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Impact varié du changement climatique sur la production du blé


Hassan Bentaleb
Mercredi 24 Août 2022

Heureuses perspectives pour les pays du Nord au détriment de ceux du Sud

Impact varié du changement climatique sur la production du blé
Les perspectives de production du blé dans le monde semblent optimistes. Ainsi et après le dernier rapport du ministère américain de l'Agriculture (USDA) prévoyant des hausses de la production mondiale du blé, c’est autour du Conseil international des céréales (CIC) de confirmer ce constat. Dans ses prévisions du 18 août en matière d’offre et de demande pour la campagne de commercialisation 2022/23, le CIC prévoit une hausse de 8 millions de tonnes, soit 778 Mt au total.

Changement climatique, un élément perpétuel
Pourtant, ces prévisions enthousiastes risquent de ne pas durer dans le temps à cause du réchauffement climatique. En effet, quelles que soient les prévisions, le changement climatique risque de chambouler la donne. Un récent rapport scientifique, publié dans la revue Une Terre le 19 août courant, indique que le changement climatique devrait modifier considérablement le rendement et le prix du blé dans les années à venir. Et ce, même si nous atteignons les objectifs d’atténuation du climat et restons sous la barre des 2 °C de réchauffement. Selon les chercheurs menant cette étude, le rendement du blé est susceptible d’augmenter aux hautes latitudes et de diminuer aux basses latitudes, ce qui signifie que les prix des céréales sont susceptibles de changer de manière inégale et d’augmenter dans une grande partie des pays du Sud, renforçant les inégalités existantes. Une mauvaise nouvelle pour le Maroc qui peine encore à atteindre sa souveraineté alimentaire et à s’affranchir des marchés mondiaux en assurant son autosuffisance en termes de nombre de produits agricoles, notamment la céréaliculture marquée cette année par la faiblesse de l’actuelle campagne agricole. En fait, la production céréalière nationale ne couvre que 60 à 65% de nos besoins et notre pays reste obligé d’importer le reste. Pour rappel, le Maroc importe en moyenne, chaque année, 3 à 4 millions de tonnes de blé tendre et 800.000 à 900.000 tonnes de blé dur.

Inégalité Nord/Sud
En détail, ladite étude prédit que le rendement augmentera dans les régions de haute latitude – des pays comme les Etats-Unis, la Russie et une grande partie de l’Europe du Nord. Dans des pays comme l’Égypte, l’Inde et le Venezuela, cependant, les rendements de blé sont susceptibles de chuter – dans certaines régions de plus de 15%.«Avec cette modification des rendements, la position commerciale traditionnelle du marché du blé pourrait s’approfondir, ce qui pourrait amener les régions importatrices de blé situées à de basses latitudes, comme l’Asie du Sud et l’Afrique du Nord, à connaître des pics de prix du blé plus fréquents et plus prononcés que les pays exportateurs de blé», déclare Tianyi Zhang, agro-météorologue à l’Institut de physique atmosphérique de l’Académie chinoise des sciences. Ces changements pourraient signifier non seulement, poursuit l’étude, que les pays déjà confrontés à des problèmes de sécurité alimentaire paient encore plus pour une culture vivrière essentielle, mais les prix du blé sur le marché mondial pourraient devenir plus volatiles et exacerber les inégalités existantes. «La politique de libéralisation des échanges sous un réchauffement de 2° pourrait stabiliser ou même augmenter les revenus des agriculteurs dans les pays exportateurs de blé, mais réduirait les revenus des agriculteurs des pays importateurs de blé», a déclaré Zhang. «Cela pourrait créer de nouvelles inégalités économiques entre les agriculteurs des pays exportateurs et importateurs de blé».

Vers l’auto-approvisionnement alimentaire en céréales
Concernant la méthodologie de travail de cette équipe de recherche, les chercheurs ont développé une nouvelle approche de modélisation d’ensemble climat blé-économie. Ce système de modèles amélioré permet aux chercheurs d’examiner explicitement les impacts des conditions climatiques moyennes et des événements extrêmes sur les rendements du blé, les prix et la chaîne mondiale de l’offre et de la demande.«Nous savons par des recherches antérieures que les événements extrêmes ne réagissent pas nécessairement de la même manière que les conditions moyennes, et parce que ces événements extrêmes ont le plus d’impact sur les sociétés, c’est un pas en avant important», déclare la coauteure Karin van der Wiel, climatologue à l’Institut météorologique royal des Pays-Bas. De son côté, Tianyi Zhang a affirmé que «la plupart des études se concentrent principalement sur l’impact de la modélisation du changement climatique sur les rendements du blé», tout en expliquant que «les rendements des cultures ne fournissent pas une vision holistique de la sécurité alimentaire. Dans le monde réel, de nombreux pays, en particulier les pays en développement, dépendent fortement de l’agro-industrie». Zhang et son équipe espèrent que leurs prévisions sur les prix et la volatilité du blé inciteront à une action mondiale. «Aider à améliorer l’auto-approvisionnement alimentaire en céréales dans les pays en développement est crucial pour la sécurité alimentaire mondiale», souligne Zhang. Et de conclure : «Cela mérite d’être discuté entre les pays dans la future politique de collaboration agricole internationale».


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