Daniel Ortega et Rosario Murill: Un couple fusionnel accro au pouvoir

“Le Commandante” Ortega, qui a fêté jeudi son 76e anniversaire, a obtenu dimanche un quatrième mandat de cinq ans consécutif


Libé
Jeudi 11 Novembre 2021

Le président Daniel Ortega et son épouse vice-présidente Rosario Murillo forment un couple fusionnel, accusé d'être "prêt à tout" pour conserver son pouvoir absolu sur le Nicaragua.

 Grâce à une réforme constitutionnelle sur mesure, le "Commandante" Ortega, qui a fêté jeudi son 76e anniversaire, a obtenu dimanche un quatrième mandat de cinq ans consécutif, avec 75% des voix selon des résultats partiels officiels, s'inscrivant ainsi dans la longue cohorte des anciens révolutionnaires qui s'accrochent au pouvoir.

 Trois ans après avoir réprimé dans le sang (plus de 300 morts) les manifestations du printemps 2018 réclamant leur départ, les deux septuagénaires ont été réélus sans coup férir et vont pouvoir continuer à diriger avec une poigne de fer le Nicaragua.

Les sept adversaires potentiels un tant soit peu menaçants pour le couple avaient été écartés avant l'élection. Depuis début juin, ils ont été soit jetés en prison, soit assignés à résidence.

 Comparés à Frank et Claire Underwood, duo impitoyable de la série "House of Cards", ou surnommés "Lord et Lady Macbeth", le président et son épouse, 70 ans, vivent tous deux reclus dans le quartier El Carmen de Managua, placé sous haute surveillance.

Le 19 juillet 1979, à la tête de l'insurrection qui avait fait chuter le dictateur Anastasio Somoza, Daniel Ortega était devenu un héros au Nicaragua. Trente-neuf ans après, ses détracteurs dénoncent la dérive autoritaire du couple présidentiel qui gouverne sans partage et veille jalousement sur son image.

Rosario Murillo, épouse, et vice-présidente depuis 2017, est célèbre autant pour ses diatribes parsemées de références bibliques et ésotériques que pour ses tenues excentriques et bariolées.

Les Nicaraguayens ne s'y trompent pourtant pas: la grande prêtresse new age du régime a une main de fer et aucun fonctionnaire ne lève le petit doigt sans son autorisation, assurent les familiers du pouvoir.

 "C'est elle qui décide jusqu'à la couleur des bancs dans un jardin public", confie un diplomate à l'AFP.

Elle a imposé d'orner la capitale de dizaines d'"arbres de vie", géants métalliques illuminés la nuit, à l'esthétisme kitsch, au coût exorbitant... et que les manifestants de 2018 ont pris pour cibles et jetés à terre.

Perpétuellement aux côtés du président Ortega, elle a coutume de prêcher "l'amour et la réconciliation" et, dans le même discours, de clouer au pilori les opposants, qualifiés de "vampires assoiffés de sang".

C'est en exil au Venezuela que le chef de l'Etat a rencontré sa future femme à la fin des années 1970. Il avait lu ses poèmes en prison où il a été torturé et détenu durant sept ans sous la dictature d'Anastasio Somoza.

Depuis le retour au pouvoir de Daniel Ortega en 2007, son influence n'a fait que s'affirmer.
Le couple dirige sans faiblir le Parti sandiniste de libération nationale (FSLN, ex-guérilla marxiste, au pouvoir) et conserve un contrôle absolu sur les institutions de l'Etat : armée, police, Parlement, Tribunal électoral...

Daniel Ortega et son épouse, qui ont eu sept enfants ensemble, "sont prêts à tout" pour se maintenir au pouvoir, a assuré à l'AFP la première fille de Rosario Murillo, Zoilamerica Narvaez.

Celle-ci a accusé en 1998 son beau-père Daniel Ortega d'abus sexuel, avant de devoir s'exiler après que sa mère eut choisi de soutenir son mari.

Sur les dix enfants élevés ensemble, certains d'unions précédentes, la plupart occupent des postes importants dans la politique, l'économie et les médias, de quoi réveiller les mauvais souvenirs dans ce pays habitué aux dynasties familiales.

Battu dans les urnes en 1990 par la candidate de centre droit Violeta Chamorro (1990-1997), Daniel Ortega en garde une rancune tenace contre cette famille de l'aristocratie nicaraguayenne. La fille de l'ancienne présidente, Cristiana, a été la première de ses adversaires potentiels à être arrêtée, début juin. Elle était favorite des sondages.

"Dans les années 1980, Ortega faisait partie d'un projet de changement révolutionnaire, à présent, c'est un capitaliste amoureux du pouvoir, qui se consacre à renforcer ses privilèges et sa fortune", a assuré à l'AFP l'ex-guérillera Monica Baltodano, qui a tourné le dos en 2000 au FSLN.

Selon l'écrivain et économiste Enrique Saenz, Daniel Ortega est désormais l'un des hommes "les plus fortunés d'Amérique centrale".


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