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Hakimi surclasse Harit lors d’un match historique

A huis clos, les rencontres de Bundesliga suivent un protocole sanitaire très précis




Enfin du foot à la télé. Mais en direct cette fois-ci s’il vous plait. Les téléspectateurs en manque de live depuis le début de l’épidémie du Covid-19 ont été servis. Et il faut dire que jamais la Bundesliga n’aura suscité autant d’attention. Samedi après-midi, le championnat allemand a repris ses droits avec un multiplex dont l’affiche principale opposait pour notre plus grand bonheur et certainement celui du sélectionneur national, Vahid Halilodzic, deux internationaux marocains. Dans un Signal Iduna Park à huis clos pour la première fois dans l’histoire du derby de la Rhur, le Borussia Dortmund d’Achraf Hakimi a surclassé le Schalke 04 d’Amine Harit (4-0).

Hakimi croque Harit 

Ce premier grand match des grands championnats européens restera à jamais gravé dans nos mémoires. Moins par son niveau technique que par son contexte et le grand dispositif sanitaire déployé. Car sur le rectangle vert, on était loin de l’extase footballistique. Le manque de rythme était flagrant tout comme les approximations. Les acteurs ont péché en termes d’intensité. Cependant, si l’entame de la rencontre a logiquement rappelé que les deux équipes n'avaient pas joué depuis plus de deux mois, le Borussia Dortmund a appuyé sur l’accélérateur pour croquer son voisin de Schalke 04. Les hommes du manager David Wagner n’ont jamais vraiment inquiété leurs adversaires. 
Hakimi, latéral droit et Harit, milieu gauche, nous ont offert des prestations contrastées. De haute volée pour le premier et médiocre pour le second. Aux chevauchées habituelles et incessantes de Hakimi, Harit n’a opposé que peu de résistance. Dans ce face-à-face à la sauce marocaine, la balance a clairement penché pour le latéral droit. Le repli défensif de l’ex-Nantais laissait à désirer. Lorgné par Chelsea, Hakimi, propriété du Real Madrid et dont le prêt sans option d’achat se termine en juin, a profité du laisser-aller de son coéquipier en équipe nationale, ainsi que de l’apathie de la défense adverse pour débouler dans son couloir tel un dragster, sans pour autant oublier de museler et tuer dans l’œuf les velléités offensives de Harit. S’il n’a pas été directement impliqué dans les buts de son équipe, le latéral de 21 ans a donné le ton. Par son explosivité, il a mis le BVB sur de bons rails, tout comme la finesse de Hazard, la puissance de Haaland et la vision de Brandt, impliqué sur les quatre buts. 
Jusqu’à la demi-heure de jeu, obnubilé par un match où pour la première fois de l’histoire cinq changements* ont été effectués afin d’éviter les risques de blessures et ménager les organismes des joueurs après une si longue et inhabituelle trêve, on en avait oublié la crise sanitaire. Mais c’était sans compter sur l’ouverture du score. Elle nous a remis les pieds sur terre avec une drôle et étrange célébration pour cause de distanciation. L’histoire s’en rappellera. Tout comme de cette réalisation du buteur maison Haaland, la première à se mettre sous la dent depuis plus de 60 jours. Le prodige norvégien a poursuivi sur sa lancée (13 buts), comme si de rien n’était, avec une subtile déviation à la réception d’un centre de Thorgan Hazard (29ème). 
Sonnés, groggy et incapables de réagir, Harit et ses coéquipiers ont offert le but du break à leurs adversaires honnis. Profitant d’une relance manquée de Schubert, le gardien de Gelsenkirchen, Guerreiro ne s’est pas fait prier pour envoyer le ballon au fond des filets, juste avant la mi-temps (45ème). Au retour de vestiaires désinfectés, Hazard a tué tout suspense d'une frappe lourde sur laquelle Schubert a encore une fois semblé léger (48ème). Guerreiro, bien servi dans la course par Haaland, a scellé l’issue de ce derby en s’offrant un doublé d'un sublime extérieur du pied (63ème). Grâce à ce précieux succès, le Borussia (2e) revient à un point du Bayern Munich qui devait se déplacer hier sur la pelouse de l'Union Berlin. Sixième avant cette journée, Schalke recule à la huitième place.

Un grand dispositif 
sanitaire et des couacs


De ce match, les footix retiendront le plaisir de revoir du foot en direct à la télé. Mais le monde entier retiendra le grand dispositif sanitaire mis en place ainsi que ses couacs. Un dispositif découpé en trois phases. D’abord, les joueurs ont été testés deux fois dans la semaine dont un test obligatoire à la veille de la rencontre. Ensuite, les deux équipes ont attendu au stade une heure et demie avant le coup d’envoi. Précédemment, elles ont été transportées dans plusieurs véhicules afin d’assurer la distanciation. Le port du masque était bien évidemment obligatoire. Dans les vestiaires, les titulaires ont eu la primeur pour se changer avant de laisser place aux remplaçants. Si la taille du vestiaire s’est avérée insuffisante, plusieurs pièces ont pu être utilisées. Après 40 minutes d’utilisation maximum, le vestiaire en question a été désinfecté. La distanciation sociale devant être observée jusqu’au début des hostilités, les poignées de main étaient bannies. Et à l’instar des photos d’équipes, les cérémonies et les mascottes de club aussi.
Pendant la rencontre, il a été demandé aux remplaçants de laisser une ou deux places vides entre eux. Dans le cas où l’espace manquait, ils pouvaient repartir en tribune ou porter un masque. Des bouteilles individualisées ont été mises à la disposition des joueurs sur le bord du terrain. Du moment qu’aucun aménagement du jeu n’était prévu, et encore moins un port du masque sur le terrain, la ligue allemande a proscrit que les accolades après les buts étaient à éviter. Elles devaient être éventuellement remplacées par une célébration avec les coudes ou les pieds. Une mesure qui a donné lieu à des scènes lunaires tout en suscitant une énorme incompréhension alors qu’au moindre coup franc, les joueurs étaient serrés pour constituer le mur. Les interviews d’après-match ont été, quant à elles, réalisées derrière une vitre en plexiglas. Par contre, la traditionnelle conférence d’après-match a été supprimée. Pour la petite précision, les joueurs ont été invités à se doucher chez eux ou à l’hôtel. 
Bien au-delà du résultat, cette rencontre marque le début d’une forme de retour à la normale. En espérant que le prisme ne s’élargisse pas encore plus. La batterie de précautions instaurées rappelle que tout cela reste extrêmement fragile. C’est comme si on marchait sur un lac avec une glace extrêmement fine. Car Il ne faut pas se voiler la face. Les choses peuvent aller très vite. Le risque zéro est une utopie. Pour preuve, saluée à l’étranger, la reprise de la Bundesliga a provoqué bien plus de remous et de grincements de dents sur le plan national. Un sondage de la chaîne publique ARD a révélé que seulement 36% des Allemands y étaient favorables. Le championnat allemand, désormais observé sous toutes les coutures, est sous pression.
*Présenté comme temporaire, cet amendement à la Loi 3 du jeu a été adopté le 8 mai par le Board, garant des lois du football. 

Chady Chaabi
Lundi 18 Mai 2020

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