Face à la majorité, l'exigence de responsabilité

Entre autres enseignements distillés par Driss Lachguar lors de l’émission «Décryptage»


Mohamed Assouali
Vendredi 17 Avril 2026

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L’intervention du Premier secrétaire de l’USFP, Driss Lachguar, lors de l’émission «Décryptage», a marqué un tournant dans le débat politique actuel. A une époque où l'instantanéité du commentaire l'emporte trop souvent sur la profondeur de l'analyse, une fraction de l'opinion publique tend à confondre l'agitation médiatique avec la pensée politique, et le tumulte avec l'action réelle. Le passage du leader socialiste a eu le mérite essentiel de rompre avec cette facilité ambiante. Sans jamais chercher à occulter la gravité de la crise ni à en banaliser les effets, il a tenu à rappeler que celle-ci s'enracine dans des causes identifiables, sous la responsabilité d'acteurs précis, au sein d'un cadre politique clairement défini. En ce sens, la prise de parole du Premier secrétaire ne relevait nullement de l'exercice de démagogie, mais bien d'un profond effort de clarification et de pédagogie.
 
La parole politique contre le vacarme médiatique
 
La force de cette intervention réside avant tout dans la rigueur de sa méthode. Driss Lachguar ne s'est pas présenté sur le plateau pour flatter les passions éphémères ou s'enfermer dans le registre usé de l'indignation systématique. Il a fait le choix d'un discours que l'espace public semble de moins en moins tolérer : celui de la clarté, de la cohérence et de la corrélation des faits. Pour lui, la crise sociale, l'érosion du pouvoir d'achat, la montée du chômage, la lassitude démocratique et l'affaiblissement du pluralisme ne sont pas des phénomènes isolés. Ils sont les manifestations d'un même désordre structurel et de l'essoufflement d'une promesse publique non tenue. Là où beaucoup ne font qu'énumérer des symptômes, il s'est attaché à en mettre à nu l'architecture profonde. C'est précisément dans cette approche que se dessine la frontière entre la répétition d’un simple exercice narratif de plateau et la véritable parole politique.
 
L'échec de la gouvernance mis en évidence par la réalité sociale
 
Lors de son passage dans l’émission "Décryptage", Driss Lachagar a démontré l’impossibilité de dissocier les souffrances quotidiennes des citoyens du cadre politique qui les façonne. La cherté de la vie, le déclin des services publics et la précarité croissante ne sont pas des fatalités, mais le produit de choix budgétaires délibérés. Il a fustigé un exercice du pouvoir autarcique, imperméable à toute vision alternative, qui instrumentalise sa majorité parlementaire comme un couperet pour étouffer toute voix dissidente, toute raisonnable qu’elle peut être.

Dès lors, évoquer l’équilibre institutionnel n'est pas une figure de style ; c’est, au contraire, une manière de pointer le lieu exact où se forgent les solutions ou les blocages qui rythment le quotidien des Marocains.

Lorsqu'une démocratie voit ses contre-pouvoirs neutralisés, elle favorise l’injustice. Une opposition marginalisée paralyse, quant à elle, la capacité d’ajustement du système. Le verdict de Driss Lachguar est sans appel : le social est le révélateur le plus sévère du politique. A travers cette lecture, le Premier secrétaire du parti a rappelé qu’aucune souffrance durable ne peut être comprise si on la détache du mode de gouvernance qui l’alimente.
 
La motion de censure : un révélateur des rapports de force
 
Dans cette perspective, l’épisode de la motion de censure prend une valeur de test de vérité. L’initiative portée par l’USFP ne fut pas un simple geste symbolique. Elle répondait à une volonté de réactiver les outils constitutionnels, de restaurer la fonction de contrôle du Parlement et de prouver qu’une opposition crédible agit au cœur même des institutions.

