Libération



Facebook
Rss
Twitter






Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Crise démographique en Serbie: Beaucoup de slogans, peu d’argent




Crise démographique en Serbie: Beaucoup de slogans, peu d’argent
“Accouchez sans délai!”, “Nous avons d’abord besoin d’amour et de bébés!”: en Serbie, à défaut de pouvoir distribuer beaucoup d’argent, le gouvernement multiplie les slogans pour remédier à la crise démographique qui la vide.
Associé à une émigration massive, l’effondrement de la natalité a fait passer cette année sous la barre des 7 millions la population de ce pays des Balkans, selon les chiffres officiels.
Le taux de fécondité est un des plus faibles d’Europe, estimé par la Banque mondiale à 1,5 enfant par femme quand le taux de renouvellement de la population est de 2,1. Selon l’ONU, en 2050, les Serbes seront encore 15% de moins au pays.
Les autorités cherchent des solutions, parfois désespérées. Le président Aleksandar Vucic a prôné au printemps la construction d’immeubles bas. Il s’appuyait sur “une étude selon laquelle quand on construit des tours de 40 étages et qu’on y installe 110 couples, demain, il y aura 120 ou 130 enfants”, “alors que dans des maisons ou des bâtiments de deux, trois ou maximum quatre étages, il y en aura 210 ou 220”.
Selon la ministre sans portefeuille en charge de la démographie, Slavica Djukic Dejanovic, “c’est un fait qu’à la périphérie des villes, quand les bâtiments ont des cours où les enfants jouent et où les parents prennent le café (...), on entend plus souvent la joie et les cris des enfants”.
Début 2018, le gouvernement a lancé une campagne nationale où chacun pouvait proposer un slogan. “Maman, je ne veux pas être seul. Papa, je veux un frère”, “Assez de mots ! Que les cris de bébés se fassent entendre”, ont par exemple été retenus.
Les sociétés qui soutiennent leurs salariés devenus jeunes parents vont se voir décerner des récompenses.
Et une nouvelle loi institue des aides pouvant aller jusqu’à 250 euros par mois pendant dix ans pour les familles nombreuses, de plus de trois enfants, somme non négligeable quand le salaire moyen est de 400 euros environ.
“Une mère qui donne naissance à un troisième ou un quatrième enfant recevra 30.000 dinars de l’Etat pour ne rien faire (...) juste pour accoucher”, a commenté le président Vucic.
Les femmes déjà mères de trois enfants avant cette loi votée fin 2017 ne sont pas éligibles. Surtout, selon Tatjana Macura, députée d’opposition qui milite pour l’instauration d’une véritable politique familiale, ces changements ne compensent pas les insuffisances persistantes. “La loi prévoit qu’une femme doit travailler durant 18 mois sans interruption pour recevoir une compensation pendant son congé maternité”, dit-elle par exemple à l’AFP.
Et que se passe-t-il “pour ces nombreuses femmes qui travaillent au noir”, demande cette avocate qui assure avoir été alertée par plus d’un millier de femmes dans ce cas. Selon diverses estimations, plus d’un quart de la population active travaillerait au noir, une proportion plus élevée encore chez les femmes.
Exposées par une législation peu protectrice, celles qui sont déclarées se font souvent licencier au retour de congé maternité, dit Tatjana Macura.
Le chômage touche près d’un jeune sur trois et n’est quasiment pas indemnisé, la précarité en fait hésiter beaucoup.
Travaillant à temps partiel, Kristina Markovic, diplômée d’économie de 22 ans, vit avec un chômeur. “Nous voulons une famille mais pas tant que nous n’avons pas d’emploi stable” avec la couverture sociale qui va avec, dit la jeune femme selon qui la nouvelle législation empire les choses pour les femmes ayant des salaires confortables.
Elles ne recevront que 1.200 euros, et non plus l’équivalent de cinq salaires comme auparavant. C’est le cas d’Andrijana Marinkovic, 33 ans, mère d’un bébé: “Heureusement, mon employeur a décidé de payer la différence, ce qui me permet de rester en congé maternité. Sinon, j’aurais dû reprendre le travail.”
Selon la ministre Djukic Dejanovic, “chaque année, on a 1.000 familles de moins qui accueillent un premier enfant”. “Ceux qui quittent la Serbie ont en moyenne 27,8 ans”, “un âge où ils devraient devenir parents”: “Il faut s’attaquer à la question des migrations, ce que la Serbie n’a pour le moment pas fait.” L’enjeu n’est pas seulement de convaincre les Serbes de faire des enfants, mais de les persuader de les faire au pays.

Mardi 18 Décembre 2018

Lu 572 fois

Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant, Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toutes circonstances, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.