Kemi Seba, l'influenceur panafricaniste habitué des démêlés judiciaires


Libé
Mardi 21 Avril 2026

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"Tu ne pourras jamais nous arrêter", affirmait-il en s'adressant au président béninois: l'influenceur panafricaniste Kemi Seba, connu pour ses diatribes radicales contre la France et ses alliés africains comme le Bénin, risque pourtant aujourd'hui l'extradition vers Cotonou.


Arrêté en Afrique du Sud lundi, il est visé par cette procédure dans le cadre d'un mandat d'arrêt international émis par le Bénin, qui l'accuse d'avoir soutenu une tentative de coup d'Etat déjouée début décembre.

Kemi Seba est poursuivi pour "apologie de crimes contre la sûreté de l'Etat et incitation à la rébellion".
"Quand le maître blanc n'était pas capable de faire taire un esclave rebelle, il lançait souvent à la poursuite de cet esclave rebelle, un esclave docile", avait-il lancé dans une vidéo en janvier, faisant allusion au président sortant du Bénin Patrice Talon, en réaction à son mandat d'arrêt.
Peu d'informations avaient filtré ces derniers mois sur ses déplacements.


Né Franco-Béninois, Stellio Gilles Robert Capo Chichi à l'état civil, 44 ans est à la tête de l'ONG "Urgences panafricanistes" et rassemble 1,5 million d'abonnés sur les réseaux sociaux.
L'air toujours grave, il apparaît souvent avec un imposant collier en bois représentant le continent africain, qu'il dit défendre dans ses diatribes contre l'ancienne puissance coloniale française et ses alliés en Afrique, notamment la Côte d'Ivoire et le Bénin.

Déchu de sa nationalité française en 2024, il soutient les régimes militaires issus de coups d'Etat au Sahel, hostiles à la France et proches de la Russie. La junte nigérienne lui a même octroyé un passeport diplomatique.



 
Plus fort



 
Kemi Seba, dont la vie privée est peu connue, est un habitué des démêlés judiciaires.
En Afrique d'abord, où ces dernières années il a organisé ou participé à plusieurs manifestations au cours desquelles il a été soit interpellé, expulsé ou refoulé, notamment de Côte d'Ivoire, de Guinée, et du Sénégal. Dans ce pays, il avait brûlé publiquement un billet de 5.000 francs CFA (7,6 euros).


Kemi Seba avait aussi été brièvement interpellé en 2019 et en 2023, lors de passages au Bénin et condamné en 2019 au Burkina Faso à deux mois de prison avec sursis, pour "outrage" au président d'alors, Roch Kaboré.
"La prison, c'est la quatrième fois qu'on m'y envoie et à chaque fois j'en ressors plus fort", avait-il dit fièrement à Ouagadougou.
Il est aussi bien connu de la justice française.

En octobre 2024, il avait été placé en garde à vue en France en raison de soupçons de "liens" avec le groupe paramilitaire russe Wagner, puis relâché, même si l'enquête du parquet de Paris se poursuit.



 
Tenues par les sionistes


 
Il avait déjà été condamné plusieurs fois à Paris, pour des faits d'outrage ou de provocation à la haine raciale.

Lors d'un procès en 2009, ses écrits mis en cause affirmaient que les institutions internationales étaient "tenues par les sionistes qui imposent à l'Afrique et à sa diaspora des conditions de vie tellement excrémentielles que le camp de concentration d'Auschwitz peut paraître comme un paradis sur terre".
Deux de ses mouvements ont par ailleurs été dissous en France, dont la Tribu Ka, groupuscule qui l'a fait connaître.

Accusé d'antisémitisme répété, ce mouvement prône notamment la séparation entre Noirs et Blancs.
Kemi Seba a longtemps été proche de l'humoriste français Dieudonné, condamné pour antisémitisme, qui était pour lui "plus qu'un ami, un frère", et avait un temps essayé de séduire des organisations d'extrême-droite.


Son nom est souvent cité sur les réseaux sociaux et dans les médias, avec ceux de la militante suisso-camerounaise Nathalie Yamb et du professeur agrégé de philosophie Franklin Nyamsi, eux aussi influenceurs panafricanistes, mais sa popularité est difficile à estimer.
S'il parvenait à mobiliser au Bénin lors de manifestations contre le franc CFA en 2017, son ONG n'a aujourd'hui ni siège ni militants connus, à l'exception de son coordinateur national, Shadrac Wotoédé Houngnibo, récemment condamné et détenu.



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