Cette séquence a révélé deux grandes faiblesses : celle d'une majorité ayant préféré le verrouillage au débat ouvert, et celle d'une partie de l'opposition ayant cédé au calcul ou à l'hésitation. Si la réaction de la majorité semble s’inscrire tout naturellement dans la perception qu’elle a de l’exercice de la politique, celle de certains partis de l’opposition a révélé une sorte de désengagement qui a limité la portée de l'acte. Cette réaction a aussi érodé la crédibilité de ceux qui critiquent la domination gouvernementale tout en reculant devant l'usage des instruments permettant de la contester. En assumant seule le coût politique de cette audace, l'USFP a rappelé que la démocratie ne saurait se réduire à une simple gestion comptable des majorités numériques.

Driss Lachguar, en rappelant cet épisode, a voulu mettre en avant la difficulté croissante à faire vivre les contre-pouvoirs et à accepter que la démocratie soit autre chose qu’une simple gestion de majorité numérique.
 
Diplomatie partisane et fidélité aux principes
 
L’intervention a également permis de replacer la défense des intérêts nationaux dans une vision globale de l’engagement. Driss Lachguar a souligné qu’un grand parti ne saurait se cantonner aux affaires internes. Il doit investir le champ de la diplomatie parallèle pour porter la voix du Maroc, rectifier les perceptions biaisées et consolider les alliances stratégiques.

Cette responsabilité ne s'arrête pas aux frontières nationales. Dans ce cadre, le soutien à la cause palestinienne n'est ni un ornement rhétorique, ni une figure de style. Le rappeler, comme l’a fait Driss Lachguar, ne contredit en rien la défense des intérêts du Maroc. C'est un impératif de justice et de fidélité morale qui coexiste parfaitement avec la défense du pays. Cette cohérence illustre un refus des doubles standards et une volonté d'inscrire l'action nationale dans un horizon de dignité universelle. En rappelant que cette articulation est possible, voire nécessaire, le Premier secrétaire du parti a montré qu’un parti historique peut défendre la nation sans renoncer à la solidarité avec les causes justes.
 
Pour une force d’opposition de proposition contre le vide politique
 
Enfin, sur les dossiers brûlants du chômage et du pouvoir d’achat, le Premier secrétaire a rejeté le déni que le gouvernement affiche à cet égard. Sans transformer la détresse sociale en slogans faciles, il l'a analysée comme le marqueur d'un échec public persistant.

Pour lui, la vérité des discours officiels ne se mesure pas aux statistiques, mais au vécu quotidien des ménages face aux dépenses de santé, de transport ou d'éducation. En déplaçant le curseur du simple constat vers la responsabilité et l'alternative, il a défini ce que doit être une opposition constructive : non pas celle qui se contente de crier pour occuper l'espace, mais celle qui pense et propose pour préparer une issue.

En défendant une opposition de proposition, l’USFP rappelle que la critique n’a de sens que si elle s’accompagne d’un cap, d’une méthode et d’une volonté réelle de transformation. A travers cette ligne, le Premier secrétaire du parti a réaffirmé que l’opposition n’est pas condamnée à l’impuissance dès lors qu’elle choisit de penser et de proposer.

En définitive, le passage de Driss Lachguar dans «Décryptage» fut une intervention réussie, car elle a tenté de réintroduire de l'ordre, du sens et une direction claire dans un paysage politique souvent marqué par la confusion.

Le Premier secrétaire du parti n’y a pas manqué de relier les fractures sociales à leurs causes politiques, la souffrance des ménages à l’usure du modèle public, l’hégémonie de la majorité à l’affaiblissement du pluralisme, et le rôle de l’opposition à l’exigence d’une alternative crédible.

Il a aussi rappelé, avec la motion de censure, que l’USFP a choisi d’assumer ses responsabilités pendant que le gouvernement se contentait de calmer sa majorité numérique chaque fois que ses membres sont interpellés sur leur bilan, et qu’une partie de l’opposition se dérobait. Enfin, le Premier secrétaire du parti a montré qu’un grand parti défend son pays sur tous les fronts, sans renoncer à sa fidélité à la Palestine.

Dans une époque où tant de prises de parole se contentent de verser dans la confusion, cette intervention a tenté de réintroduire du sens, de la responsabilité et une ligne directrice.

Par Mohamed Assouali
Membre du Bureau politique de l’USFP et Secrétaire provincial du parti à Tétouan

Mohamed Assouali
Vendredi 17 Avril 2026
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