L'autrice de “Comment tuer son mari” est-elle passée à l'acte ?


Libé
Jeudi 19 Mai 2022

Amnésie post-traumatique, canon de pistolet acheté sur eBay mais désormais introuvable, multiples assurances décès: une romancière américaine de 71 ans accusée d'avoir supprimé son mari a-t-elle vraiment osé commettre son crime comme dans les livres?


Le procès de Nancy Crampton Brophy s'est ouvert début avril devant un tribunal de Portland, dans l'Oregon (nord-ouest des Etats-Unis). Mais il a fallu attendre cette semaine pour que l'écrivaine, spécialisée dans les romans sentimentaux aux titres aussi évocateurs que "L'enfer au coeur" ou "Le mauvais mari", soit interrogée à la barre par l'accusation, qui l'a mise en face de ses multiples contradictions.


La romancière, qui a notamment écrit un essai intitulé... "Comment tuer son mari", consacré à l'art et la manière de se débarrasser d'un conjoint sans être inquiété par la justice, a cependant réponse à tout et nie en bloc.


Les enquêteurs affirment que Mme Crampton Brophy a tué en juin 2018 son époux Daniel, chef cuisinier âgé de 63 ans à l'époque, pour empocher les indemnités de dix polices d'assurance d'un montant total de 1,4 million de dollars. Malgré ses lourdes dettes, le couple payait chaque mois plus de mille dollars de primes mais ne remboursait pas son prêt immobilier, a souligné l'accusation.


Le procureur Shawn Overstreet a passé sur le grill Nancy Crampton Brophy, la mettant au défi d'expliquer pourquoi une caméra de surveillance avait filmé son véhicule devant l'école de cuisine où officiait son mari, quelques minutes seulement avant que ce dernier ne soit abattu de deux balles dans une salle de classe.


L'accusée et un psychologue appelé par la défense ont rétorqué qu'elle avait oublié cette séquence en raison d'une amnésie causée par un choc: la nouvelle de la mort de son époux.

Comment la romancière peut-elle donc être certaine qu'elle n'a pas tué son mari avant de l'oublier pour les mêmes raisons?, a interrogé le procureur.

"Vous étiez là au même moment qu'un individu abattant votre mari, dans un intervalle de six minutes, avec exactement le type d'arme que celle que vous possédez et qui est à présent mystérieusement manquante", a lancé le procureur, cité par le journal The Oregonian. "J'ai l'impression que si je l'avais tué, je connaîtrais tous les détails", a répondu Nancy Crampton Brophy, estimant qu'elle se trouvait dans le voisinage par pure coïncidence, sans doute pour y trouver l'inspiration pour ses oeuvres.


Et ce canon de pistolet Glock acheté sur eBay quelques mois plus tôt, qui pour les policiers a été monté par l'accusée sur le corps d'une arme à feu de même modèle que possédait le couple pour servir d'arme du crime, un canon jamais retrouvé malgré d'intensives recherches?


La romancière assure qu'elle avait acheté cette pièce détachée par souci de réalisme, comme accessoire pour l'écriture d'un livre, et qu'elle n'a pas la moindre idée de ce qu'elle a pu devenir.
Quant au pistolet Glock, elle l'avait acquis pour que son mari puisse se protéger lorsqu'il allait à la cueillette des champignons dans les bois, avait-elle dit précédemment.

Aucune date n'a été fixée pour la fin du procès.


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