“Josée, le tigre et les poissons ”

Un film d’ animation insolite mariant subtilement humour, mélancolie et handicap


Libé
Jeudi 30 Septembre 2021

“Josée, le tigre et les poissons ”
La culture japonaise est en deuil. Après la mort d’un caïd du manga, Takao Saito, Eiichi Yamamoto, maître de l'animé japonais a lui fait pleurer des milliers de fans après sa disparition à l'âge de 88 ans. Mais ces deux lumières qui se sont éteintes n’ont pas pour autant plongé dans le noir la créativité nippone ni freiné les velléités artistiques des auteurs du pays au soleil levant “Josée, le tigre et les poissons” en est le parfait exemple.

Dans la pure tradition des films d’animation japonais, “Josée, le tigre et les poissons” met en scène une histoire insolite, mariant subtilement humour et mélancolie. Une histoire poignante où le handicap tient une place prépondérante, sans se départir de la légendaire poésie et légèreté qui rythme les animés de l'archipel. Emouvant à défaut de ne pas être révolutionnaire, ce chef d’oeuvre réalisé par Kōtarō Tamura, dont c’est le premier long-métrage, raconte l’histoire de Josée, une jeune fille paraplégique depuis son plus jeune âge, et plongée dans son petit monde fait de livre et d’une imagination débordante. Jusqu’au jour où sa vie bascule avec l’apparition de Tsuneo. Jeune étudiant à la faculté de biologie marine, Tsuneo aimerait plus que tout au monde poursuivre ses études au Mexique pour réaliser son rêve et nager dans les eaux tropicales. Mais sans argent, ce rêve n’est qu’utopie. Par chance, après une rencontre accidentelle avec Josée, la grand-mère surprotectrice de cette dernière engage le jeune homme comme aide-soignant à temps partiel.

Le relation entre Josée et Tsuneo n’est pas un long fleuve tranquille. Comme le feu et la glace, l'exigence et l’obstination de Tsuneo contrastent avec la patience et le calme de son nouveau protecteur. S’ils apprennent petit à petit à se connaître et s’apprécier, leurs destinées et rêves semblent les éloigner de plus en plus l’un de l’autre. Ecrit par Sayaka Kuwamura, “Josée, le tigre et les poissons” est en réalité une adaptation du roman éponyme, écrit par Tanabe Seiko et publié en 1985. Pour être plus précis, l’animé est plutôt la seconde adaptation du roman de Seiko. Il y a une dizaine d'années, le livre a déjà eu droit à une première adaptation en prises de vue réelle. Mais Kōtarō Tamura, storyboarder de Sword Art Online ou encore Full Metal Alchemist Brotherhood, a magnifié l'œuvre originale par une réalisation harmonieuse et une composition d’images époustouflantes et hautes en couleur. Rien de bien surprenant pour Tamura. A 41 ans, il fait carrément figure de vétéran au pays du soleil levant.

Sa manière d’éviter à tout prix de verser dans la dramaturgie imposée par le Handicap de Josée dit tout de sa virtuosité. Kōtarō Tamura a voulu faire de son œuvre un animé romantique. Les moments visuellement magiques ont été primordiaux en ce sens, à l’image de cette séquence onirique où la jeune fille rêve qu’elle nage comme une sirène au milieu des poissons. Le réalisateur a réussi son coup au point qu’à un moment du film, on en oublierait même que Josée est tétraplégique. Certes, un peu plus de passages oniriques n’auraient pas été de trop, car quoi qu’on en dise, ils sont les garants d’une fantaisie plus que bienvenue. Mais on ne tiendra pas rigueur au réalisateur. La balance des points forts et points faibles de l’anime est largement positive. Même si on doit vous avouer que le récit prend parfois les allures d'un électrocardiogramme plat. Du moins jusqu’au climax où les rebondissements ne manquent pas. Ainsi “Josée, le tigre et les poissons” confirme que si certaines grandes figures de l’anime japonais ne sont plus de ce monde, cet art n’est pas mort pour autant.

Chady Chaabi


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