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Journée arabe du théâtre: Un camouflet pour la production théâtrale nationale


Chady Chaabi
Mercredi 12 Janvier 2022

Journée arabe du théâtre: Un camouflet pour la production théâtrale nationale
I l y a ce qu’on dit et ce qu’on fait. Dans le cas de l’industrie du théâtre au Maroc, la balance penche clairement du côté des belles paroles et d’un discours faisant fi de la réalité.En témoigne le récent communiqué émanant du ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, à l'occasion de la Journée arabe du théâtre.
Dans un monde même pas parfait, juste normal, le ministère de la Culture aurait sans aucun doute mesuré ses propos, évitant ainsi de verser dans un discours dénué de tout bon sens.Comment pourrait-on décrire autrement la volonté et la détermination affichées dudit ministère “à continuer de promouvoir l'industrie théâtrale qui, année après année, confirme sa présence remarquable sur la scène artistique nationale ?”.
Et pour cause, si l’histoire du théâtre marocain témoigne d’un attrait des citoyennes et citoyens pour un art millénaire, désormais la donne a radicalement changé. Les preuves pour étayer nos propos ne manquent pas. Tout d’abord, comment peut-on croire que le théâtre national a de beaux jours devant lui, alors que les écrins censés accueillir cette expression artistique sont aussi rares qu’une oasis dans le désert? Ensuite, quand bien même des théâtres ouvriraient leurs portes dans un futur proche, par quels moyens y attirer les spectateurs ?
Deux éléments cruciaux dans le développement et la vulgarisation d’un art vivant et initialement populaire, mais qui de nos jours, glisse doucement mais sûrement vers un élitisme exacerbé. Pourtant, aucun des éléments et interrogations précités n’a été soulevé par le ministère de la Culture dans son communiqué. Communiqué dont le fond laisse penser que tout va bien dans le meilleur des mondes. On en est encore très loin.
Le ministère de la Culture entend promouvoir l’industrie théâtrale ? Il devrait commencer par exemple par plancher sur la situation rocambolesque du Grand Théâtre de Casablanca. En comptant une salle de spectacles de 1800 places, adaptée pour l’opéra, les concerts symphoniques et les grands spectacles de type comédie musicale, ainsi qu’une salle de théâtre de 600 places, sans oublier les loges et les salles de répétition, le Grand Théâtre de Casablanca présente toutes les caractéristiques pour relancer la machine grippée de l’industrie du théâtre dans la capitale économique. Mais en dépit des travaux lancés en octobre 2014 et achevés a minima depuis plusieurs mois, ce n’est pas demain la veille qu’il ouvrira ses portes au grand public.
Si certaines sources prétendent que les multiples reports de l’ouverture du Grand Théâtre de Casablanca sont dus à la crise sanitaire, on est tenté de leur rappeler que ces reports, souvent injustifiés, datent de 2018, soit près de deux ans avant l’apparition du Covid-19 dans nos vies. Mais admettons qu’il ait ouvert ses portes, comment remplir ses coursives ? Un défi quasiment perdu d’avance. “La promotion des œuvres théâtrales est quasi-inexistante. Que ce soit à la télé ou à la radio.Alors que le théâtre marocain aurait bien besoin d’un soutien médiatique, comme c’est le cas pour les téléfilms et les séries”, s’est récemment offusqué, dans ces même colonnes, Ghadfi Mahmoud Oussama.
Le comédien de 38 ans, qui jongle depuis 20 ans entre les plateaux de tournage et les planches de théâtre, pose un regard aiguisé sur la situation. Un regard quelque peu pessimiste et nostalgique, tant l’espoir en l’avenir est aussi épais qu’un fil de soi. “C’est une situation assez incompréhensible car les amateurs de théâtre sont nombreux dans le pays”,regrette-t-il.Et de préciser: “Il est impératif de retrouver nos habitudes d’antan, lorsque les pièces théâtrales avaient du poids dans la programmation télévisée. Je me souviens qu'à une époque, nous attendions avec impatience la pièce théâtrale programmée vendredi soir à la télé. Pour cela, il va falloir non seulement promouvoir le théâtre marocain mais aussi cibler cette promotion pour atteindre les plus jeunes”.
C’est justement là que se nichent les inconnus d’une équation qui semble insoluble. Comment le ministère de la Culture pourrait-il réussir son entreprise de promotion du théâtre auprès des jeunes, alors que de toute évidence, du moins si l’on en croit le communiqué ci-dessus, il ignore ou feint d’ignorer la situation inquiétante des théâtres dans le Royaume, tout comme les us et coutumes des nouvelles générations ? Pour la réponse, rendez-vous dans un an, lors de la prochaine Journée arabe du théâtre.



 


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