris qu’il ne peut y avoir d’avenir sans la 4ème révolution industrielle.
L’organisation du travail (OIT) a publié en juillet une étude fort intéressante, menée par son Bureau des activités pour les employeurs, intitulée «ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) in transformation : how technology is changing  jobs and entreprises». L’étude explique, sur la base d’une enquête menée dans différents pays du Sud-Est asiatique, que la robotique et l’Internet des objets (deux technologies relevant de la 4ème révolution industrielle) offrent des possibilités de croissance et de création d’emplois considérables et qu’il faut prendre au sérieux.
Revers de la médaille et comme il a été souligné précédemment : la 4ème révolution industrielle sera, d’ici à 2020, à l’origine d’une perte de cinq millions d’emplois. Dans les pays de l’ASEAN, le textile, l’habillement et  la chaussure « sont particulièrement menacés par les technologies qui marquent une rupture avec les modes de fonctionnement traditionnels.» 
Le Maroc doit retenir, et donc tous les intervenant de notre économie, qu’une main-d’œuvre bon marché n’est plus ni un avantage concurrentiel ni un argument suffisant pour drainer les investissements étrangers. La vraie clé de succès est « d’établir un environnement propice davantage axé sur l’investissement dans le capital humain, la recherche et le développement et la fabrication de produits à valeur élevée. » 
S’agissant de l’investissement dans le capital humain, le Maroc a certes mis en place une nouvelle stratégie de la formation professionnelle à l’horizon 2021, mais il va falloir être plus réactif et opérationnel en vue de « l’élaboration de systèmes de qualification et de formation propres à préparer la future main-d’œuvre à acquérir les compétences techniques et de base dont elle aura besoin pour faire face aux changements à venir». 
Pour l’enseignement supérieur, c’est tout le système de formation des ingénieurs, tant au niveau du  contenu que des approches pédagogiques, qui nécessite d’une part,  une sérieuse mise à plat et d’autre part, tout un travail de  réingeniering. 
Il est incontestable qu’il a fallu des efforts titanesques, ces quinze dernières années, pour rattraper le retard accusé par le pays et prendre place dans l’économie mondiale (c’est le cas en l’occurrence des métiers de l’offshoring, de l’aéronautique et de l’industrie automobile), mais ce n’est guère le moment de dormir sur nos lauriers. Rester dans la course passe inéluctablement par une plus grande industrialisation de l’économie.
Il est vrai qu’en 2014 le département de l’industrie a lancé « le Plan d’accélération industrielle » (PAI). Le bilan d’étape, présenté en juillet 2016 par le ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Economie numérique, est plus que satisfaisant : création de 250.000 emplois durant les deux premières années de mise en œuvre du PAI, ce qui représente 50% de l’objectif à l’horizon 2020. 83% des objectifs du plan ont été atteints en début du deuxième semestre. Cependant,  c’est la version 4.0 de l’industrie qu’il faut intégrer afin de mettre en place une véritable stratégie industrielle.
Dans le secteur automobile, par exemple, où le Maroc occupe une place honorable, la robotisation sera de plus en plus prépondérante. Pour le directeur de l’industrie de Siemens France « le secteur automobile sera un pionnier en ce qui concerne la 4 ème révolution industrielle ». C’est dire donc l’urgence d’une intégration de cette industrie afin de maintenir notre avantage concurrentiel.
Il est évident qu’une telle intégration  nécessite des investissements conséquents dans le domaine de la RD et dans celui de la formation et c’est là où le prochain gouvernement doit mobiliser les fonds nécessaires étant donné que l’économie nationale, constituée essentiellement de PME-PMI,  ne peut supporter de lourds investissements. En Allemagne, par exemple, la part des investissements dans les solutions de l’industrie 4.0 représentera 50% des investissements prévus, soit 40 milliards d’euros.
Il est donc impératif d’une part, de soutenir la formation, la RD et l’innovation, et d’autre part, de mettre en place les moyens et les mécanismes nécessaires pour un transfert technologique des universités et écoles d’ingénieurs vers l’industrie.
Le train de changement est déjà là et par conséquent, adapter notre économie aux mutations technologiques est une urgence à prendre au sérieux.
On n’ira pas  jusqu'à dire que c’est la fin de la tertiarisation de l’économie marocaine, mais au niveau mondial on s’accorde à dire que l’avenir est à l’industrie. Ce secteur est en mesure de jouer le rôle de locomotive de l’économie nationale pour les années à venir. Dans le même ordre d’idées, le HCP souligne que « l’industrialisation revêt le caractère d’un impératif catégorique ». Il s’agit en fait, selon A. Lahlimi, de concevoir « un nouveau modèle de développement porté par l’industrie autour, en particulier des industries classiques du Maroc». 
Il faut le dire, notre industrie risque de perdre de son attractivité aux dépens d’autres pays si on n’intègre pas la version 4.0 de l’industrie. L’industrialisation de l’économie marocaine est une urgence afin de sortir de « l’équilibre économique bas » et de renouer avec des indicateurs plus réjouissants.
Pour l’heure, la 4 ème révolution industrielle reste encore une opportunité pour l’économie nationale. Elle permettra de drainer davantage d’investissements étrangers et de créer des milliers d’emplois. Mais retarder son intégration dans notre plan d’accélération industrielle risquerait de plomber notre industrie et de détourner d’importants investisseurs vers d’autres pays.




Par Mouneim Mansouri
Vendredi 21 Octobre 2016

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