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Dur, dur de perdre un être aussi cher

Adieu Mustapha Madih




Ainsi donc. On doit se faire à l’idée que tu es parti. Ainsi donc, on doit désormais s’essayer à concevoir la vie sans toi…
Et quelle vie ! Désormais, elle ne ressemblera plus à rien. Fade qu’elle sera. Sans goût. Incolore. Inodore.
Comment oublier ces doux, ces superbes moments passés ensemble ? Comment oublier l’ami que tu étais, constamment à l’écoute ou qui, quand par de rares moments, il n’en pouvait plus, il lui arrivait de s’en confier ? Sans se lamenter cependant. Toujours avec cette dignité et cette fierté qui faisaient ta force.
Comment oublier cette amitié qui s’est déclenchée (c’est le mot) au gré d’une interview express, et que l’on a savourée par la suite, des décennies durant.
Qu’est-ce qu’on n’a pas traversé comme chemin depuis ! Que d’agréables moments ! Et d’autres qui l’étaient moins. Que de douces folies aussi !
J’ai eu la chance et l’honneur de suivre ton long parcours, fait de labeur et de sueur.
Avant que Mustapha Madih ne devienne le grand nom connu et apprécié de tous, tout jeune et bien que footballeur doué qui avait fait ses preuves au RAC, il a choisi de tourner le dos à ce football qu’il chérissait tant. Le bac en poche, c’est en Belgique qu’il a atterri pour des études en médecine. Après avoir pourtant réussi ses deux premières années, il aura du mal à résister à l’appel trop insistant du football, sa destinée. Suivront alors des années de formation. Il en sortira entraîneur confirmé.
Le retour au pays, ce Maroc qu’il aimait plus que tout, ne s’avérera pas de tout repos. La reconnaissance viendra paradoxalement de Libye. Il aura vite fait de prouver sa grande compétence en faisant accéder l’équipe d’Al Mourouj en première division. Là aussi, et malgré toutes les offres et propositions, les unes aussi intéressantes que les autres, l’appel du pays se fera irrésistible. Et là aussi, les voies du football marocain étant alors impénétrables, le retour aurait pu déboucher sur un désenchantement total, s’il n’y avait sa grande force de caractère et ce soutien incommensurable de Lalla Halima son épouse.
Après quelques petites étapes qu’il aura trop peu retenues dans ce qui allait devenir bien après une carrière remarquable, le nom de Madih passera  à une toute autre dimension du côté d’Agadir. Avec lui, le Raja local allait prendre une toute autre dimension.
Ce que Mustapha Madih cherchait avant tout, c’est qu’on respecte son métier. Que l’on n’interfère pas dans ses attributions. Avec le président de l’époque, un certain Abdellah Elaârouji, le courant est vite passé et les résultats ne se sont pas fait attendre.
Et là, le Casablancais pur et dur allait tomber sous le charme d’Agadir qu’il allait retrouver par la suite au gré des concentrations ou en période de vacances.
Son talent, Ba Sattouf, comme tout le monde se plaisait à l’appeler, allait le confirmer encore et encore dans toutes les étapes qui allaient suivre.
Les Forces Auxiliaires de Ben Slimane, avant qu’elles ne soient baptisées Jeunesse d’Al Massira et qu’elles élisent domicile à Laâyoune, l’Olympique de Khouribga, l’ASFAR, le Hassania d’Agadir ou le Chabab d’Al Hoceima, mais aussi Alwakra du Qatar sont là pour le confirmer. Quand l’intérêt national l’a exigé et quand on a fait appel à lui pour s’occuper des jeunes, il n’a pas hésité sans complexe aucun.
Avec cette précision qui est au fait plus qu’un simple détail : quand ça bloquait, comme cela arrive aux meilleurs techniciens de par le monde, Mustapha était le premier à demander à partir.
Rien à voir avec ce genre d’entraîneurs qui s’accrochent contre toute logique ou qui provoquent leur licenciement pour une histoire de sous.
Comme entraîneur des Olympiques tout comme entraîneur intérimaire ou adjoint en équipe nationale «A», Mustapha Madih a su être tout aussi remarquable : un technicien compétent et un pédagogue accompli.
La Reconnaissance était là en ce dimanche 4 novembre 2018, avec toutes ces personnes affluant de toutes parts pour prendre part aux funérailles de Si Madih.
De Fawzi Lakjaâ, président de la  FRMF au citoyen lambda en passant par tous ces dirigeants, entraîneurs et joueurs de différentes générations  … Ils ont tous tenu à confirmer par leur présence, toute la gratitude à l’égard du grand que tu étais.
Repose en paix, cher, très cher ami. Ta mission de citoyen qui a grandement servi son pays, tu l’as pleinement accomplie.
Comme celle de l’époux dévoué et du père modèle.
De tout cœur avec toi Lalla Halima. De tout cœur avec vous mes petites chéries Oumaïma et Boutaïna.
Paix à ton âme Mustapha.

Mohamed Benarbia
Mardi 6 Novembre 2018

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