Houda El Fchtali: Des mots et des mondes parallèles


Libé
Jeudi 9 Juin 2022

''L'écriture, et tout particulièrement la poésie, sont pour moi un acte de survie, une nécessité'', c'est en ces termes que la poétesse Houda El Fchtali exprime sa passion et sa fascination pour les mots, et ce pour leur pouvoir extraordinaire à lui permettre de voyager dans des mondes parallèles.  ''Grâce aux mots, j'arrive à créer à la mesure de mes aspirations et de mes inspirations des mondes parallèles.

Une manière de s'affranchir des pesanteurs du monde où je vis, où nous vivons tous et surtout de pouvoir exprimer mes pensées, sans gêne, ni résistance car si j'avais à choisir, j'aurais préféré vivre dans une autre époque'', dit-elle, tout en se définissant comme ''une âme d'un autre passé'', dans une interview accordée à la MAP en marge de sa participation à cette 27ème édition du Salon international du livre et de l’édition (SIEL 2022) qui se tient exceptionnellement cette année à Rabat, proclamée capitale africaine de la culture.

Lors de ce salon, cette poétesse marocaine trilingue (arabe, français et anglais), présentera ses deux derniers recueils, en l'occurrence, ''The edge of the blue'' (Le bord du bleu) et ''Femmes écrites''.

Deux recueils qui s'ajoutent à deux autres édités précédemment, à savoir ''My words and worlds'' (Mes mots et mes mondes) et ''Shades of my soul'' (Nuances de mon âme). 
Poétesse polyglotte, Houda El Fchtali s'affirme aussi comme une poétesse aux multiples influences et inspirations. Sur le registre linguistique, elle confie que, tout en écrivant principalement en langue anglaise, elle n'en reste pas moins qu'elle aime aussi écrire des poèmes en français et en arabe.


Côté influences et sources d'inspiration, elle fait savoir que sa poésie est très influencée par les arts dans  leur totalité et états, notamment la peinture, le cinéma, la musique (jazz, blues et Jacques Brel), la philosophie (Nietzsche et Spinoza). En peinture, elle exprime sa fascination pour le ''maître fauve'' Henri Matisse dont les œuvres sont à l'origine de certaines de ses poèmes. Et aussi, sur le plan local, les toiles de son amie, l'artiste-peintre Souad Sahel qui réalise principalement des portraits de femmes, lesquels l'ont profondément inspirée dans son quatrième recueil sorti l'année dernière en français ''Femmes écrites''.

 Un texte poétique qui rassemble une cinquantaine de poèmes sur la femme dans tous ses états mais sans a priori féministe. Car, pour cette poétesse de l'eau, de l'image et de la couleur, exclusivement le bleu, écrire sur la femme n'est pas le monopole des féministes.
Se définissant elle-même comme une poétesse de l'absolu et l'infini, en quête perpétuelle de la vérité divine dans l'immensité de l'univers, Houda El Fchtali confie que ''le Divin est toujours présent dans ses poèmes''. D'où, sa fascination pour le soufisme et les grands maîtres de ce courant spirituel comme Ibn Arabi. 
Houda El Fchtali est une poétesse de l'âme, des poèmes qui impressionnent par leur spiritualité, voire leur mysticisme. Car, pour elle, l'être passe toujours avant le paraître et la vérité des êtres et des objets n'est pas accessible du premier regard.


Dans une une préface du recueil ''Femmes écrites'', le poète Abdelillah Jorio écrit: ''Houda n'écrit pas pour se raconter ou dépeindre un cadre et le sublimer. Elle ne plonge pas dans le passé pour ressusciter sa mémoire. Elle réincarne ses personnes, interroge leur silence, leur donne cette posture mi-tragique, mi théâtrale pour ressurgir et continuer à être présents dans son monde à elle''.
Et le monde de Houda El Fchtali est un monde à la fois unique et  commun. Un monde où le réel et l'irréel font ''chambre commune''.

Un monde infini, sans au-delà. 
Et pour se consacrer pleinement et sereinement à cette quête de l'infini, Houda El Fchtali a décidé cette année de prendre une retraite anticipée après plus de trente années à enseigner l'anglais un peu partout dans les établissements scolaires du Royaume, notamment en fin de parcours à Meknès, sa ville natale tant aimée à laquelle elle a consacré de nombreuses chroniques publiées dans la presse écrite et électronique, outre des écrits sur les illustres natifs de la capitale ismaélienne, entre autres, le compositeur Nabil Benabdejalil et l'artiste-peintre Mohamed Kacimi. 
Elle est aussi présidente du Forum de poésie ''Erato'' de l'art et de la culture et également déléguée du Forum international de la poésie ''Motivational Strips''.


Elle a aussi contribué à l'édition de quatre anthologies internationales de poésie et d'un recueil collectif ''100 poètes pour l'Union du Grand Maghreb'' rassemblant les œuvres de pas moins de 124 poétesses et poètes maghrébins.



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