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Cuauhtémoc Blanco: La reconversion à hauts riques de l'enfant terrible du football mexicain

Je ne pactise pas avec les délinquants (...). Je ne vais pas à des fêtes avec des délinquants, même s'ils m'invitent


Libé
Dimanche 9 Janvier 2022

Photo avec des narcotrafiquants présumés, menaces, soupçons de corruption: Cuauhtémoc Blanco, l'un des plus grands footballeurs de l'histoire du Mexique, s'est lancé dans une reconversion à hauts risques sur le terrain glissant de la politique.

L'ex-bourreau des Belges, des Croates et des Français lors des Coupes du monde 1998, 2002 et 2010 est sous le feu des critiques, dans son nouveau costume de gouverneur du Morelos (centre), un des 32 Etats du Mexique, décroché il y a trois ans.

Après de longues vacances controversées au Brésil, où il a visité le Maracana, la presse mexicaine a publié une photo non-datée de Blanco bras dessus, bras dessous, avec trois narcotrafiquants mexicains présumés (dont l'un a depuis été abattu). Il n'en fallait pas moins pour réveiller le soupçon -lancinant au Mexique- de collusion de certains responsables politiques avec les "capos".

"Je ne pactise pas avec les délinquants (...). Je ne vais pas à des fêtes avec des délinquants, même s'ils m'invitent", s'est défendu Blanco. "Je prends des photos avec tout le monde parce que je ne suis pas grossier".

Le jour suivant, l'ex-attaquant a reçu des menaces anonymes placardées dans son fief électoral du Morelos, affirmant entre autres qu'il connaissait parfaitement l'origine de la photo. "Je n'ai peur de rien", a affirmé le gouverneur au journal Milenio, qui dénonce une tentative pour "déstabiliser" son gouvernement régional.

A bientôt 49 ans, Blanco est l'une des légendes du football mexicain au côté d'Hugo Sanchez, le buteur de la "Quinta del buitre" du Real Madrid qui avait conquis cinq titres d'affilée dans les années 1980. Même s'il n'a lui-même évolué que deux ans en Europe -une blessure au genou l'a empêché de signer avec le Real Madrid quand il jouait à Valladolid entre 2000 et 2002, a-t-il révélé-, Blanco a été pendant près de 20 ans le mur porteur de la "Tri", l'équipe nationale (38 buts en 120 sélections).

"Il a commencé à devenir une idole nationale pendant le Mondial-98 en France", se souvient Hector Hernández, historien officiel de l'América, le club de Mexico où Blanco a commencé et terminé sa carrière. C'est en France que le Mexicain a inventé sa propre figure de style, la "Cuauhtémina", encore appelé "le coup du crapaud" (un petit saut avec le ballon coïncé entre les deux jambes pour passer entre des défenseurs de la Corée du Sud en 1998).

Sa popularité et son caractère ont lancé sa carrière politique. "Quand Cuauhtémoc jouait avec l'América, il était le plus détesté, mais quand il jouait avec la sélection, c'était différent, il était le plus aimé, parce qu'il jouait le rôle du méchant qui te tirait toujours d'affaires", poursuit Héctor Hernández. Son ex-coéquipier Carlos Hermsillo se souvient d'un joueur "charismatique", "exigeant", "plaisantin": "Certains coéquipiers ne l'appréciaient pas au début, mais ils finissaient par rire".

En 2015, à 42 ans, Blanco jouait encore sous les couleurs de l'América quand il a enlevé la mairie de de Cuernavaca, la capitale de l'Etat du Morelos. Aux portes de Mexico, Morelos est à l'image d'un pays tout en contrastes, avec des zones de villégiature magnifiques dans les montagnes, et des territoires sous la menace du "crime organisé" sur la route d'Acapulco, haut lieu du tourisme de masse, de la fête et de la drogue.

En 2018, Blanco a été élu gouverneur sous les couleurs d'un parti évangéliste allié d'Andres Manuel Lopez Obrador. "Croyez-moi, je ne vais pas vous trahir, je ne suis pas comme cette bande de connards", avait-il lancé aux électeurs, en promettant d'en finir avec l'insécurité.

Entre janvier et octobre 2021, l'Etat du Morelos a enregistré 847 homicides, contre 676 l'année précédente, soit une hausse de 24%. Et la violence continue: une actrice de 42 ans a été tuée froidement à Cuernavaca fin décembre. Depuis son élection, les polémiques n'ont pas cessé.

En septembre 2016, l'ex-joueur a fait une grève de la faim pour protester contre un recours en destitution de son mandat de maire.

En septembre dernier, il a été accusé devant le parquet anticorruption de participer à un réseau de blanchiment d'argent. "Tu n'es pas seul, Cuauhtémoc", lui a lancé publiquement le président Lopez Obrador quelques jours plus tard. Quand il était joueur, Blanco connaissait les forces et les faiblesses de ses adversaires, selon son ex-coéquipier Carlos Hermosillo: "En politique, tu ne sais jamais qui tu affrontes".


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